C’est l’un des casse-têtes du président Roch Kaboré. Qui choisir pour remplacer la hiérarchie actuelle des FDS ? Entre les jeunes officiers « résistants » et les promotionnaires de Gilbert Diendéré, accusés au mieux de complicité passive avec le putsch du RSP, le nouveau locataire de Kosyam doit choisir. Il sait qu’il n’a pas droit à l’erreur.

armee.jpgA Kosyam où il a emménagé depuis son investiture, le 29 décembre, Roch Kaboré compose directement avec un trio militaire qu’il n’a pas choisi et qu’il a hérité de Michel Kafando. Il s’agit du chef du Groupement de sécurité et de protection républicain (GSPR) qui a remplacé le RSP, le colonel Boukari Baguian, un ancien du RSP, que l’on dit ami de Zida, mais pas son obligé à la différence d’un lieutenant Colonel Théophile Nikiema, lui également à la présidence du Faso, mais un des piliers du cabinet militaire de la transition, organe militaire de direction parallèle de la transition sur lequel s’appuyait Zida, pour contrôler et orienter toute l’action de l’Etat durant le temps de la transition. Ce cabinet militaire malgré les vicissitudes de la transition s’est maintenu jusqu’au 17 décembre 2015. C’est à cette date que le cabinet militaire a cessé d’exister en vidant tous les comptes bancaires qu’il gérait dans diverses banques de la place. Le troisième collaborateur militaire c’est le colonel Gervais Remen Ouédraogo, nommé chef d’Etat-major particulier le 26 octobre 2016, ancien des missions onusiennes, fils de Bilbalgo, il a connu un parcours militaire plutôt difficile. Depuis sa nomination, il est plutôt transparent. Celui qui est le plus en vue autour du président c’est le chef du GSPR qui l’accompagne dans tous ses déplacements. L’entourage militaire immédiat du président Roch Kaboré a la particularité d’avoir été choisi par Zida, même si cela n’en fait pas de tous des affidés de l’ancien premier ministre. A ces responsables, il faut ajouter une myriade de conseillers militaires avec des affectations plus ou moins précises, dont l’hyper actif colonel Denise Auguste Barry, qui avait rejoint l’entourage de Michel Kafando, juste après son éviction du gouvernement en juillet 2016. Il se trouve, et c’est loin d’être un hasard, que cet entourage militaire du président Kaboré est composé essentiellement d’un écrémage, supposé, n’avoir rien eu à faire avec les putschistes du 16 septembre et pour certains, en rupture de ban avec la haute hiérarchie qui tient encore les rênes des états-majors de l’armée, de la gendarmerie et de la direction générale de la police.

