C’est un véritable coup de massue qui a été asséné aux anciens ténors du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Alors qu’ils avaient mis un soin particulier à préparer les conditions de la renaissance de ce qu’ils croyaient être leur parti, la surprise a été totale quand la composition du secrétariat exécutif a été dévoilée. Militants et responsables envisageaient certes des changements, mais ils ont eu à la place un séisme. Toute la vieille garde a été balayée, laissant des militants déboussolés et sans repères. C’est une véritable OPA de la FEDAP/BC sur le CDP. Après avoir échoué à le liquider de l’extérieur, le parti vient d’être investi de l’intérieur par les  » Amis de Blaise Compaoré « , les fameux ABC. Etapes suivantes, le contrôle complet des structures de base en vue des élections couplées, et la marche triomphale pour la pérennisation de la dynastie Compaoré.

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Convoquée pour 10 heures le dimanche 4 mars, les congressistes se sont effectivement retrouvés au Palais des Sports à l’heure convenue, mais la reprise des travaux s’est faite attendre. Les gourous du parti étaient allés, comme d’habitude, pour finaliser la dernière mouture des militants cooptés. Pendant ce temps, dans la cuvette du Palais, les supputations allaient bon train. Ceux qui avaient les portefeuilles garnis sont allés écumer les maquis environnants. Les plus discrets ont préféré rejoindre leur maquis habituel. C’est aux environs de midi que l’on a battu le rappel des militants. La longue attente n’aura finalement pas été récompensée, à en juger par les commentaires qui nous sont parvenus. Sur les 38 membres que compte le nouvel exécutif, on dénombre 21 entrants et 17 anciens membres reconduits. On peut relever que la promesse du renouvellement intergénérationnel ainsi que celle d’une meilleure représentation du genre semble grosso modo avoir été respectée. Ce qui frappe, c’est l’ampleur du renouvellement où nombre de promus apparaissent comme de parfaits inconnus. L’expérience de militantisme partisan, la responsabilisation aux échelons inférieurs du parti n’ont visiblement pas été des atouts dans la cooptation des membres du SEN. Certains semblent être passés de militants de base à la plus haute responsabilité, ce qui ne correspond pas tout à fait à la volonté de promouvoir la culture politique par la formation et l’apprentissage, comme le laissaient penser les problématiques contenues dans les documents préparatoires. En outre, dans les critères de choix, il y a des non dits qui ne conservent pas moins leur importance. C’est le cas de la représentation géographique qui commande le positionnement d’hommes et de femmes ayant du charisme dans un objectif évident de mobilisation. A cet égard, les régions comme celles de l’Est, de la Boucle du Mouhoun et du Centre-Ouest pour ne citer que celles-là soulèvent quelques interrogations. Dans la région de l’Est par exemple où les rivalités sont tenaces entre cadres du parti, il faudra beaucoup d’imagination et de savoir faire à Fati Sawadogo pour s’imposer. Dans la région du Centre-Ouest et notamment dans la province du Bulkiemdé, bled d’un politique redoutable comme Hermann Yaméogo, c’est le vide complet avec le départ de l’ancien commissaire régional, Hubert Yaméogo. Ce départ ne semble pas avoir été compensé par une promotion de militants au moins de charisme équivalent. Ceux qui peuvent se réclamer du Centre-Ouest comme Gisèle Guigma, Moïse Nignan Traoré, Alpha Yago ou Pauline Yago sont pour la plupart des inconnus dans leur province d’origine (la Sissili), à plus forte raison de la région. Aux commandes de la Boucle du Mouhoun, il y a la brave Saran Sérémé dont les frêles épaules supportent déjà difficilement la fronde d’une jeunesse en quasi rébellion. Sans doute ces faiblesses peuvent être corrigées et c’est l’une des missions du tout nouveau premier secrétaire. Il aura pour souci de restructurer le parti pour le rendre plus gérable. Dans sa configuration actuelle, il sera en effet difficile de bousculer les baronnies dont certaines ont poussé des racines profondes. Mais il faut faire confiance aux militants de la FEDAP/BC, François Compaoré en tête, pour parachever le job. Ils ont déjà montré de quoi ils sont capables en poussant dehors la cohorte des militants dits historiques, ingérables par les associatifs, nouveaux venus dans le management des formations politiques.

Mais que faire de tous les has been ?

