Reprise Municipales : Premier coup de semonce contre l’UPC

La reprise a été mieux organisée par la CENI que le scrutin du 2 décembre. Elle aurait dû, donc profiter à l’UPC qui a été lésée en décembre. Et pourtant, les électeurs ne se sont pas déplacés et les résultats n’ont pas été favorables. Pour l’espoir qu’il a suscité en décembre, le parti du Lion ne peut se satisfaire du résultat du 17 février dernier.

 

En observant la campagne électorale pour la reprise des municipales, on sentait bien que ça n’accrochait pas. Contrairement aux préparatifs du scrutin du 2 décembre, l’opposition dans son ensemble était absente sur le terrain. Dans la capitale, le 9 février au matin, il fallait chercher les affiches de l’UPC. Or en novembre, cette formation avait fait preuve d’une agressivité qui avait frappé et séduit les électeurs.

 

Pour attirer les électeurs, il faut les séduire

Les Burkinabè sont conditionnés par une élite politique, anti élection, qui a réussi à inscrire dans leur tête que les élections ne servent à rien. Pendant près de 20 ans, la rhétorique a marché. Les inscriptions sur les listes électorales n’ont jamais correspondu au potentiel des électeurs. Le système pour combler le gap, avec une CENI aux ordres, avait dû tripatouiller les listes, pour se donner un fichier électoral artificiellement fabriqué. Depuis 1991, les élections se sont tenues dans cette tromperie.

Les couplées de décembre 2012 juraient avec les précédents scrutins. Le fichier nouveau biométrique avait récrée une petite confiance. Les inscriptions avaient été plus significatives, malgré la saison peu propice et les couacs d’une technologie soit inadaptée, soit mal maîtrisée. Pour la première fois on pouvait dire que les 4 millions et plus d’inscrits annoncés correspondaient à la réalité. Le 2 décembre, le taux de participation (les foules devant les bureaux de vote d’abord, puis les chiffres de participation) va l’attester. A cela il faut aussi incontestablement ajouter le réel intérêt pour les élections suscité par une certaine UPC. Un discours plus précis sur la désignation des maux et un personnel relativement crédible avaient séduit et donné l’illusion que cette fois ce n’était pas vain d’aller voter.

Les premiers résultats sortis des urnes corroborent dans un premier temps, cette espérance. Dans les grandes agglomérations, l’UPC fait « le coude à coude », dans les dépouillements, avec le CDP. Un moment, l’illusion que le joug du CDP peut être secoué prend forme. Mais des bureaux de vote aux instances de centralisation des résultats, les premières impressions s’étiolent, par ce que Zéphirin Diabré, le patron de l’UPC, appellera, « la machine à tricher du CDP ». Cette machine à tricher s’était mise en branle quelques jours avant le scrutin, avec l’achat des votes ; une promesse de vote contre un billet de banque.

Les électeurs se rendent compte, à mesure de la compilation des résultats, particulièrement à Ouagadougou, que les résultats ne reflétaient pas leur vote. Le patron de l’UPC se fait l’écho de ce début de désillusion en « affirmant qu’il n’acceptera pas qu’on lui vole son vote ». Les votes seront malheureusement volés. Les recours judiciaires de l’UPC n’y pourront rien. Le lot de consolation qui a consisté en la reprise des municipales, dans certains bureaux de vote, ne semble pas suffire à maintenir la confiance d’un grand nombre dans la sincérité du vote.

vote.jpgA l’image de ce bureau de vote dans l’arrondissement 4, les électeurs ont boudé les urnes le 17 février

 

L’abstention profite au CDP 

 Le sondage que nous avions effectué le 13 février et publié dans un numéro spécial « Reprise des municipales » le 15 février 2013 laissait entrevoir trois choses pour les deux arrondissements de Ouagadougou, le 4 et 10 où la reprise était totale :

Le CDP revenait en pôle position

L’opposition ne profiterait pas de la reprise

L’abstention allait être très forte

Les trois éléments mesurés par le sondage (Index/BF-L’Evénement) se sont réalisés au-delà des prévisions. Finalement, selon les premières estimations, moins de 30% des électeurs se sont déplacés dans les bureaux de vote à Ouagadougou. Cette situation a crée la conséquence que les votes ont été favorables aux CDP, comme le laissait entrevoir le sondage. En regardant dans la globalité, les responsables de l’UPC se sont décerné un satisfecit. Mais une analyse fine montre que les performances du parti ont baissé, en termes de nombre de voix. A l’arrondissement 4, l’UPC conserve ses trois sièges de conseillers, avec seulement 4425 voix contre 5308 voix le 2 décembre. A l’arrondissement 10, l’UPC améliore son score de conseillers, 11 contre 8. Mais là aussi les performances en nombre de vote ont baissé ; 5474 voix contre 12268 en décembre. 

L’UPC, plus que le CDP, devrait s’interroger sur la désaffection des électeurs en l’espace de 60 jours. Parce que ce sont les militants de l’UPC qui avaient intérêt à la reprise et surtout eux qui avaient intérêt à réparer le tort qu’ils avaient subi au premier tour. Autre indice qui aurait dû augurer une mobilisation des électeurs de l’UPC, les sondés des arrondissements 4 et 10 avaient trouvé, à près de 79%, que la reprise était une bonne chose. Alors pourquoi ne se sont-ils pas mobilisés le 17 février ? Il y a sûrement un problème que l’UPC aurait intérêt à chercher à comprendre pour corriger.

