Le Paren brandit des acquis, l’ODT crie trahison

Quel bilan tirer pour chacun des deux partis ? Si le Parti de la Renaissance Nationale (PAREN) qui participe au gouvernement excipe des acquis, ce n’est pas le cas de l’Organisation pour la Démocratique et le Travail (ODT) pour qui la moisson est nulle. Pour cause, la « non tenue des promesses par le MPP ». C’est ce que pense son président national, Mahamoudou Sawadogo.

odt.jpgPour ces deux partis les choses sont claires. C’est le Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) qui est venu vers eux. Il voulait leur soutien pour constituer une forte majorité. Bado Laurent, fondateur du PAREN indique lors de sa conférence de presse tenue ce samedi 20 aout que c’est lui qui a décidé « d’appartenir à la majorité ». Mais ne dit pas comment cela est arrivé. Dans son entourage, on précise cependant que c’est Salif Diallo, la tête pensante du MPP qui est allé convaincre Laurent Bado à son domicile. Même son de cloche chez le président de l’ODT. Résultat ? Bado s’est inscrit dans un groupe parlementaire suscité par le MPP. Le groupe parlementaire Burkindlim (intégrité en mooré). Un véritable coup de théâtre. On se souvient que Bado s’était montré particulièrement virulent contre ce parti et ses têtes fortes pendant les campagnes des élections couplées. Idem pour le député Anatole Bonkoungou de l’ODT qui s’est inscrit dans la mouvance. Au Burkindlim, les deux partis n’ont pas vraisemblablement eu les mêmes avantages en s’alliant à la majorité. Le fondateur du Paren se glorifie d’avoir « choisi et mis Tahirou Barry à la tête du Ministère de la culture », parce que dit-il, il avait « des choses terribles à réaliser » dans ce domaine. A l’ODT par contre, on parle de trahison. Se prononçant sur la crise que connait « son Paren à lui », Laurent Bado déclare urbi et orbi lors de la conférence de presse que « Tahirou Barry restera au gouvernement jusqu’à la fin du mandat du président Roch Kaboré ». Comment ces partis justifient leur ralliement à la majorité ? Le président Mahamoudou Sawadogo fait cette profession : « Tout juste après les élections présidentielles et législatives, les responsables du parti au pouvoir nous ont contacté et nous ont demandé de leur donner coup de main. En tant que fils du pays, si une autorité vous demande de l’aider, la meilleure façon, c’est d’accepter ». Dans cette même lancée, Bado avance des raisons. D’abord, il indique que le pays est en crise, et dans une telle situation on procède par la mise en place « d’un gouvernement d’union nationale ». Il dit aussi qu’il avait demandé à l’opposition de s’unir et désigner un seul candidat avant les élections. Et comme, il n’a pas été suivi, alors il refuse de rester avec l’opposition. Il ajoute que c’était également une stratégie pour son parti pour faire passer ses lois. Mais si ODT et PAREN ont été courtisés pour constituer une majorité forte, le partage du gâteau ne satisfait pas tout le monde. Il « n’est pas à la hauteur du soutien ». Se plaint-on au niveau de l’ODT. Impossible donc de dresser un bilan positif.

