Le jeu d’échec s qui se joue à Bamako pourrait surprendre. Un grand perdant Cheik Modibo Diarra et un gagnant Sanogo. Bien conseillé, il semble avoir compris l’intérêt de se ranger du côté de la légalité, donc de Dioncounda.

 

Que se passe t-il à Bamako au moment où la rallonge de la CEDEAO à Dioncounda expire ? Une réunion se serait tenue le 7 août, sans qu’un consensus se dégage. « Diarra ferait de la résistance et Dioncounda, comme d’habitude, hésiterait à prendre une décision ». Or ce serait le souhait des chefs d’Etat de la CEDEAO. « Ils ne lui ont pas dit : chasse Diarra. Mais ce serait un grand soulagement pour tout le monde si c’était fait » confie un diplomate Ouest africain.

Le premier ministre qui s’est mis tout le monde à dos, à commencer par les partis politiques maliens et ses soutiens burkinabè a décidé de ne pas se laisser dépouiller. Il s’arc-boute sur « l’Accord cadre » du 6 avril. Un accord qui emmerde tout le monde finalement. Sauf qu’apparemment, le capitaine Sanogo, sous certaines conditions, pourrait bien, accepter de froisser le papier de l’Accord cadre. Les choses prennent ce chemin là depuis le retour de Dioncounda.

 

Comment Dioncounda

et Sanogo se sont rapprochés

Au moment où la justice est en train de passer à Bamako sur l’agression du président intérimaire dans les locaux du palais de Koulouba, le 21 avril dernier, une version, nouvelle des faits mettrait Cheik Modibo Diarra en cause. Il en serait le commanditaire, même s’il n’avait pas imaginé que l’agression prendrait « une tournure dramatique ». Selon les tenants de cette thèse, il voulait « pousser Dioncounda à la démission » pour rester « seul maître à bord ». C’est pour avoir compris le stratagème que Dioncounda et Sanogo ont entrepris de se rapprocher. Qui a fait le premier pas vers l’autre ? Sanogo croit-on savoir. Il aurait dépêché à Paris des émissaires voir le président intérimaire. Si finalement celui-ci a accepté rentrer sans attendre la mise en place de la Force de protection promise par la CEDEAO, c’est parce qu’il a eu l’assurance de Sanogo, confie une source proche de la médiation burkinabè. Quelle en était la contrepartie ? Il semble que Sanogo avait exigé et obtenu d’être nommé vice président. Sauf que certains chefs d’Etat dans la sous-région « deviennent comme fous, quand on prononce le nom de Sanogo », confie t-on du côté de Ouagadougou. Et puis il n’était pas légalement possible de le faire sans violer la constitution malienne qui ne prévoit pas le poste de vice-président. Il restait maintenant à imaginer une institution consultative en appui au président de la République.

C’est ce que finalement, il a fait dans son adresse à la nation en créant un poste de vice-président chargé des questions de Défense. Un poste taillé sur mesure pour Sanogo. La deuxième vice-présidence devrait, selon toute vraisemblance revenir à Dicko, du Conseil islamique qui s’est déjà mis à l’œuvre sans attendre d’être titularisé. Le président Dioncounda pourrait, croit-on savoir du côté de la CEDEAO envisager la création d’un troisième poste de vice-président qui serait confié cette fois à un politique. Le casting pour cette troisième vice-présidence devrait correspondre traits pour traits à ceux d’IBK. Ancien de l’ADEMA, il a souffert de ses anciens compagnons et n’avait pas été mécontent de l’irruption des militaires sur la scène politique le 22 mars. Il a été un temps contre la nomination de Dioncounda, mais n’est pas allé trop loin, pour ne pas se retrouver en porte-à-faux avec ses convictions démocratiques. De fait sa côte d’estime, chez les maliens est restée au beau fixe. Dans un environnement où le politique est décrié, il pourrait servir de pare-choc à Dioncounda, contre les radicaux de SADI, dans leur logique manichéenne : « tout le monde est mauvais sauf nous ».