Quand on regarde toute la palette des débarqués, ça donne franchement froid au dos. Rien à craindre d’eux dans le court terme. Mais passée la séquence de politesse et d’observation, il y’aura sérieusement des soucis à se faire. Si certains comme Roch sont somme toute assez heureux de pouvoir souffler un peu, ils vont très vite se trouver confrontés au désoeuvrement et à l’ennui. Quand on a fait de la politique pendant toute la vie, il est difficile de rester là à se tourner les pouces. Ils sont quasiment tous des cinquantenaires et on n’est pas vieux à 50 ans. Le zoo créé pour les parquer ne peut aucunement faire leur affaire. Ce n’est ni plus ni moins qu’un garage d’où ils s’échapperont à la moindre occasion. La fonction de conseiller politique de parti n’est en rien valorisante en Afrique. Quand le conseiller est craint comme c’est le cas pour ces has been du CDP, la tendance sera plutôt de s’en éloigner au fil du temps. Mais c’est une tendance qui conduit à l’exaspération et à la révolte. Beaucoup de gens soulignent le gâchis que constitue l’éloignement de militants comme Salif et Simon dont l’investissement dans la politique a constitué leur raison d’être. Penser que ces gens là peuvent se suffire de la posture de conseillers facultatifs, c’est se foutre le doigt dans l’œil. Mais attention tout de même, Blaise a plusieurs fois montré qu’il a plus d’un tour dans son sac. Il faut donc attendre de voir. Quoiqu’il en soit, ces hommes ne sont pas à plaindre. Ils n’ont pas construit un parti mais un homme. Le résultat est un désastre sur le plan personnel et organisationnel !

La promotion de François Compaoré

L’ascension du  » petit président  » était très attendue. Il était certes au bureau politique censé être l’instance délibérative, mais tout le monde sait que le bureau politique est plutôt une chambre d’enregistrement qu’autre chose. Le BP, c’est utile dans les questions thématiques mais quand il s’agit de délibérer sur des questions politiques très sensibles, c’est évidemment à un autre niveau que ça se passe. Ceux qui en parlent avec le chef de l’Etat relèvent plutôt d’une chambre noire où les critères de cooptation sont mouvants. Les  » changements n’ont pas été faciles « , affirme une source très introduite. Nous n’en saurons pas plus, tant la question pour l’heure parait délicate et sans doute aussi, douloureuse. L’entrée de François au secrétariat exécutif lui permet donc de se rapprocher des leviers officiels de la décision partisane au lieu d’être l’homme de l’ombre qu’il a toujours été. Sans doute, le secteur du mouvement associatif va compter dans les grandes manœuvres pour la succession éventuelle du chef de l’Etat. François Compaoré à la manœuvre à partir de l’instance la plus haute du parti, au moins n’aura pas l’air d’avoir été parachuté. La seule chose qui l’intéresse, il ne faut pas l’oublier, ce n’est ni la place de Roch ni un quelconque ministère ou présidence d’institution, c’est bien Kosyam. Ce ne sont pas les stratégies qui ont manqué pour lui donner le profil de l’emploi. Que ce soit dans le sport, le mouvement associatif ou l’humanitaire, sa figure a toujours été présente à l’avant ou à l’arrière plan. Mais de cela, il n’y a pas de quoi en faire une fixation, du moment où c’est son droit le plus absolu, en sa qualité de Burkinabè. Le seul juge, c’est le peuple burkinabè qui exercera ses prérogatives le moment venu. On peut constater tout de même que François aura réussi à parcourir une partie du chemin en s’emparant avec ses amis de la FEDAP/BC de la direction du parti. Il peut être sûr que l’opération sera autrement plus compliquée dans les structures de base où les paramètres sont plus nombreux et plus difficiles à maîtriser. Pour sûr, l’année 2012 s’annonce déjà mouvementée et passionnante. Sur le plan politique bien sûr.

Roch et Simon en conciliabule

Nombre de congressistes ont remarqué le tête à tête entre Roch et Simon au moment même où le reste du secrétariat exécutif se réunissait à l’intérieur autour de la composition du nouveau bureau. C’était pour certains le signe évident que les choses n’allaient pas bien. L’entretien entre les deux hommes n’a pas pris moins d’une heure d’horloge. Mais que se disaient-ils ? C’est la question qui turlipinait dans la tête de ceux qui les observaient avec curiosité. On est à peu près sûr maintenant que la liste des membres du nouveau bureau ne leur convenait pas entièrement. Mais comment s’opposer sans s’attirer les foudres du grand sachem ? Selon certaines sources, le congrès devait procéder à un changement du nom du parti pour accueillir de nouveaux membres venus des partis de la mouvance. Manifestement, les choses ne se sont pas passées comme prévu eu égard aux réactions de quelques mécontents à qui l’on semblait avoir promis quelques postes. En tous les cas, la vérité ne tardera pas à se faire savoir sur cette question. La nouvelle direction qui a désormais les mains libres fera la cuisine qu’elle voudra. Wait and see !