Le PAREN brandit des actifs et l’ODT du passif
tahirou_barry.jpgC’est au siège de son parti que nous retrouvons le président de l’ODT ce vendredi 19 aout. M Sawadogo garde le sourire aux lèvres. Mais derrière ce sourire, se dissimule une grosse déception. Celle d’avoir été trahi. Ou de constater que « les promesses tardent sans que rien ne pointe à l’horizon ». Le président Sawadogo déclare que Salif Diallo, actuel président de l’Assemblée nationale, est venu négocier avec eux, leur demandant de « soutenir le MPP à l’Assemblée nationale et dans les arrondissements 9, 10, de la mairie centrale de Ouagadougou, à Sabcé et à Kongoussi pendant les élections municipales ». M. Sawadogo affirme qu’en retour, les responsables du MPP leur avait promis de soutenir son parti, l’ODT, afin qu’il remporte haut la main l’élection de la mairie de l’arrondissement 4. L’ODT « a joué sa partition en respectant ses engagements ». Ce n’est pas le cas au niveau du MPP où trois conseillers ont décidé de soutenir l’opposition, trahissant ainsi le pacte. Conséquence. Le candidat de l’ODT, Anatole Bonkoungou n’a pu être élu maire. Pourtant, selon le président, M. Bonkoungou avait des actions de développement à réaliser dans cet arrondissement. M. Sawadogo accuse les responsables du parti majoritaire d’un laxisme complice. Pour lui, ils n’ont pas su faire plier les militants « indisciplinés ». Il s’indigne du fait qu’une sanction n’ait même pas été prise à l’encontre de ces insoumis. Il est encore plus remonté du fait que « ni dans l’administration publique ni à l’Assemblée », aucun poste de responsabilité n’ait été confié à son parti. Très amer, il lâche : « l’ODT ira là où elle sera écoutée ». Sur un air de regret, M. Sawadogo se désole des propos de nombre de militants de son parti qui accusent les responsables d’avoir « vendu à vil prix l’ODT au MPP ». D’ailleurs, ils étaient nombreux dans un passé récent à exiger la rupture avec la majorité et le ralliement de l’ODT à l’opposition.
Au PAREN, la situation est tout autre. Même si les responsables n’ont pas voulu être prolixes sur leur bilan. Tahirou Barry s’est excusé de ne pouvoir donner un bilan surtout sur la gestion de son ministère –avec la situation qui prévaut dans le parti- de peur que « ses propos soient sortis de leur contexte et interprétés autrement ». Lors de la conférence de presse, sur la question du bilan, Laurent Bado a dit d’aller poser la question à Tahirou. Dans les échanges avec ce dernier, il a tout de même cité comme acquis « dans le gouvernement de façon générale », la prise du décret d’application pour rendre opérationnelle la loi sur le délit d’apparence. Une loi pour laquelle le PAREN s’est battu. Dit-il. Tahirou Barry ajoute également les mesures concernant la réduction du train de vie de l’Etat que son parti a longtemps revendiqué. Revenant sur l’écrit de Laurent Bado qui a attiré l’attention, Tahirou pense que c’est « une épreuve qui l’aidera à grandir ». Il ne veut pas non plus se prononcer. Visiblement, il veut faire profil bas. Mais sans pour autant se culpabiliser. Il évoque son titre de gestionnaire des ressources humaines pour démentir les allégations notamment sur la « patrimonialisation » du PAREN. Il dit avoir longuement travaillé pour rédynamiser le PAREN.
Le fondateur du PAREN a été clair dans sa déclaration à la conférence de presse qu’il a animée avec les anciens du parti. Il reprend le parti pour ramener « la cohésion ». Toutefois avait-il tenu à dire : « Le PAREN ne se refera pas sans Tahirou Barry ». Mais Bado est radical à propos d’un certain Carlos qu’il voue aux gémonies. Il ne veut plus entendre parler de ce Carlos au PAREN.

Par Hamidou TRAORE

Mitigé selon l’Unir/PS et Burkina YIRWA

Après les élections du 29 novembre 2015, certains partis ont décidé de faire cavalier avec le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Après neuf mois environ de noces, la lune de miel semble continuer entre le MPP et ses convives. La collaboration entre le MPP et ses partenaires a donné naissance à une alliance des forces progressistes au Burkina Faso du nom de l’Alliance des Partis de la Majorité présidentielle (APMP) qui participe à l’action gouvernementale. Bien que les fortunes soient diverses selon les résultats obtenus par les différents partis lors des élections, la satisfaction semble être de mise pour l’Union pour la renaissance/Parti sankariste (Unir/Ps) et Burkina Yirwa.