Une haute hiérarchie en ghetto
Dans l’opérationnel, la haute hiérarchie continue à tenir les bribes des instances dirigeantes des FDS, mais en situation de quasi ghetto de plus en plus inconfortable. Ils sont pris en tenaille entre un attentisme du nouveau président qui ne signifie ni désaveu, ni confirmation et la sourde contestation des jeunes officiers avec leurs partisans qui ont défié le RSP et qui n’acceptent plus l’autorité de cette hiérarchie, coupable, au minimum, de complaisance vis-à-vis de Gilbert Diendéré. Ces jeunes officiers eux aussi sont accusés de collusion, si ce n’est d’être carrément la cinquième colonne à la solde d’un comeback planifié de Zida.
Les trois premières semaines de ce mois d’avril ont été rythmées de toutes les rumeurs possibles aussi affolantes les unes que les autres. Il y a eu d’abord ces rumeurs d’un raid sur la MACA des partisans de Zida pour assassiner les généraux Diéndéré et Bassolé. Cela a provoqué un relèvement du niveau de sécurité autour de la MACA. Dans la nuit de vendredi 14 au samedi 15 avril, un incident est effectivement survenu aux environs de l’enceinte de la prison militaire. Vers les petits matins, des tirs ont été entendus aux alentours des bâtiments de cette prison. L’Etat-major de l’armée a publié un communiqué quelques instants après, pour dire qu’il ne s’agissait pas d’une attaque, mais plutôt des tirs de dissuasion contre des riverains qui se seraient aventurés par inadvertance dans le périmètre sécurisé autour de la prison militaire. N’empêche, pendant 72 heures les visites aux pensionnaires de luxe des lieux seront supprimées. Ce qui fait dire aux saint Thomas que la version servie par l’Etat-major de l’armée n’est peut-être pas totalement vraie.
Dans le même temps, on apprend que la justice militaire, dans l’instruction du putsch du 16 septembre, réitérait son plus que désir d’auditionner la haute hiérarchie des FDS à savoir le général Pingrenoma Zagré, le chef d’état-major général de l’armée, le secrétaire général du ministère de la Défense, le colonel major Alassane Moné, le chef d’état-major de la gendarmerie, le colonel Tuandaba Coulibaly, celui de l’armée de terre, le colonel major Raboyinga Kaboré, celui de l’armée de l’air, le colonel Gustave K Palenfo et le directeur général de la police nationale le commissaire Lazare Tarpaga. Les convocations émises rencontrent le refus collectif de déférer des hauts gradés. La tension monte d’un cran au sein de l’armée et finalement les convocations sont annulées. Mais cet épisode n’a fait que grandir la césure au sein des FDS suivant la ligne de fracture dessinée depuis le putsch du RSP. Le grand malaise au sein des FDS s’est encore aggravé. On attend que le président Kaboré tranche pour ramener au plus vite la cohésion au sein de la grande muette.

Par Newton Ahmed Barry

La short list des potentiels éligibles
Même s’il n’en laisse rien paraitre, il est évident que le président sait tout le préjudice à laisser perdurer la situation actuelle dans l’armée. Il est donc possible qu’il scrute au sein des officiers supérieurs pour dénicher les oiseaux rares pour occuper les deux hauts postes les plus stratégiques de l’armée. Quelle va être l’option stratégique du président ? Il pourrait rester dans la logique du « ni, ni » qui avait présidé à la désignation du directeur général de l’ANR. Pour, de la sorte s’extraire des camps qui se font face.
Va-t-il faire le saut du rajeunissement ? Là aussi il est peu probable. La stabilisation à long terme des FDS commande l’observation de critères de mérite, de diplôme et d’ancienneté dans les promotions aux hautes fonctions. La base pourrait être, autant que faire se peut, «le brevet de l’école de guerre ».
En partant de ce postulat et selon nos investigations le choix pourrait se faire entre les officiers ci-après.

Au niveau de l’état-major général de l’armée pour succéder au général Pingrenoma Zagré :

Deux prétendants sérieux :
Le colonel major Yaya Seré. Le premier commandant du RSP, surnommé « taping ». Il est très respecté et considéré comme un officier de grande valeur.
Ensuite le colonel Salfo Kaboré, un ex BIA, rescapé de la purge sauvage qui a sanctionné la rébellion du Lion contre l’assassinat de Thomas Sankara. Il jouit, selon nos informations, d’une réputation d’intégrité.

Au niveau de la gendarmerie pour succéder à Tuandaba Coulibaly :
La liste serait plus longue. Au moins quatre potentiels prétendants :
Le colonel major Mamadou Traoré dit Madou Bandit. Il a déjà occupé la fonction. Il semble être en mesure de ramener la cohésion dans la maison de la maréchaussée.
Le Colonel Daogo Jean-Sosthère Sama. Il a déjà assuré l’intérim en 1996.
Les colonels Djibril Lallé et Forogo Labawo Voilà donc une short list, pas forcément exhaustive, dans laquelle le président pourrait puiser. Comme il est possible aussi qu’il veuille bien s’entourer des officiers avec qui il a déjà travaillé par le passé. Il a montré avec la nomination du premier ministre et du directeur général de l’ANR qu’il aime bien s’entourer de gens qu’il connait déjà. Dans tous les cas, le président ne peut pas différer encore longtemps les nominations à la haute hiérarchie des FDS n

NAB