Malversations, détournements, les faits pour le moment ne sont pas formellement établis. De lourds soupçons pèsent toutefois sur la gestion des fonds alloués aux élections couplées. C’est une cagnotte de plus d’un milliard que Nathalie Somé devra justifier. La charge émane d’une taupe tapie à l’intérieur de l’institution, inquiète des nuages qui s’amoncellent au-dessus du CSC : « la mal gouvernance financière, relève-t-elle, conjuguée à un management des hommes fondé sur des intrigues risque d’avoir définitivement raison de la crédibilité de cette institution constitutionnalisée de la république, vieille de plus de 20 ans qu’est le Conseil supérieur de la communication ».
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Plus d’un milliard à justifier
C’est une dénonciation en règle qui a été faite auprès du contrôleur général avec ampliation au président du Faso et à son premier ministre ainsi qu’au ministre en charge des Finances.
Aucune restriction budgétaire n’a touché le budget des élections couplées de 2015 présenté par le CSC. Sur les 1 025 350 000 FCFA demandés, l’intégralité de la somme a été versée par l’Etat. Et ce ne sont pas les seules sommes dont a bénéficié l’institution de Nathalie. La LONAB a pris en charge la réalisation des spots et des micro programmes diffusés à la télé à hauteur de 46 millions et le Nigéria a doté le CSC via la CENI de deux cars MUTSIBISHI double cabine alors que le budget élections a prévu 30 millions pour l’acquisition d’un véhicule. C’est dire que le CSC a abordé les élections couplées dans un confort relatif. Mais à l’arrivée, les fonds ne semblent pas avoir entièrement servi leur objet.

Des soupçons de détournements
Les mouvements observés sur le compte Election N° 000144710033 du CSC font ressortir trois entrées de fonds aux dates suivantes : 20 avril 2015 : 323 000 000 millions. 27 juillet 2015 : 27 millions. 14 septembre 2015 : 675 350 000 F CFA. Le total des trois versements s’élève à 1 025 350 000FCFA, ce qui correspond à l’intégralité du budget présenté par le CSC à l’Etat. L’auteur de la dénonciation relève les ombres qui pèsent sur les lignes de dépenses prévues dans le budget. Ainsi 40 millions avaient été prévus pour le recrutement et la formation de 200 observateurs. Ce sont finalement 100 observateurs qui auront été recrutés. Les observateurs déployés sur les villes de Ouaga, Bobo et Fada ont touché chacun 150 000FCFA tandis que ceux des autres provinces ont touché 300 000FCFA. Même à supposer que l’ensemble des 100 observateurs aient touché chacun 300 000, il restera un reliquat de 10 millions. Quid de ce reliquat ? En outre, 20 millions avaient été prévus pour l’équipement des observateurs. Or pas un sous n’a été déboursé par le CSC qui n’a repris que le matériel (postes radio, chronomètres, calculatrices, etc.) offert par le PNUD à l’occasion des élections de 2012. A quoi ont donc servi les 20 millions si les équipements des observateurs existaient déjà ? Dans le même ordre d’idées, deux autres lignes de dépenses appellent des éclaircissements : les activités média (spots, communiqués, micro programmes dans les journaux, radios et télés financés au niveau du budget de l’Etat à hauteur de 15 millions alors que pour le même objet le CSC a bénéficié d’un financement de la LONAB de 46 millions. Idem pour la ligne location de véhicules dont 15 millions ont également été alloués par l’Etat alors qu’aucun véhicule n’a été loué par le CSC, le Nigéria ayant offert deux véhicules double-cabine. Une autre ligne de 30 millions de FCFA prévoyait l’achat d’un véhicule de 30 places. Aucun véhicule n’ayant été acheté, où sont donc passés les 30 millions ?

