Après la surchauffe du début septembre, le soufflet des Réformes est-il retombé ? Pas vraiment. L’accalmie cache des actions souterraines qui ne devraient pas tarder à prendre la lumière. Les rôles pourraient être redistribués. Bougouma devrait prendre plus de galons dans la conduite du processus et un nouveau cadre voir le jour pour constituer le creuset des actions à venir. Evidemment sous réserve que les cercles de pouvoirs autour de Blaise ne torpillent pas tout ça.

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Il était pratiquement impossible de voir Bongnessan continuer à tenir la barre des reformes. Le coup de barre donné par le président en août au processus de l’opérationnalisation du Sénat et les conclusions qu’il en a tiré dans sa brève déclaration de début septembre, pointe bien les faillites de la conduite du processus. « Il n’a pas été compris » a dit le président. Donc il n’a pas été bien expliqué. La frange politique, celle représentant l’opposition, au CCRP ne décolérait pas du reste sur ce qu’elle considérait comme « une mise en œuvre unilatérale des reformes décidées par les assises ».
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Bougouma (DR)

Le tournant qui se dessine semble montrer que le centre de gravité des Reformes pourrait glisser vers le ministre Jerôme Bougouma. Pour une fois depuis 2011, son ministère pourrait être celui qui va introduire à l’assemblée nationale les projets de loi de reforme constitutionnelle. Une mouture est actuellement en circulation qui propose grosso modo de réviser trois articles de la constitution, pour prendre en compte la nouvelle composition proposée par le comité de suivi, la question de l’âge, donc la prise en compte des jeunes, l’élargissement éventuel au CFOP et les dispositions transitoires en attendant que le Sénat se mette en place. Tout montre donc que la mise en place du Sénat pourrait aller jusqu’à son terme. Le projet prévoit et c’est une innovation qui va faire couler beaucoup d’encre, de laïciser davantage le Sénat. Ce qui aura pour conséquence de supprimer la représentation des confessions religieuses. Ce projet est actuellement en circulation au sein des CCRPistes avant que Bougouma ne le défende devant les députés.

Pour la conduite de ce processus, le comité de suivi des Reformes pourrait perdre son rôle au profit d’une structure plus politique, « le Front Républicain ». Le 8 octobre autour du CDP, les partis politiques qui ont pris part au CCRP se sont retrouvés à l’hôtel Splendide pour en convenir et devraient se revoir les jours suivants pour en arrêter les Statuts. C’est un peu le procédé de demande d’amitié « partis politiques souhaitent se retrouver en Front Républicain pour se concerter… et faire plus ensemble s’il y a affinité ». Un comité de dix membres (5 majorités et 5 oppositions ccrp) devrait conduire et arrêter les Statuts du Front.

Mais dans l’immédiat la ritournelle…

L’affaire du Sénat n’est pas tranchée. Il n’est pas question non plus d’abandonner l’idée. Alors la moulinette à idées reprend du service. Il y aurait deux dispositifs actuellement au feu.

Conduire et mettre en place effectivement le Sénat, en espérant que devant le fait accompli les récriminations se tassent. La mise en œuvre de cette idée conduira à saisir l’assemblée nationale, à refaire les élections au niveau des régions, par un procédé qui permettrait que l’opposition ccrpiste soit mieux représentée. En espérant aussi, que le CFOP succombe au quota qui lui sera réservé.

Si malgré tout cela, la contestation reste encore si forte contre le sénat, alors il semble que l’idée d’une constituante ne serait plus à exclure. Cela devra passer par une dissolution de l’assemblée nationale, l’adoption d’une nouvelle loi électorale et des élections constituantes. Il reste la question éternelle du timing. Quand les options seront-elles clairement définies ? Le président et son entourage envoient des signaux contradictoires. Le président ne s’est pas encore fait une religion sur son sort après 2015. Il pense qu’il lui est encore possible d’avoir un autre choix que celui inscrit dans l’actuelle constitution. Son parti, le CDP qui a fait son entrée le 5 octobre dernier est revenu sur ses vieilles lunes. La révision de l’article 37 pour supprimer la limitation des mandats reste pour le CDP un objectif politique vital.