 

Au Nord aussi, on se repositionne

Deux faits concomitants ont constitué un tournant dans la situation au Nord Mali. D’abord l’opposition courageuse des jeunes de Gao contre les folies du MUJAO. Les choses ont radicalement changé à partir de deux faits. L’opposition ferme des jeunes à la décision du fou commissaire islamique Abou Touré de couper la main à une jeune recrue accusée de vol, en application de la charia et le courage inouï d’un journaliste qui a osé commenter les faits sous une radio embastillée. Notre confrère Abdoul Malik Ali Maïga a ouvert une brèche dans l’obscurantisme islamiste qui s’était abattu sur la région depuis mars 2012. Le courage des jeunes et l’audace du journaliste ont fait évoluer la situation au Nord Mali de façon inimaginable. Désormais ce sont les islamistes qui ont peur. Ils ont même, pour obtenir le retour de la quiétude publique dû renoncer momentanément à l’application de la charia.

Deuxième fait important la visite impromptue du médiateur burkinabè dans le Nord Malien. Beaucoup n’en ont pas compris l’opportunité. Mais elle pourrait s’expliquer par les évolutions au niveau international et la crainte de plus en plus grandissante de la communauté internationale face aux exactions des islamistes. Ce voyage de la médiation burkinabè dans le bastion islamiste, arrive au moment où le président ivoirien, Alassane Ouattara, partisan d’une solution militaire a des difficultés, voudrait donner des gages et montrer que Lyad Ag Ghali est un interlocuteur crédible pour la paix. La présentation des faits semble particulièrement favorable à Ançar Dine qui est dépeint comme un groupe à l’islamisme gélatineux et opportuniste. Les proclamations et les impositions « chariatiques » seraient destinées à l’endormissement du partenaire AQMI. Le chef de Ançar Dine Lyad Ag Ghali, satisfait de s’être débarrassé de ses deux ennemis fraternels, le MNLA et le colonel Gamou (entre les deux il y aurait dit-on une affaire de femme), ne souhaiterait qu’une chose aujourd’hui : pouvoir enfin se reposer et jouir des dividendes d’une rente de paix. De quoi pourrait-il se contenter lui qui a déjà presque tout eu sous ATT ? Peut-être gouverneur d’un Nord autonome.

Qu’en est-il du MUJAO présenté jusque là comme un mouvement islamiste négroïde, réceptacle des irrédentistes de Boko Haram et des chebabs somaliens, il serait en réalité une création des arabes de Gao Tombouctou pour couvrir les trafics et autres activités illicites. Riches, mais peu rompus aux maniements des armes, ils auraient recruté les légionnaires islamistes de Boko Haram et des Chébab pour affronter avec le soutien de Ançar Dine l’ennemi commun , le MNLA. Depuis, hormis les excès du commissaire Abou, ancien vendeur de peaux, converti en policier islamique, les populations seraient satisfaites du MUJAO. Le mouvement serait pour eux aux petits soins.

A l’escale de Gao, les leaders de la société civile qui ont accueilli la délégation burkinabè, avaient deux mots à la bouche : merci MUJAO et bienvenue au Qatar dans la médiation pour une sortie de crise au Mali. Le MUJAO n’aurait pas donc un leader connu, à l’image de Ançar Dine. Cependant, leur administration de Gao est telle que les populations seraient en train de les préférer à l’administration malienne.

 

AQMI recrute des enfants

La délégation du médiateur est revenue avec une préoccupation : le recrutement et l’endoctrinement des mineurs auxquels se livrerait AQMI, sous la bienveillance de ses alliés Ançar Dine et MUJAO. C’est la vraie préoccupation exprimée par le ministre Djibril Bassolet. La médiation burkinabè n’a jusque là pas obtenu, une déclaration de démarcation de Ançar Dine de l’extrémisme de AQMI. Le rusé Lyad Ag Ghali sait tout l’intérêt, pour lui, de continuer à ménager ce partenaire encombrant. Au moment où l’étau pourrait se resserrer sur le Nord, le médiateur burkinabè pourrait avoir voulu sensibiliser Ançar Dine des risques qu’il encourrait en continuant de se coltiner les extrémistes de AQMI. Lyad Ag Ghali a certainement dû demander des contreparties plus concrètes. Véritable et unique chef du Nord, le MNLA étant définitivement hors jeu, il sait que l’économie d’une guerre dans cette partie de l’Afrique peut valoir son pesant d’euro…Surtout que personne ne veut vraiment la faire cette guerre.

 Par Newton Ahmed BARRY