Lucarne Citoyenne n°335

Les syndicats se disputent la dépouille du Burkina
Qui a ouvert la boîte de pandore ? Il est vrai que depuis l’avènement du nouveau régime le front social n’a cessé d’être en ébullition. C’est le moment où jamais de poser les problèmes et d’espérer avoir quelque chose. L’idée est que si vous laissez le pouvoir prendre racine, les choses deviennent plus difficiles. Mais depuis que les magistrats ont lancé des coups de semonce et obtenu de substantiels gains, tous les corps de métiers montent tour à tour au créneau, surtout qu’ils ont le sentiment de ne pas être les derniers de la classe dans l’échelle de la méritocratie. Mais il faut prendre garde à ce que le piège ne se referme pas sur tout le monde. Quand on profite de la faiblesse de l’Etat, cela n’est pas sans conséquence. A trop vouloir monter les enchères, on crée les conditions de la faillite de l’Etat. La faillite de l’Etat est loin d’être une utopie. On l’a vu récemment en Grèce et même en Espagne où l’Etat était dans l’incapacité d’honorer les salaires et les pensions. Et quand on en arrive à de telles situations, aucune grève ne peut plus rien vous apporter. Ça n’arrive pas qu’aux autres !

Commission constitutionnelle enfin installée !
Le fantôme s’est enfin fait chair. Depuis l’annonce en mars 2016 de la création d’une commission constitutionnelle suivie de la nomination des 92 membres qui la composent, on était dans l’attente du démarrage de ses travaux surtout que dans le décret de création, celle-ci avait deux mois pour déposer ses travaux. On le comprend, cet empressement s’explique par l’engagement du chef de l’Etat pendant la campagne à doter le pays d’une nouvelle Constitution dans les six mois qui suivent son élection. C’était sans compter avec les difficultés de parcours qui n’ont pas manqué. Maintenant que les obstacles semblent avoir été levés et que les membres de la commission viennent du reste d’être installés, il faut espérer qu’elle se mette vite au travail. Les institutions doivent survivre aux hommes a déclaré le président du Faso au cours de la cérémonie d’installation. La diversité des membres de la commission pourrait en être le gage. Halidou Ouédraogo, celui que l’on appelle le président du pays réel est le président de cette commission. Nul doute, qu’il veillera au grain afin que ce qui en sortira puisse véritablement être gravé dans le marbre.

Le forfait de la Haute cour de justice
Armand Ouédraogo, le procureur général de la Haute cour de justice a jeté l’éponge. Du moins en partie. Il estime que la loi ne lui donne pas les moyens de juger Blaise Compaoré à partir des caractérisations de haute trahison et d’attentat à la Constitution. Si le code pénal ne prévoit pas ces infractions, les poursuites sont illégales voire arbitraires. Ce qui est choquant dans cette affaire, c’est moins le constat d’impuissance du juge que le temps pris pour l’annoncer. Fallait-il attendre toute une année pour se rendre compte que Blaise Compaoré ne peut être poursuivi sous ces accusations? Quelles que soient les raisons invoquées, le malaise est là. L’opinion aura beau jeu de penser que c’est une manœuvre de plus du pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré pour détricoter l’accusation afin de couvrir d’impunité les crimes du régime de Blaise dont ils sont solidaires. Il y a décidément trop d’impairs dans le fonctionnement de cette justice « nouveau modèle » qui est en train de se mettre en place. C’est peut-être le moment de revisiter les lois CNT afin de corriger ce qui doit l’être. Au lendemain d’une insurrection populaire, l’esprit révolutionnaire a pu prendre le pas sur nos réalités juridiques !