La lettre ouverte de notre confrère Issaka Luc Kourouma aurait-elle précipité les choses au niveau des protestants ? Les premiers responsables de la FEME s’en défendent.

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Les protestants ont emboité le pas à l’Eglise catholique (ph: montage Evenement)

La décision des protestants doit être rendue publique ce mardi, ou peut-être même ce lundi au cours d’un point de presse. Depuis certains temps et notamment depuis la sortie de la lettre des évêques plusieurs réunions ont été tenues au niveau de la fédération des églises et missions évangéliques sur le sénat. Les positions ont évolué, nous confie un pasteur bien connu de la place : « Au CCRP, les sièges de sénateurs étaient presque distribués, il fallait seulement désigner les occupants. Mais à la lumière de la loi organique sur le Sénat, nous avons évolué. Le Sénat tel qu’il est finalement retenu ne va pas corriger les déséquilibres démocratiques de l’Assemblée nationale »

C’est dans ce contexte qu’est intervenue la lettre (profonde et cinglante) de Issaka Luc Kourouma. Les premiers responsables de la FEME trouvent qu’il aurait dû les contacter et il aurait su que les choses ont évolué. En tout cas, répètent-ils en chœur, « ce qu’il a dit n’est pas vrai ». Faut-il comprendre donc que c’est le contraire qui est la position des Eglises protestantes ? « C’est exactement ça ». On en déduit donc que les protestants n’iront pas au Sénat. Une position qui devrait être officialisée, mais qui est déjà acquise. Pourquoi attendre aussi longtemps ? « Pour d’ultimes prières  » plaisante, comme à son habitude, un des patrons de la FEME. Il semble que les procédures seraient plus lourdes, que chez les catholiques. Il fallait donc prendre le temps de concerter tout le monde avant d’arrêter une position définitive.

Elle est donc prise. Les protestants ne seront pas au Sénat (sauf catastrophe évidemment ndlr). Pour une fois les premiers responsables de la FEME prendront ou exprimeront une position qui ne va pas dans le sens de la position du pouvoir en place. C’est plus qu’un événement.

Dernières tractations chez Blaise

 En coulisse les initiatives pour ramener Blaise Compaoré à la raison n’ont jamais cessé. La dernière a été entreprise vendredi 9 et samedi 10 août. Elle était l’œuvre de personnes ressources qui sont allées le voir. Dans un contexte où l’étau visiblement se resserre autour du président, il devrait sans doute apprécier ces initiatives à leur juste valeur. Cela aussi l’oblige à sortir du bois. S’il renonce au sénat, c’est fini pour 2015. Ce sera aussi, sans aucun doute, son dernier baroud d’honneur. Aura-t-il alors la sagesse de s’investir résolument, comme l’exhorte International Crisis Group, dans la préparation d’une transition douce, profitable au pays et à lui-même ? Attendons de voir. Mais cette fois on peut dire que le désaveu de son entêtement est tellement profond et large qu’il lui faudra en tirer toutes les conséquences et comprendre « qu’on ne lui prête plus des intentions », on veut qu’il renonce à son « dessein ». 

Newton Ahmed BARRY

Le principal pour le CDP et le linga pour la mouvance

Les Sénateurs territoriaux sont connus. Ils sont CDP en majorité avec une pincée de mouvanciers. Blaise Compaoré en désignera dans les mêmes proportions, selon les informations qui circulent.

La concertation est en cours, selon des sources dignes de foi. Le président aurait mis le dispositif suivant pour opérer le choix de ses sénateurs. Les partis de la mouvance, le CDP et les « refondateurs » devraient avoir chacun un quota de postes de Sénateurs à pourvoir. La répartition jusqu’au moment où nous mettions sous presse, ce vendredi 9 août, n’était toujours pas bien connue, mais il semble que l’approche du président consisterait à corriger et à équilibrer la composition de la chambre. Le CDP ayant fait le plein des voix au niveau régional, les partis de la mouvance et les refondateurs seraient « positivement discriminés ». Peut-être même que la balance devrait pencher un peu plus vers les refondateurs, dont on sait que les deux principaux partis qui le compose, l’UNDD et l’Autre Burkina (de Alain Zoubga), ont eu peu ou pas de conseillers municipaux. Le président devrait corriger les choses pour leur permettre de faire bonne figure.

Des propositions aux personnalités de la société civile 

Certaines personnalités de la société civile devraient être sollicitées pour proposer des noms. Initialement, il y avait le moro naaba Baongho sur la liste de ces personnalités, mais les prises de position (réelles ou supposées) du monarque, de ces derniers temps mettraient Kosyam dans l’embarras. Blaise Compaoré est connu pour sa générosité, mais aussi il sait se montrer hermétique et cassant devant les contradicteurs. Depuis la dernière entrevue de naaba Baongho avec la délégation du CDP, qui comprenait François Compaoré et dont L’Evénement avait pu glaner quelques confidences (lire Lucarne Citoyenne de L’Evénement du 25 juillet 2013), c’est semble t-il assez « glacé » avec l’empereur des moose. Naaba Baongho, aux dernières nouvelles s’en tenait à sa position exprimée devant la délégation du CDP dans le choix des sénateurs représentant la chefferie coutumière : « toute personne investie d’une parcelle de pouvoir dans son aire de compétence traditionnelle et qui désire siéger au sénat peut le faire intuiti personae. »

 Pour bien camper la parole royale, Il semble même qu’une lettre circulaire a été adressée aux principaux chefs de son ressort coutumier. Ce qui équivaut, comme nous l’écrivions dans Lucarne Citoyenne, pour qui connaît comment fonctionne le pouvoir dans le moogo, à une interdiction de fait.

