paul_kaba_tchieba_l_oiseau_rare_de_roch_deniche_de_dakar.jpgRoch, selon toute vraisemblance, a choisi son premier ministre lui-même. Thiéba, quoique de trois ans son cadet, est comme lui un « Lassalien  », avec presque les mêmes amis, Jean Claude Bouda, Dieudonné Bonanet et un certain Millogo, lui aussi dans le privé. Paul Kaba Thieba est aussi un banquier comme son mentor et selon leur entourage ils ont gardé des liens solides.

Il n’est pas évident cependant que ce profil fasse bien raccord avec l’idéologie proclamée du MPP. Même si on a entendu François Hollande dire qu’il « avait la finance pour ennemi » et se dédire quelques temps après à la place financière de Londres. Paul Kaba Thiéba à qui on reconnait un passé de militant, selon son ami Jean Claude Bouda, a fait cependant carrière dans les arcanes de la finance ouest africaine et internationale. C’est donc un bon financier, plutôt qu’un bon militant « altiériste  » qui dirige le premier gouvernement MPP. C’est comme si en France Macron remplaçait Valls.
Son profil aussi donne une indication sur l’orientation de la politique qui va être implémentée. La priorité du président Roch semble être le redressement des finances publiques totalement délabrées par une transition « Gnamogodin  » pour parler comme le bon vieux Soumane Touré. Dans un premier temps donc, l’aile militante du MPP devra remiser son altruisme au placard. Car l’argument massu qu’on a dû lui opposer, c’est que pour partager, il faut d’abord produire. Or tous les indicateurs sont au rouge. Pendant toute l’année 2015 on s’est préoccupé de boire le lait plutôt que de nourrir la vache. Résultat des courses, la famélique vache burkinabè est sur le point de mourir.

Comment la revigorer dans un contexte d’urgence absolue ?
En réalité le Burkina depuis 2013 ne se porte pas bien économiquement. L’Etat des finances s’est dégradé plus sérieusement en 2014, quand Blaise et son gouvernement n’avaient de préoccupation que les questions de leur maintien à la tête de l’Etat. Les partenaires techniques et financiers avaient progressivement fermé le robinet. Mais comme c’était un vieux régime, rompu aux arcanes de la politique internationale, il arrivait par des expédients à tenir la tête hors de l’eau. Cependant, ça ne pouvait pas durer. L’année 2015 devait être le moment décisif. C’est pourquoi Blaise Compaoré avait entrepris de régler l’écueil politique de l’article 37 en octobre 2014, question de retrouver la normalité en 2015.
Ce projet n’a pas abouti. Les burkinabè se sont dressés en octobre 2014 et l’ont contrarié par une insurrection qui va rester comme une référence dans les annales de l’histoire africaine.
La transition qui est née de cette insurrection n’a pas compris son rôle et a fini par se perdre dans les méandres de ses propres turpitudes. Que le jour de l’investiture du nouveau président, le premier ministre sortant de la transition en soit réduit à s’auto-galonner, (personne n’avait vu la cérémonie officielle de son galonnage) pour venir se montrer, dans une posture qui rappelle celle honnie des Idi Amin Dada de cette Afrique que l’on croyait à jamais révolue, montre tout l’abîme qu’a été cette transition.
Evidemment que la transition n’était pas capée pour ces questions. Mais à défaut d’améliorer, elle aurait pu ne pas abîmer. Un devoir qui était largement à sa portée. Or par extraordinaire elle a fait les deux. Elle n’a pas amélioré et elle a abîmé. La transition laisse un Burkina totalement délabré au régime élu le 29 novembre 2015  avec dans la corbeille de la passation de service « rien que des problèmes et nulle solution ».

