zeph_et_roch_3.jpgSe croyant les mieux placés pour entrer dans le carré d’As, Zeph et Roch ont d’ores et déjà engagé un duel par presse interposée pour la conquête du trône de Kosyam. Leurs petites phrases assassines décochées à partir du Conseil constitutionnel annoncent un round final qui promet d’être fort disputé.

La dernière sortie médiatique de Zeph à l’occasion du dépôt de sa candidature a planté le décor d’une campagne qui ne sera pas avare en petites phrases assassines : « Je suis prêt pour le combat parce que l’élection présidentielle est une occasion de choisir un projet de société. Et je le dis haut et fort à mes concurrents : le débat sera rude. Que les incompétents et les incapables se retirent dès maintenant parce que celui qui va sortir ici un projet qui ne tient pas la route, nous n’allons pas le laisser prétendre à diriger notre pays. Le Burkina Faso a besoin d’une catégorie spéciale d’hommes et de femmes pour mettre au-devant de ses problèmes parce que les problèmes de ce pays sont tellement immenses qu’on a besoin de gens capables de les gérer». En répondant aux questions des journalistes sur la même thématique, Roch Kaboré, le candidat du MPP avait sans doute en tête la déclaration ci-dessus de Zéphirin Diabré : « J’ai un sentiment de fierté puisque nous venons de finir toute la procédure de dépôt de la candidature qui a été acceptée. C’est un sentiment également d’humilité parce que j’ai conscience de la charge de cette mission qui m’a été confiée par le parti et nous nous en remettons à la décision du peuple burkinabè le 11 octobre prochain. (… ) La présidentielle, c’est d’abord la confiance d’un homme avec son peuple. Le peuple attend la résolution de ses problèmes. Le peuple s’est exprimé les 30 et 31 octobre lors de l’insurrection populaire. Il nous appartient d’assumer la responsabilité de pouvoir faire en sorte que le peuple trouve sa satisfaction dans le combat que nous allons mener pour la justice sociale, pour la paix et pour le progrès social des Burkinabè en général. »
Il y a à travers ces deux déclarations non pas seulement une différence de style mais plus fondamentalement une différence d’approche. D’un côté le libéral Zeph pour qui l’individu a un rôle éminent dans tout processus social, d’où l’exaltation de la « catégorie spéciale d’hommes et de femmes » de laquelle devrait sortir le démiurge capable de gérer les immenses problèmes que connait le pays. Les incompétents et les incapables sont priés au passage de sortir des rangs.
Roch Kaboré, le social-démocrate joue quant à lui la carte du peuple, la référence suprême, qu’il invoque à quatre reprises dans sa brève déclaration. L’enjeu c’est de mériter sa confiance et sur cette question c’est le parti, le MPP qui en sera le garant. Ce parti qui lui a fait confiance en le désignant comme son candidat et qui, retour de manivelle, sera sans doute appelé à jouer un rôle central dans la gouvernance Kaboré. C’est donc à la fois deux styles et deux visions qui vont s’affronter dans la campagne à venir. Dans le rôle de bulldozer, il y a Nathanaël Ouédraogo, pour l’UPC et Salif Diallo pour le MPP. On le sait, le slogan lancé par Salif Diallo sur la victoire de son candidat au quart de tour est restée en travers de la gorge de certains responsables de l’UPC. Pour Nathanaël c’est bien la preuve que le MPP est héritière des vieilles pratiques frauduleuses du CDP. On ne change pas de nature parce qu’on a changé de veste avait-il déclaré dans une interview à l’Obs. Il est convaincu que le MPP s’apprête à appliquer la méthode du Tul guilli selon la célèbre expression de Simon Compaoré le spécialiste du vote des caïlcédrats. Zeph lui-même semble obnubilé par la crainte de la capacité supposée du MPP à tricher en raison de la vieille expérience de ses militants en la matière. Répondant à Christophe Boisbouvier, notre confrère de RFI, sur la crainte d’éventuelles pressions du RSP sur les dernières semaines de Transition, voici ce qu’il a dit : « Non pas du tout, je ne vois pas en quoi il peut se mêler de ces questions-là. Il appartient à l’armée dans sa totalité et doit donc rester dans le cadre de cette armée. Par contre, ce que je crains, c’est qu’il y ait des calculs machiavéliques de tel ou tel camp. J’espère vraiment qu’on ne se mette pas en tête de faire des jeux de confiscation ou de proclamation anticipée de victoire comme certains, semble-t-il, envisagent de le faire. » Pour des observateurs avisés, cette petite phrase vise sans aucun doute le MPP, l’adversaire le plus sérieux de l’UPC. Mais l’hypothèse d’une manœuvre de Zeph qui se verrait déjà dépassé par la montée en force du MPP sur le terrain apparait aussi dans les commentaires. En tout état de cause, s’il y a des indices d’une subversion en cours tendant à inverser anti-démocratiquement les rapports de force réels, les acteurs politiques gagneraient à les communiquer aux services compétents de l’Etat de droit, afin qu’il soit établi leur véracité. Balancer de telles choses dans les médias sans en établir les fondements pourrait relever, estiment certains, d’un exercice de manipulation de l’opinion. Salif Diallo qui a lancé les deux premières piques qui ont nourri la polémique dans le camp de ses adversaires ne va sans doute pas en rester là. Après le coup sur les morts de l’insurrection populaire estampillés MPP et celui de la victoire du candidat MPP au quart de tour, l’entrée en campagne officielle devrait voir d’autres florilèges du genre. Ce provocateur né sait comment orienter ses adversaires sur de mauvaises pistes, tandis qu’il avance lui-même tranquillement sur du goudron. Ces derniers sont donc avertis !
Pour une fois qu’ils ont un scrutin électoral ouvert, les Burkinabè attendent des candidats autre chose que des satrapes. Zéphirin Diabré a lancé un défi à ses adversaires sur un terrain sur lequel il s’est sans doute bien préparé, c’est-à-dire le débat politique. Il s’agit d’expliquer aux Burkinabè sur la base des programmes des candidats comment ces derniers entendent éradiquer les problèmes tels que l’emploi des jeunes, la corruption, l’inadaptation de l’école, l’arriération de l’agriculture, la promotion de l’entreprenariat national, la promotion de la démocratie, etc… Les hommes de médias ne manqueront pas de multiplier les initiatives pour obliger les candidats à dérouler leurs programmes. Ces derniers ont du pain sur la planche après plus de 50 ans d’abrutissement. Dans les campagnes, nombre de nos compatriotes n’ont pas encore compris que Blaise est parti. L’alternative à Blaise reste donc encore à expliquer. Et ce ne sera pas si aisé quand on sait que le CDP qui présente un candidat continue de surfer sur l’image de ce dernier. Faut-il croire que l’issue des élections continuera à dépendre de la confiance que les populations entretiennent avec les animateurs politiques au mépris de leurs programmes ? Le processus électoral actuel sera un test grandeur nature pour l’évaluation des hommes qui sollicitent le suffrage du peuple. Ils devront prouver qu’ils ont la maitrise de leur sujet, qu’ils ont le sens des masses en même temps que des qualités en matière de leadership politique. C’est tout le mal qu’on leur souhaite !

Par Germain B. Nama