L’Unir/Ps et Burkina Yirwa qui se disent comptables de la gouvernance Kaboré et dans les résultats que le MPP viendrait à obtenir ne regrettent pas leur choix de faire chemin avec le parti au pouvoir.

etienne-traore.jpgUnanimité sur le bien fondé de l’alliance avec le MPP
Cette alliance dont l’UNIR/PS assume entièrement la responsabilité devant l’histoire est selon Me Bénéwendé Sankara le fruit de « la confiance et la loyauté ». En tout état de cause, le président du parti de l’œuf, par ailleurs premier vice-président de l’Assemblée nationale, pense que leur adhésion à l’Alliance des partis de la majorité présidentielle a permis de stabiliser le Burkina Faso. Dénonçant le fait que les détracteurs de l’Union pour la renaissance/Parti sankariste passent sous silence et mettent dans les pertes et profits le fait qu’avec leurs cinq (5) députés ils aient permis au MPP d’avoir une majorité parlementaire et de confirmer un Premier ministre, Me Bénéwendé Sankara pense que le Burkina Faso doit aujourd’hui sa paix institutionnelle en grande partie au sacrifice que son parti a consenti. « Il ne s’agit pas pour l’Unir/Ps d’avoir profité d’une situation mais de notre engagement politique pour la démocratie, pour la paix, pour le progrès et le développement dans ce pays », conclut-il.
Burkina Yirwa, le parti d’Etienne Traoré, dissident du PDS/Metba, n’ayant pas eu de candidat pour la présidentielle de novembre 2009 en grande partie dû à la jeunesse du parti, a préféré anticiper l’alliance avec le MPP, même s’il n’a aucun représentant au gouvernement. Burkina Yirwa a ainsi appelé ses militants à voter pour ce parti pour trois raisons : « son appartenance à la grande famille de la Gauche démocratique; son programme de gouvernement et ses qualités humaines personnelles ». Cependant l’alliance avec le parti au pouvoir ne satisfait pas à 100% l’Unir/Ps et Burkina Yirwa. Pour sa part, l’Unir/Ps, par la voix de son premier responsable, estime que la seule satisfaction qui vaille c’est celle du peuple. Sauf que de son avis, « le peuple burkinabè n’est pas encore satisfait ».
Dans la déclaration de Burkina Yirwa à l’occasion du premier anniversaire de son existence, le parti a estimé que la politique intérieure et extérieure menées depuis plus de sept mois par le Mouvement du peuple pour le progrès dont les orientations sont justes dans le fond, « ne répondent pas encore suffisamment aux attentes populaires qui sont entre autres : une soif de justice, une soif de sécurité, une soif d’amélioration des conditions de vie et de travail, des inquiétudes quant au respect des valeurs de justice et de démocratie qui ont suscité la grande insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 ».