La position des musulmans

Depuis un consensus des Assises nationales (décembre 2012), les musulmans seront représentés par deux sénateurs, pour semble t-il tenir aussi compte des courants dans l’islam. Les chrétiens étant représentés par un catholique et un protestant. Le débat sur le Sénat et la participation des musulmans a été désordonné, parce que les responsables musulmans se sont rétractés dans une position défensive et parfois même inutilement agressive envers leurs frères catholiques. C’est le cas du Sermon de l’imam Yacoub TIEMTORE (An-nasr spécial ramadan 1434, du 08 août 2013) irrité par les critiques contre la « non réactivité » des musulmans sur les questions d’intérêt national, l’Imam Yacoub a expliqué que les musulmans n’étaient pas intéressés par « les expressions bruyantes et fracassantes et autres débats passionnés dont (les musulmans ndlr) n’avaient pas toujours la maîtrise ». Il n’est pas sûr que ce sermon ramène la sérénité dans la Umma. Surtout qu’il semble présenter les musulmans comme des ignorants. Or c’est peut-être cela qui rebute nombre de fidèles. Les musulmans se mettent facilement à la remorque des causes qui ne sont pas dans l’intérêt général du pays. Plus loin le sermon tente de rattraper la glissade par une pique contre certains de ses coreligionnaires qui arpentent les palais et côtoient les gens du pouvoir à qui il est demandé de dire « la vérité avec sagesse aux gouvernants, mêmes quand vous arpentez les couloirs du palais ». Certains se reconnaîtront sans grande difficulté.

L’Eglise catholique est restée sur la position de la lettre des évêques. Le clergé ne participera pas au choix des sénateurs. Par contre les laïcs seraient libres.

Les protestants créent la surprise !

Il y a eu plusieurs réunions de la FEME, la fédération des églises et missions évangéliques. Les réunions ont semble t-il été houleuses. Mais finalement les protestants auraient décidé de ne pas y aller pour les raisons suivantes :

  • Le Sénat actuel est en contradiction avec l’idée de base qui avait sous tendue son institution durant les assises du CCRP. Selon cette idée convenue, le Sénat aurait dû corriger le déséquilibre politique qui prévaut actuellement à l’Assemblée nationale. Les protestants se rendent compte à la pratique que ce n’est pas le cas. Ils ont décidé donc de ne pas y prendre part.
  • La position de la FEME sera rendue publique ce mardi 13 août ; « après d’ultimes prières et des concertations. Beaucoup de pasteurs étant actuellement en congé »


Si d’ici là, rien ne change, on peut considérer que la messe est dite pour le Sénat. On peut difficilement imaginer cette institution composée seulement des sénateurs CDP, des sénateurs nommés par Blaise Compaoré et des sénateurs musulmans. 

 

 Listes de sénateurs régionaux 

Région de la Boucle du Mouhoun

– Barry Mamoudou (CDP)

– Djerma Sita (CDP)

– Kiénou Douhoun (CDP)

Région des Cascades

– Coulibaly Fatié (CDP)

– Ouédraogo/Kara Déborse Odile (CDP)

– Diabaté Hamadou (RDB)

Région du Centre-Sud

– Ouédraogo Pagnagdé (CDP)

– Konseiga Boukaré (CDP)

– Abassagué Ayiridaga Fidèle (CDP) 

Région du Centre-Nord

– Sawadogo Baba Blaise Arnaud (CDP)

– Syan Samwaya (CDP)

– Lallogo Ratoussi dit Théodore (CDP) 

Région du Centre-Est

– Zakané Alassane (CDP)

– Koira Pouintimba Edith (CDP)

– Zouré Léonard (CFD/B)

 Région du Centre-Ouest

– Kabré Alimata (CDP)

– Bado Baniou (CDP)

– Benon Temaï Pascal (CDP)

Région du Centre

– Bougouma Boureima (CDP)

– Congo/Sané Alizèta (CDP)

– Nikièma K.J. Ferdinand (CDP)

Région de l’Est

– Lankoandé Emmanuel (CDP)

– Ouoba Boado (CDP)

– Moyenga Issaka (CDP)

Région des Hauts-Bassins

– Tinto Moustapha (CDP)

– Traoré Bénéfou (CDP)

– Domboué Ouanza Maurice (CDP)

Région du Nord

– Ilboudo Wayalaba Patrice (CDP)

– Ouédraogo P. Norbert (CDP)

– Ouédraogo/Ouédraogo Mariam (CDP)

Région du Plateau central

– Tapsoba Alexandre Siguian O. (CDP)

– Zongo Boukari Emile (CDP)

– Ouédraogo Adama (CDP)

Région du Sahel

– Lompo Diagnagou (CDP)

– Dickou Oumarou (CDP)

– Dicko Hama Moussa (CFD/B)

Région du Sud-Ouest

– Da Denis (CDP)

– Somé Marie Chantale (CDP)

– Kambou Tilkar Marcel (CDP)