Les choses se sont précipitées le 11 janvier 2013. L’entrée en guerre de la France contre les islamistes à Konna a tout chamboulé. La guerre que l’on voulait éviter par tous les artifices possibles a dû s’imposer. Chacun s’adapte comme il peut.

L’armée malienne d’abord. En pleine déroute, elle a pu se ressaisir. Le bouffon de Kati est rentré dans sa coquille après des singeries à Sévaré le 9 janvier 2012 pour, dit-il, « rehausser le moral de l’armée ». Un réconfort qui n’a pas porté bonheur à l’armée malienne mise en déroute, ce jour même à Konna et quelques jours après à Diabali.

Le président Dioncounda a repris les choses en main. C’est à lui que les troupes de France ont présenté les honneurs, à l’aéroport de Bamako. L’ambassadeur de France, Christian Rouyer, en proconsul à Bamako a prévenu : « l’armée française n’est pas venue pour amuser la galerie ». Il s’adressait « aux agitateurs du Sud » dont certains, entre le 7 et 9 janvier, avaient recommencé à envahir les rues, dans le scénario de juin 2012, quand Dioncounda avait été sauvagement agressé. Chacun doit se tenir à carreau, car il n’y a pas de quoi pavoiser. Les grandes gueules maliennes, qui disaient ne pas vouloir d’intervention étrangère, ont été clouées avec la débâcle de Konna. Si les Français n’étaient pas intervenus promptement et efficacement le 11 janvier, Iyad Ag Ghali (Ançar Dine), Abou Zeid (AQMI) et Bilal Hicham (Mujao) seraient assis au Palais de Koulouba et Kati sous contrôle des troupes djihadistes.

Le médiateur burkinabè qui ne désespère pas de reporter sa toge, a dû revêtir son treillis de chef militaire. Les premiers contingents burkinabè, fort de 150 hommes, sont arrivés à Markala pour tenir le pont sur le fleuve Djoliba. Ils seront environ 600 hommes du bataillon « Badenya » à participer, dans le cadre de la MISMA, à la libération du Nord. Ça tombe bien, l’interlocuteur Iyad Ag Ghali s’est fourvoyé. Son rival putatif, le prince Alghabass Ag Intallah lui succède à pied levé. Les Burkinabè qui ne sont pas coutumiers « de sensibleries excessives » ne vont pas le regretter.

La guerre est donc déclarée. Il n’y a plus de scrupule, c’est la France qui est aux mannettes. Tout le monde, pour une fois, lui en sait gré. Des décennies après la seconde guerre mondiale, les « tirailleurs français » renvoient l’ascenseur aux africains. Formidable leçon d’histoire !

 

Ançar est mort, vive MIA

Iyad Ag Ghali n’aura pas réussi, cette énième roublardise. Sa décision d’entrer en guerre, le 7 janvier contre les troupes maliennes à Konna, à signé sa perte. Lui et son organisation Ançar Dine, sont désormais assimilés aux djihadistes et traités comme tels. Sur les cendres fumantes de Ançar Dine est né le Mouvement Islamiste de l’Azawad (MIA), dirigé par le rival de toujours, de Iyad, le prince Alghabass Ag Intallah. Ce dernier lui avait déjà été préféré pour succéder à l’Aménokal, le chef traditionnel des Ifogas. Le prince Alghabass lui assigne pour ainsi dire le dernier coup de grâce, avec la naissance du MIA.

Le prince Alghabass était le médiateur en chef de Ançar Dine à Ouagadougou. Il est donc connu du médiateur burkinabè qui ne serait peut-être pas étranger à cette révolution de palais. Le prince est aussi l’homme du Qatar, un des acteurs invisibles de cette guerre au Nord Mali. Le Burkina on se souvient avait intercédé auprès des français, en août 2012, pour officialiser la médiation Qatarie ; ce à quoi, les français s’étaient opposés poliment, mais fermement. Le choix de Alghabass pour succéder à Iyad, ce qui fait de lui en même temps l’interlocuteur de poids pour les négociations à venir, fait bien les affaires du Burkina et du Qatar. Le MIA souhaite que la guerre se limite à Gao et Tombouctou. Kidal et Ahgueloc, habités essentiellement par les Touaregs, les amis de la France (Le Drian sur France 24) devraient être épargnés et laissés pour administration au MIA. A Bamoko, c’est une couleuvre qu’il faudra avaler. Le rapport de Force actuel ne lui laisse aucun choix.