45 millions à justifier sur la ligne édition de documents
Ces 45 millions étaient prévus pour l’édition de documents destinés aux correspondants du CSC, journalistes et partis politiques. Pour l’édition de ces documents, le CSC a bénéficié de l’appui de la LONAB. Dans cette rubrique, seules des rames de papiers ont été achetées. Il importe à ce niveau de retrouver documents et factures pris en charge par la LONAB, « de revoir les contrats passés à cet effet jusqu’à la livraison des documents ». L’exercice permettra de jeter une lumière sur le reliquat de l’ensemble des sommes engagées par l’Etat (45 millions, augmentées de la contribution de la LONAB. D’autres dénonciations accablantes portent sur 90 millions destinés à l’acquisition d’équipements de mesures de champs. Aucun équipement n’a été acheté en réalité parce que le CSC en possédait déjà. Même chose pour l’équipement et l’aménagement d’une salle d’enregistrement et de montage audiovisuel. Cette salle semble avoir fait l’objet d’un double mandatement. De la part d’abord de Taiwan dont l’ambassadeur avait à l’occasion de l’inauguration de ladite salle décliné les engagements de son pays. Ainsi sur 31 438 280 FCFA de l’engagement financier taiwanais, 26 238 280 FCFA sont allés à l’acquisition de matériels audiovisuel, de reprographie et de numérisation et 5 300 000FCFA à l’aménagement de la salle studio. Curieusement, une facture sans doute fictive mentionne un engagement financier supplémentaire de près de 35 millions du CSC pour la même salle studio de 10 M² située au 3ème étage de l’immeuble du CSC. Ladite somme a été virée dans un compte Coris bank d’un prestataire présumé. Autres lignes sur lesquelles pèsent des soupçons de détournements : les prises en charge  (équipes d’animations des émissions spéciales (35 millions), missions de supervision (25 millions), réquisition des conseillers et du personnel (91 350 000 F CFA) ; missions d’échange d’expériences avec les instances de régulation d’autres pays (20 millions, etc.)
La ligne d’appui à la presse privée et publique soulève également des interrogations. Pour la presse publique, ce sont 200 millions qui ont été alloués. Pas sûr que les montants cumulés des chèques remis à la RTB, Sidwaya et Système d’information du gouvernement atteignent ce montant. En ce qui concerne la presse privée qui bénéficie d’une prise en charge à hauteur de 150 millions, il y a également problème. Chaque média audiovisuel devait recevoir entre 1 000 000 et 1 400 000 dont 40% en numéraires et 60% en matériels. Ces médias ont reçu chacun une moto de marque Rato achetée à Mégamonde entre 877 215 et 701 775 F CFA au moment où cette société faisait de la vente promotionnelle des motos à 400 000 F CFA. A qui ont profité ces surfacturations ? Au total, ce sont 12 lignes de dépenses qui ont été répertoriées dans le document sur lesquelles des investigations paraissent nécessaires, tant elles comportent de nombreuses zones d’ombres. Enfin, l’évolution du compte Election laisse apparaître des curiosités qui demandent quelque clarification. En effet, à la date du 14 décembre 2015, le compte affichait 159 637 053 F CFA. Et à la date du 28 avril 2016, il ne restait plus que 2 millions de FCFA. Pour des fonds qui devaient être justifiés dans les 45 jours suivant les élections, il y a plutôt problème. Les allégations de la taupe ne s’arrêtent pas là. Elles visent également la gestion globale de l’institution

A propos du fonctionnement du CSC
Gestion clientéliste et népotiste sont autant d’accusations portées contre Nathalie Somé et son DAF. A quelle fin Mme Somé a-t-elle opéré le nettoyage complet de l’écurie financière ? Dès sa prise de fonction, toute l’équipe précédente a été balayée jusqu’à la secrétaire faisant place à une nouvelle. Si c’est l’efficacité qui est recherchée à travers ce nettoyage c’est raté. Jugez-en ! Depuis juin 2015, aucun déblocage de fonds n’a été engagé parce que l’institution n’a produit aucune pièce justificative sur les crédits alloués par l’Etat. En dehors des salaires qui sont virés, aucun autre déblocage de fonds n’a été possible depuis juin 2015 jusqu’à ce mois de mai 2016. Conséquence, le CSC a perdu environ 160 millions de francs. De plus, l’institution n’arrête pas de cumuler les irrégularités. C’est le cas des redevances des médias internationaux qui ne sont pas reversées au Trésor public. En 2015, ce sont 70 millions de FCFA qui ont ainsi été encaissés par le CSC. Autre irrégularité relevée, ce sont les factures d’eau, d’électricité et de téléphone du domicile privé de la présidente sis aux 1200 logements qui sont réglées par le CSC alors qu’elle bénéficie d’un logement de fonction qu’elle occupe à Ouaga 2000. Des climatiseurs auraient été acquis et installés par le CSC dans le domicile privé alors que le besoin en climatiseurs est réel au CSC dans certains bureaux. Il est reproché à la présidente, surfacturations, achats fictifs, partages de fonds publics avec des agents acquis. Des recrutements irréguliers, au nombre de 10 depuis son arrivée dans la maison lui sont également reprochés. Neveux, frères et beaux-frères sont venus grossir les rangs du personnel alors que dans le même temps d’autres « agents, indésirables par la présidente « sont sommés de rester à la maison ».
Tel est l’état des lieux au CSC, brossé par une taupe qui sait manifestement de quoi elle parle. Une dénonciation en règle d’une gestion « mafieuse » de l’institution. Faites quelque chose s’est-elle écriée au terme du réquisitoire. Cette adresse est destinée au Contrôleur général d’Etat comme un appel au secours pour sauver ce qu’il reste de l’institution CSC. Pour l’instant, il ne s’agit que d’une dénonciation interpellative. Il appartient maintenant à l’institution de Marius Ibriga d’établir la part du vrai et du faux et si nécessaire, de donner au dossier, la suite judiciaire qui sied, par le dépôt d’une plainte en bonne et due forme. De bonne source, la plainte leur serait parvenue doublement. Directement par la taupe mais aussi par la présidence du Faso qui aurait saisi l’ASCE/LC de la même plainte. Sauf empêchement, les contrôleurs d’Etat devraient examiner le dossier au cours de cette semaine. Affaire à suivre.

Par Germain B. NAMA