kafando.jpgIl a été longtemps considéré comme le maillon faible de la transition. Il pourrait être celui qui l’a sauve des velléités attisées par les appétits du pouvoir. Une nouvelle République comme un minimum acceptable pour la transition ? Oui répond Michel Kafando à condition de rester dans le temps de la transition.

Michel Kafando se révèle au fil de la gestion du pouvoir comme un bon père dont la franchise parfois désarme. Il semble que c’est avec cette arme de sincérité qu’il a « vaincu » François Hollande qui l’a reçu ce 1er juin à L’Elysée. Les préliminaires de l’accueil étaient bien froids. Une simple poignée de main sur le bas du perron de l’Elysée. Les deux hommes ne se connaissent pas ou peu. Donc juste les mots convenus de bienvenue. Kafando visiblement crispé suit un Hollande qui l’entraine dans les dédales de ce palais, siège du pouvoir politique en France. L’entretien commençait avec beaucoup d’appréhensions. Surtout que le même jour au moment où commence cette visite, (annoncée, puis annulée sine die dans un premier temps, en début mai) l’ambassadeur de France à Ouagadougou, dans une interview à Sidwaya, le journal gouvernemental insistait sur ce qui devait être « le minimum acceptable » pour la France et la communauté internationale, à propos de ce que nous appelons prosaïquement « la loi Cherif  ». Primo, dit Gilles Thibault, « il faudra en faire une lecture intelligente (…) pour appliquer ce nouveau texte avec discernement et l’intelligence qui conviendront (…)  ».
Deuxio ; ajoute-t-il, il ne pourrait en être autrement parce que « les citoyens burkinabè veulent que les résultats des élections soient incontestables et pour cela il faut que les élections soient justes loyales et inclusives  ». Confer: http://www.sidwaya.bf/m-6253-gilles-thibault-ambassadeur-de-france-au-burkina-faso-%C2%ABc-est-normal-qu-il-y-ait-des-changements-a-la-tete-d-un-etat%C2%BB.html
Peut-on imaginer que ces avant propos du diplomates sont neutres ? Un minimum de connaissances des us diplomatiques incline plutôt à dire non. Il y a bien synchrone entre le diplomate et ses patrons du bord des rives de la Seine, comme on s’en rendra compte peu de temps après.
L’audience qui a commencé froidement, en contraste d’ailleurs avec la journée ensoleillée de ce 1er juin d’un printemps parisien finissant, va durer plus longtemps que prévu. Elle était prévue pour tenir en 30 mn, elle prendra une vingtaine de minutes supplémentaires. Dans le petit salon « Napoléon III  » de l’Elysée où le petit public des journalistes et des officiels burkinabè attend, ce dépassement d’horaire intrigue, puis inquiète. Peut-être que c’est bon signe ou peut-être pas ?
A 11h55 quand le rideau s’ouvrir sur les deux présidents qui se dirigent ensemble vers les deux pupitres qui les attendent, à la mine détendue de François Hollande on devine que c’est bon. Ces premiers mots le confirment : « je tenais à recevoir le président Michel Kafando, pour l’honorer et lui apporter tout le soutien de la France dans la conduite de la transition que l’on sait difficile  ». Abordant la question des élections à venir, il ne s’étale pas outre mesure, mais reprend l’expression de son ambassadeur depuis Ouaga : « la France souhaite des élections non contestables  ». Hollande n’a pas eu besoin, d’ajouter les mots qui fâchent. Mais son ambassadeur avait précisé les conditions pour que les élections soient « incontestables  », il fallait pour cela qu’elles soient « justes loyales et inclusives  ».

Que s’est-il passé dans l’entretien ?