me_benewende_sankara_.jpg « Pas de leçon à recevoir » , dixit Bénéwendé
En termes de bilan, ces deux partis de la majorité présidentielle trouvent des motifs de satisfaction. À ce niveau, Burkina Yirwa note « des acquis positifs, notamment dans les domaines sociaux de la santé et de l’éducation ». L’union sankariste n’en trouve pas moins à dire de son alliance avec le MPP. En effet, pour son Président, le rapprochement avec le MPP visait au départ à analyser leurs projets de société, leurs programmes politiques afin de voir les similitudes, les cohérences et d’en tirer le substrat de l’action gouvernementale. Au bout du compte, l’alliance est conclue. Ainsi cela a permis au parti de « tirer profit » de cette coalition à plusieurs dimensions avec à la clé l’obtention de deux portefeuilles ministériels dans le gouvernement de Paul Kaba Thiéba. Il s’agit du ministère de l’élevage et des ressources halieutiques et celui de l’environnement et de l’économie verte. Par ailleurs, l’Unir/Ps fort de ses 5 députés occupe des postes de responsabilité à l’Assemblée nationale grâce à sa présence au sein de l’Alliance des partis de la majorité présidentielle. Outre les portefeuilles ministériels donc, le parti sankariste occupe la première vice-présidence de l’Assemblée Nationale, a un représentant au niveau du parlement de la CEDEAO et au parlement panafricain. Sans compter les autres postes de responsabilité occupés par les députés de l’Unir/Ps au parlement ou dans les grandes institutions au niveau national telles qu’à la CENI, à la commission institutionnelle, à la Haute cour de justice et à l’administration générale, où des militants du parti ont été nommés dans des postes de responsabilité.
Burkina Yirwa continuera à soutenir cette politique en contribuant à ce que le programme du président Roch Marc Christian Kaboré soit à même de trouver des solutions justes et significatives aux problèmes existentiels de notre peuple. Les avantages de l’alliance ne s’arrêtent pas là. Il faut ajouter que grâce au rapprochement de l’Unir/Ps du MPP, le parti a amélioré ses performances lors des élections municipales du 22 mai dernier. Le soutien du MPP comme le reconnait Me Sankara, a permis à son parti de briguer des mandats à la tête de certains conseils municipaux. Et à défaut d’occuper le fauteuil de maire dans certaines communes, le soutien du MPP lui a garanti des postes dans les bureaux des conseils municipaux et même régionaux. L’alliance des partis de la majorité présidentielle est donc bénéfique, si bien que s’il fallait à nouveau choisir de sceller ce pacte avec le MPP pour gouverner le Burkina Faso, l’Unir/Ps et Burkina Yirwa n’hésiteront pas un instant. Burkina Yirwa continuera à soutenir la politique en vigueur du MPP ; parce qu’il trouve qu’en tant qu’un parti politique qui est né pour la conquête du pouvoir d’Etat, ils ne vont pas jouer à leur perte. L’Unir/Ps opérera le choix d’aller travailler aux côtés du MPP si le choix était à refaire. « Il n’y a pas de leçon à recevoir de ceux qui pensent que nous ne sommes pas capables d’analyse et de prospective » a fini par conclure Me Bénéwendé Stanislas Sankara, président de l’Unir/Ps.

Par Wend-Tin Basile SAM

Me Bénéwendé sur des sujets qui peuvent indisposer

« La participation active de l’UNIR/PS à la gestion du pouvoir d’Etat repose sur des fondamentaux » à en croire Me Bénéwendé Stanislas Sankara. L’alliance ayant pris forme et avance comme souhaité par les parties prenantes, certaines personnes n’hésitent pas à évoquer une possible fusion entre l’UNIR/PS et le MPP dans le futur. Sauf que pour l’instant il n’en est rien. Même si cela n’est pas d’office exclu, il n’est pas non plus à l’ordre du jour comme le reconnait le président du parti. Mais cette participation permet-elle aux parties prenantes d’aborder certains sujets qu’on pourrait qualifier de délicats tels le dossier Thomas Sankara et la modification de la Constitution, les débats sur la nature du régime à venir, la loi 036 portant code minier 2015 voté par le CNT dont il est susurré sa probable relecture. Sur la question du dossier Sankara, Me Sankara soutient qu’elle est souvent abordée. Il dit par ailleurs connaître la position du Président du Faso « qui a toujours voulu que ce dossier connaisse un dénouement rapide ».
Quant à la nature du régime, Me Sankara estime qu’il est prématuré d’aborder ce sujet d’autant plus qu’il y a une commission constitutionnelle qui vient d’être mise en place et qui devra faire ce travail. Il dit cependant être solidaire des travaux de cette commission. Sur la relecture du code minier, il confie qu’elle n’a pas encore été discutée dans les instances de son parti. Ce qui est certain, c’est que l’Unir/Ps, à ce stade n’est pas prête à « remettre en cause des acquis de notre peuple ».

Sambas