Une véritable stratégie de communication est conçue pour entourer toutes les évolutions qui sont déjà arrêtées et peut-être maîtrisées. Peut-être maîtrisées, parce que la question de la sécurité du régime reste à régler. Elle se dégrade même à mesure que s’obscurcit l’horizon politique du régime. L’incertitude qui traverse actuellement la scène politique, on ne sait vraiment pas quel est le cap et les étapes, est la même qui diffuse dans le corps de la sécurité. Au niveau du régiment de la sécurité présidentielle (lire Affaire Tuina un civil entendu et déféré à la MACA) il y a un vrai malaise. Les clans dont on a parfois parlé dans la presse sont plus que jamais au point de rupture. Des scenarios de reprise en main sont en échafaudage.

Sur la scène, le jeu de diversion est savamment entretenu. François Compaoré vient d’en rajouter une louche, dans un entretien à notre confrère Jeune Afrique (N°2752 du 12 octobre 2013). Oui, il faut que Blaise Compaoré reste après 2015, parce que le Burkina n’a pas encore enfanté celui qui « pourra remplacer » un président comme lui. François Compaoré assure que les Burkinabè « au fil du temps ont fini par comprendre que pour attirer les investisseurs et construire un pays il n’y a pas que l’alternance. On peut rester avec un système fort qui maîtrise tous les problèmes ». Avec une telle communication savamment distillée on se demande quelle place on laisse aux illusions des partisans ? Mais c’est la politique, il faut multiplier les théâtres pour se donner des chances de tisser la toile du dessein secret.

Newton Ahmed Barry

 


Blaise veut reprendre la médiation  

Alors que IBK se préoccupe de reprendre la main en interne, Ouagadougou voudrait qu’il n’oublie pas la médiation et les accords de Ouagadougou. Pour le lui rappeler, des concertations préalables entre groupes armés du Nord « pour régler les nombreux différends qui minent leur unité » devraient se tenir à Ouagadougou du 10 au 12 octobre et probablement sous l’égide du médiateur. A tout le moins dans les locaux de Kosyam. Une telle sollicitude de Ouagadougou à l’égard des groupes qui ont recommencé à harceler les positions militaires maliennes, risque fort bien de « plaire à Bamako ».

IBK, on l’a vu n’est pas pressé de prendre langue avec le médiateur. S’il était récemment à Paris, c’est pour s’assurer le soutien de Hollande, avant de se déployer. Sur Bamako, la reprise en main est désormais totale et entière. Kati a été démantelé, le machin pour les reformes militaires créé pour Sanogo a été dissout et les comptes bloqués. Sanogo, lui-même a été sommé de vider les lieux.

Il reste maintenant Kidal. IBK a dit le fond de sa pensée. « Kidal aura l’autonomie de Koulikoro.. », dans un projet de décentralisation dont les termes et les modalités seront arrêtés au cours des assises des Etats généraux qui vont se tenir incessamment. Les groupes touaregs de concert avec Kosyam peuvent, si bon leur semble, aplanir ce qu’ils veulent. La reprise des discussions avec Bamako n’interviendra qu’après ces Etats généraux et les décisions qui seront arrêtées. A Bamako on pense que le calendrier fixé par les accords de Ouagadougou, n’est pas moulé dans le marbre.

Selon ces accords effectivement, les pourparlers entre le gouvernement élu et les groupes touaregs devraient reprendre au plus tard 60 jours après la formation du nouveau gouvernement. C’est le 4 septembre que IBK a été investi et il a formé son gouvernement quelques jours après. Pour les groupes Touaregs, avec la bienveillance de la médiation Burkinabè et du représentant de l’ONU, le temps commence à compter.

Pour IBK, les groupes touaregs doivent venir d’abord aux Etats généraux sur la décentralisation, en « laissant de côté la kalachnikov ». Avant de prévenir « Je prends à témoin la Communauté Internationale, l’offre de paix ira de pair avec une volonté farouche de défendre le Mali, l’honneur du Mali, les soldats du Mali, les populations du Mali, toutes ethnies confondues. Les corps déchiquetés, les maisons effondrées, les mêmes horreurs qui peuplèrent le passé récent, doivent cesser (…) Enfin à vous tous, compatriotes, amis et partenaires du Mali, je redis avec force : notre Peuple n’aspire qu’à vivre en paix, mais une paix dans l’honneur et la dignité ». La médiation Burkinabè n’a peut-être pas réalisé que Koulouba a changé de locataire. Elle va s’en mordre les doigts.

NAB