 

Les Burkinabè sensibles aux actes de gestion

Les premiers pas de l’UPC comme premier parti de l’opposition sont-ils en cause ? Notamment au niveau de l’Assemblée nationale, le parti n’a pas encore communiqué sur comment il entend gérer son statut pour mieux défendre les intérêts des Burkinabè. Sur nombre de questions, au niveau national, on n’a pas entendu l’UPC. Sur l’affaire de Zabré, le parti est resté silencieux. On aurait pu s’attendre de lui qu’il propose une commission parlementaire qui examine sérieusement cette question et en fasse des recommandations pour le résoudre durablement. A propos de l’envoi de nos soldats aux Mali, l’UPC n’a rien dit. Sur la question de l’université qui préoccupe la communauté nationale, pas d’avis public non plus.

Le poste de chef de file de l’opposition est extrêmement délicat. Il ne peut pas s’accommoder du silence. Certaines prises de position ne feront pas consensus, mais c’est là aussi l’intérêt du jeu. S’il faut attendre de parler, seulement quand tout est favorable, l’UPC pourrait connaître le sort qui fut celui de l’UNIR/PS. Le droit de communiquer sur les situations qui préoccupent les Burkinabè doit se conquérir.

Diabré Zéphirin a raison de croire que le scrutin du 2 décembre a révélé le parti. Il disait à ce propos : « Les populations nous reconnaissent partout et nous appellent Bouyinga (le lion). C’est un bon présage pour l’avenir. A nous de le bonifier. Nous avons à faire aujourd’hui à un phénomène de bipolarisation où l’UPC se trouve face à face avec le CDP ».

Justement, c’est maintenant que le plus dur commence. Comme on le dit, il est plus facile de monter dans la hiérarchie que de s’y maintenir durablement. Pour l’UPC donc, le plus dur commence. Les Burkinabè sont trop versatiles et trop impatients. Quel message pour les maintenir mobilisés jusqu’en 2015 ? Les bonnes performances du CDP et de l’ensemble de la mouvance présidentielle au scrutin du 17 février indiquent clairement que rien n’est encore fait. Que le vieux parti vendra cher sa peau. Il faut trouver le moyen de maintenir l’espoir qu’un changement est possible. Que l’UPC reste une alternative crédible.

Par Newton Ahmed Barry

Reprise des municipales
Les
raisons de la faible affluence

La reprise des élections du 17
févier dernier a brillé de par la faible affluence dans les différents bureaux
de vote. Cela a eu pour conséquence l’ennui des représentants des partis
politiques sur les lieux. Dans un bureau de vote qui a ouvert ses portes à 6h
10, dans l’arrondissement 11, il y avait 176 inscrits, on enregistrait 8 votants
à 14h22. « Il n’y a pas d’engouement et on s’ennuie  » a dit Bamogo Ezzedine,
représentant de l’UPC. Pour certains, cette faible affluence est peut-être un
signe du désintéressement des populations pour une élection à laquelle ils ne
s’attendaient pas.  » Les gens ne sont plus motivés  » dit pour sa part Youssouf
Kaboré, représentant du CDP dans un bureau de vote. Le représentant de l’UPC
jette plutôt la pierre sur les partis politiques.  » Les responsables des partis
politiques n’ont pas été influents sur le terrain pour inciter les gens à venir
voter  » Une idée que partage Elisabeth Traoré, présidente d’un bureau de vote.  »
Peut-être que les partis politiques n’ont pas fait le travail qui était le leur
sur le terrain  » D’autres interventions voient plutôt un sentiment de colère de
la part des électeurs de venir voter une deuxième fois.  » Certains sont énervés.
Le fait de voter 2 fois a découragé d’autres  » ont dit Rodrigue Traoré (ADF/RDA)
et Moussa Ouango (Faso Autrement). En tout cas beaucoup de raisons expliquent
cette piètre affluence devant les bureaux de vote. D’aucun pointent du doigt la
CAN où les Burkinabè été mobilisés à supporter leur onze (11) national que de
s’intéresser à la campagne.  » La CAN est venue engloutir la campagne  »
disent-ils. D’autres points de vue estiment qu’il y a eu de  » l’engouement
autour de la carte d’électeur au niveau des populations mais cette extase
n’était pas pour les élections ». Il y a le mode d’enrôlement qui est mis en
cause également dans la mesure où les gens se sont fais enrôler dans d’autres
arrondissements dont ils n’étaient pas ressortissants.  » Beaucoup ont été
mobilisés et enrôlés à un endroit bien défini  » soutiennent certains arguments.
La conséquence c’est que ces personnes doivent se déplacer dans leur zone
d’enrôlement pour accomplir leur devoir. Quitter sa zone pour aller voter où
cela se doit a donc alangui certains électeurs. Il ne faut exclure de ce lot,
ceux qui ont perdu leur carte d’électeurs.

BK


Goéra
Le miracle n’a pas eu lieu

In
fine, le CDP a contraint l’Unir/Ps au partage des sièges. Dans le village de
Goéra, le parti de Sankara a eu plus de voix (73 suffrages), contre 49 pour le
CDP, mais il a été contraint au partage des sièges. Avec ce résultat, sauf
miracle, la mairie devrait échapper aux partisans de Thom Sank. Dans un Burkina
qui lui avait tourné le dos pour faire hourra au vainqueur du 15 octobre, Tema
Bokin restait, depuis la décentralisation, comme le bastion inexpugnable du
sankarisme. Désormais, c’est démocratiquement fini. Le CDP devrait voir son
fanion flotter sur cette mairie symbole. Il faut espérer maintenant que les
barons locaux du parti de Blaise Compaoré qui n’ont pas regardé à la dépense
pour arriver à leurs fins, mettent autant d’entrain pour faire évoluer cette
localité.
NAB