La demande sociale et les caisses vides
Il faut donc conduire de front deux exigences à priori antinomiques. Renflouer les caisses et répondre au même moment à la forte attente sociale. Après une année de léthargie totale, le nouveau gouvernement trouve une montagne de problèmes sur son bureau. Les questions des travailleurs carabinées avec des lois d’opportunité qui ont détricoté l’ancien régime de la fonction, sans lui substituer un régime construit reposant sur un projet politique réaliste d’une vision de l’administration publique performante. Il s’ensuit une pléiade de statuts particuliers, devenus par la force des choses des droits acquis, imposables au nouveau régime. Les syndicats, à juste raison, considèrent ces nouveaux statuts particuliers comme des droits acquis qu’on ne peut pas remettre en cause. Certains d’ailleurs prennent effet pour compter du 1er janvier en cours. Ce sont donc de nouvelles dettes sur la tête des arrivants, qui héritent par ailleurs d’une dette intérieure colossale. La transition avait sur cette question de la dette intérieure une approche de pur copinage. Les « amis  » de la transition ont vu leur facture honorée, tandis que le gros de ceux à qui l’Etat doit a été ignoré. En arrivant, la transition avait trouvé une dette intérieure de 300 milliards. Les audits commandés nous diront combien la transition laisse en héritage au gouvernement de Thiéba. Mais déjà, il y a cette affaire de malversations ou de marchés de gré à gré d’environ 200 milliards de FCFA. La ministre déléguée au Budget, Amina Billa/Bambara justifie les entorses aux procédures par le besoin de faire des résultats. Comme la transition n’avait que peu de temps et elle voulait faire un bilan, elle a délibérément violé les règles. Pince sans rire !

Roch assume donc
Le choix de Thiéba qui continuera pendant longtemps à animer les débats dans les gargotes et les chaumières marque la volonté de Roch Marc Christian Kaboré de ne pas marchander ses prérogatives présidentielles. C’est son choix qui a prévalu pour ce poste stratégique de nos institutions politiques. Il a choisi probablement un homme qui est proche de ses options ou qui a tout le moins ne les contrariera pas. Ce choix donne d’entrée de jeu, les options stratégiques en matière de politique économique du président. Dans un premier temps, Roch pourrait prendre des libertés avec l’idéologie de son parti. Mais pendant combien de temps ? Cette réponse va apparaitre très bientôt dans le Discours de politique générale du nouveau premier ministre. On peut penser qu’il a intérêt non seulement à bien construire les composantes de cette phase transitoire, mais également d’indiquer de façon très claire sa durée. Car on peut croire que l’assemblée nationale sous la férule de Salif Diallo, désormais président du MPP et gardien par la même occasion du dogme, ne va pas tolérer cette « NEP  », (en référence à la politique économique menée par Lénine après 1917 pour construire l’économie indispensable pour asseoir le communisme), que si elle est bien articulée de façon « SMART  » et si elle est limitée dans le temps. Donc la NEP du duo Roch-Thiéba a intérêt à être particulièrement performante pour permettre très rapidement un retour aux fondamentaux de l’idéologie Social-démocrate du MPP.

La loi de finance corrective !
Les tournants attendus, c’est évidemment dans un premier temps, la déclaration de politique générale de Thièba dans environ deux mois et demi. Cette déclaration va permettre de construire stratégiquement les fondements de la NEP que Roch envisage pour un redressement des finances publiques et la relance de l’économie. La deuxième étape importante sera le budget correctif (loi de finance 2016) du gouvernement Thiéba qui doit montrer de façon très précise les axes de mobilisation des ressources. Si l’on en croit le programme de Roch Marc Christian Kaboré, il faut des investissements de 10 000 milliards de francs CFA pour réaliser les objectifs du quinquennat. Ramené à l’année, il faut mobiliser annuellement plus de 2000 milliards pour y arriver. Les prévisions 2016 de la transition, que certains économistes louent pour sa sincérité mais qui exprime d’une certaine façon, un manque d’ambitions, ne peut aucunement servir de base de travail pour les ambitions du MPP. Il va falloir donc au tandem de l’exécutif mutualiser leur savoir-faire pour concocter un réel budget, expression des ambitions politiques du quinquennat MPP. Roch le président va apporter son expertise intérieure dans la connaissance des régies et des administrations des finances et le premier ministre Thiéba son savoir-faire dans la mobilisation des ressources au niveau international et particulièrement dans le cadre des « financements innovants  » qui constituent des appoints très importants pour les budgets comme les nôtres. C’est à cette condition bien entendu que le premier ministre Thiéba va franchir l’examen de passage devant les députés. Car selon notre constitution la déclaration de politique générale constitue le moment de vérité. Si la majorité refuse sa confiance à Thiéba, alors le président Roch devra se chercher un autre chef du gouvernement.

Par Newton Ahmed Barry