Michel Kafando, avouera qu’il a été très sincère et honnête avec son hôte français. La transition telle qu’elle se déroule au Burkina est le fait « des jeunes et des femmes  ». Nous sommes obligés de « suivre ce qu’ils veulent  ». Il a expliqué alors le processus qui a abouti à l’adoption de la loi Chérif. Le projet initial du gouvernement ne contenait pas les dispositions qui posent problèmes. Parce qu’explique-t-il, lui et son gouvernement savaient qu’elles allaient poser problème au niveau de la communauté internationale. Mais ajoute t-il « malgré nos explications, ils n’ont pas adhéré. Alors nous avons dû nous plier  ». Que demande-t-il alors aux partenaires du Burkina ? Ne pas trop insister pour ne pas acculer d’avantage le gouvernement et provoquer la radicalisation des « jeunes  ». Il pense que la baisse de la pression des partenaires devrait permettre et faciliter ce que l’ambassadeur Gilles Thibault a appelé « une application avec discernement  ». Le plaidoyer de Michel Kafando tient donc en ces vérités simples et désarmantes : « nous ne sommes pas totalement maîtres de la conduite de cette transition. Elle nous impose une constante écoute des acteurs qui ont réalisé l’insurrection. Les partis politiques se sont lavés les mains et sont en campagne. Nous devons donc faire avec les OSC, dont le discernement est assez relatif. Nous avons besoin que nos partenaires principaux nous comprennent et ne nous exposent pas outre mesure »
Sur le deuxième point qui préoccupait aussi le partenaire français, notamment le respect de la date des élections convenue avec le Comité de suivi que préside Macky Sall, Kafando a donné sa parole d’honneur, qu’elle sera respectée. Parce que « lui-même n’est pas intéressé de rester un jour de plus  » et puis sur ce point, il a le soutien des principaux signataires de la Charte de la transition. Il a donc vraiment rassuré les français que la date sera maintenue.
Ces explications ont convaincu un François Hollande qui a eu depuis le début des yeux de Chimène pour l’insurrection au Burkina Faso. A Dakar, au sommet de la Francophonie (29 et 30 novembre 2014), il avait bravé les « gourous africains  » de l’Organisation et avait félicité les Burkinabè. La France est aussi, l’avocat de l’insurrection et de la transition en cours au Burkina. Pour Kafando, il ne faut pas donc se fâcher avec un tel partenaire. Hollande convaincu a tout cédé et tout promis. Le financement des élections, la France va apporter une contribution substantielle. Elle va en outre provisionner de l’argent pour l’aide au développement. Ainsi donc, la France revient en première ligne dans l’accompagnement de la transition. Elle en devient la garante, parce qu’elle a reçu l’assurance que les paroles données seront tenues. Kafando a remporté une manche, mais le chemin qui nous sépare du 11 octobre est à la fois long et court. Premier test, les examens des candidatures à la présidentielle. Si effectivement, il y a une application « intelligente et discernée  », de la loi Cherif, la transition burkinabè pourrait alors revêtir « l’exemplarité » que Hollande voudrait bien la ceindre. Dans le cas contraire, le détricotage de l’estime actuelle de la transition pourrait aller aussi à la vitesse de la bonne pelote qui se démêle.

Par Newton Ahmed BARRY

Du donnant donnant …

Le Burkina va contribuer avec plus de troupes à la Munisma …
Kafando n’est pas venu les mains vides à sa rencontre avec Hollande. La plus belle femme ne pouvant donner que ce qu’elle a. Le président de la Transition est venu avec dans ses bagages une proposition qui ne pouvait qu’allécher cette France de Hollande qui peine dans le bourbier malien. Le Burkina a décidé d’augmenter ses troupes au Mali, d’un nouveau bataillon. Environ 500 hommes supplémentaires devront être envoyés à la Munisma. C’est une information qui doit ravir cette France dont les 3000 hommes environ qui sont encore sur place, pourront ainsi se consacrer, aux tâches plus prenantes de traque et de renseignements, sur les djihadistes dans le cadre de Barkhane. Les tâches de police et de sécurisation des territoires revenant aux autres troupes. Courant mois de mai, deux chefs djihadistes dangereux, AbdelKrim al-Tragui (dont la Katiba avait revendiqué l’enlèvement et l’assassinat de Gislaine Dupont et de Claude Verlon de RFI) et le lieutenant de Iyad Ag Ghali, Ibrahim Ag Inawalen alias « Bana  » avaient été abattus par les militaires français. Le second, Ibrahim AG Inawalen, avait collaboré avec les services français pour la libération de leurs otages. Quand le dernier des otages, Serge Lazarevic, a été libéré, les Français lui avaient conseillé de quitter les rangs djihadistes. Mais visiblement ses liens avec AbdelKrim al-Targui étaient très forts.
D’aucuns pensent aussi, que cette opération d’élimination des chefs Djihadistes devrait parler et convaincre les réticents touaregs à signer les accords d’Alger.

… et la France va soutenir le Burkina dans les dossiers de justice
C’est une annonce de Hollande. Elle n’est pas suffisamment étayée. Le président français a annoncé que dans les dossiers judiciaires en cours au Burkina, la Transition peut compter sur Paris. On pense alors à cette demande d’enquête parlementaire pour savoir les implications de la France dans l’assassinat de Thomas Sankara.
Probablement aussi un soutien de Paris, dans une éventuelle chasse aux fortunes cachées des anciens dignitaires de l’ère Compaoré. D’autres font allusion à une éventuelle demande d’extradition de Blaise Compaoré. Mais sur cette question, sauf si les mises en accusation devant le CNT, qui sont attendues, lui forçait la main, le président Kafando, n’a pas l’intention de perturber la quiétude de Blaise Compaoré à Abidjan.
Dans une récente interview à Radio Omega, le président de la Transition a dit : « aussi longtemps que le président Compaoré se tient tranquille et ne cherche pas à déstabiliser la Transition, Ouattara n’a rien à craindre du Burkina ». On peut en déduire Blaise aussi.

Par NAB