Blaise Compaoré a décrété la fin de la crise de 2011. Elle est derrière nous, disait-il. La concorde n’est pas pourtant revenue dans la famille de la grande muette. Un an après la crise, c’est le général Honoré qui fait actuellement l’objet de toutes les critiques. Certains ne sont pas loin de penser qu’il aurait agi, exactement comme l’a fait l’ex directeur général de la police, Sondo, pour en tirer derrière des dividendes personnelles.

 

L’armée se porte-t-elle vraiment bien alors que nous abordons la deuxième année de l’après « crise 2011 » ? Le président Blaise Compaoré, qu’on n’est pas obligé de croire, pense que si. Il a rencontré récemment, les militaires, pour poursuivre la palabre qui ne lui avait pas réussi en 2011. En effet, quelques jours après avoir reçu en grand renfort de communication, fin mars 2011, les différents corps de l’armée, les mutineries se généralisaient dans le pays pour se solder par les événements malheureux de Bobo Dioulasso. Le point d’orgue de « ce coup de sang » des militaires a été incontestablement, la fâcherie de la garde présidentielle qui a contraint Blaise Compaoré à fuir Kosyam, le 14 avril. Le lendemain, plusieurs décisions en cascade étaient prises, pour renvoyer (dissoudre plutôt) le gouvernement, décapiter l’armée et nommer à sa tête un officier supérieur qui n’était pas « le plus ancien dans le grade le plus élevé ». Au moment de sa nomination, dans la précipitation sans doute, Honoré Traoré n’était que Colonel major. Il accédait alors à la tête d’une armée, qui comptait des généraux. Il a fallu dès lors, et après coup, lui accorder le grade qui légitime son commandement.

Dans le gouvernement de Tiao qui sera composé quelques jours après, Blaise Compaoré s’adjuge le ministère de la Défense. Il continue d’occuper le poste. C’est sous sa responsabilité que la riposte contre les mutins va s’organiser, après le triste épisode de Bobo Dioulasso. Des arrestations ont été opérées et des radiations prononcées. Une longue liste de 566 militaires radiés est rendue publique dans un arrêté du ministère de la Défense (ARRETE n°2011- 160 /MDNAC/CAB portant résiliation de contrats de militaires des Forces Armées Nationales). Depuis lors aussi, environ 300 militaires (les chiffres exacts sont difficiles à établir), croupissent dans les maisons d’arrêt, en attente d’un jugement. Le président Blaise Compaoré a confié que l’absence de jugement jusque là est imputable à la justice. Il faut peut-être relativiser le propos du président. Selon des informations que nous avons pu glaner, l’instruction du dossier est presque terminée et même des confrontations ont été réalisées. Il faudrait maintenant transmettre le dossier à la chambre d’accusation, pour la programmation du jugement. Ce niveau de la procédure, dépend grandement du ministère de la Défense. Donc, du ministre de la Défense, Blaise himself. Est-on en train de s’assurer de la bonne maîtrise du procès avant d’autoriser la mise en accusation ? Des informations qui ont pu filtrer, certains mis en cause « prient Dieu pour arriver au procès vivants », craignant sans doute de subir le sort d’un certain sergent Koama. Après l’instruction et les confrontations, certains des détenus disent vraiment craindre pour leur vie, tant leurs conditions de détention ont été « corsées » juste après. Selon une méthode bien expérimentée depuis le temps des Sergents Naon, « on serre la vis » pour ceux qui ne veulent pas coopérer et on allège grandement les conditions de détention (avec des possibilités de permissions permanentes, genre cas Yaro ou le capitaine Bayoulou), pour ceux qui coopèrent. Le retard du procès, selon toute vraisemblance ne serait pas le fait de la procédure, l’instruction étant quasi terminée. Le blocage se situerait au niveau du ministère de la Défense. Quelles en sont les raisons ? Nos investigations nous permettent d’en pointer au moins trois :

Premièrement, « les arrestations sélectives », pourquoi tous les mutins qui ont commis des troubles et des destructions ne sont-ils pas dans les liens de la prévention ? Certains d’entre eux continuent encore d’occuper tranquillement leur poste ? Lors d’une confrontation, un des détenus s’est étonné d’être le seul, de son groupe, à être en prison. Alors comment expliquer cette procédure à géométrie variable ?

eve245_honore.gifLe CEMGA à la droite de la dame lors des mutineries de 2011

Deuxième aspect, l’inquiétude de ceux des mutins qui sont encore en liberté. Instruit par l’expérience, certains sont vraiment dans une angoisse indicible. Ils savent la gravité de ce qu’ils ont fait. Ils savent aussi d’expérience que ceux de leurs devanciers qui se sont retrouvés dans pareilles situations, ne l’ont pas emporté au paradis. Comme qui dirait la vengeance n’a pas attendu « l’au-delà ». Eux sont vraiment inquiets et pensent que le sort de ceux arrêtés et détenus pourrait être plus enviable au leur. Ils savent qu’ils ont commis le crime suprême « avoir chassé le président de son palais » et avoir humilié son plus fidèle lieutenant. Sans doute pour le leur rappeler au quotidien « la maison du général Diendéré, brûlée au conseil, n’a toujours pas été rénovée ». D’autres mauvaises langues pensent que le refus de réfectionner la résidence du chef d’état-major particulier est plutôt « un message destiné à qui de droit. Les Diendéré en auraient encore en travers de la gorge, que le grand Sachem ne se soit jamais enquis de leur situation au lendemain des troubles »

Troisième point, le cas du général Honoré, devenu « CEMGA » dans le « wrou wrou » des mutineries. Maintenant que la tempête est passée, ou disons l’accalmie est là, les états d’âmes commencent à se manifester. Le précédent Honoré casse la tradition dans l’occupation du poste le plus élevé dans l’armée, sous la quatrième république. Il n’était pas évidemment sur la short liste des prétendants à la succession du général Dominique Diendéré. Il aurait été imposé par les mutins, qui ont contraint, le président « fusil à la tempe » à le nommer Chef d’état-major général des armées. Evidemment que Honoré est un fidèle, le président n’a donc rien à craindre de lui. Maintenant que l’accalmie revient, on s’interroge sur le « comment et le pourquoi » de l’ascension de Honoré. Au sein des officiers supérieurs, dont certains n’ont jamais été convaincus par les qualités militaires du nouveau patron de l’armée, on se retient à peine. Alors se fait jour, dans certains cercles, l’échafaudage du scénario qui l’aurait conduit, de son « petit réduit » du Groupement Central des Armées, dont il était le commandant, sous les ordres du général Lougué au firmament du commandement de l’armée. Certains ne sont pas loin de penser qu’il a joué les « pompiers pyromanes » à la méthode du commissaire Sondo. Qu’en est-il exactement ? Le président Blaise Compaoré, en pausant, en marge de la rencontre avec les militaires avec son ancien aide de camp, a-t-il voulu lui renouveler sa confiance et faire taire les rumeurs qui sourdent dans la grande muette ? Peut-être. Mais pour emprunter la prudence de François Compaoré, interviewé par notre confrère Thierry Hot, à propos de la situation dans l’armée disons que « (…) sur cette question, nul ne saurait donner des assurances » (NotreAFRIK n°27-novembre 2012). 

Alors à quand, le jugement des mutins ? Les familles attendent et puis certains des inculpés, l’ont été vraiment à tort. Pendant combien de temps ceux-là vont-ils expier des fautes qu’ils n’ont pas commises ? Même pour les fautifs, c’est bon pour tout le monde de savoir ce qui les a poussé à agir ainsi. Même si « les mesures et réformes vigoureuses opérées dans l’armée rendraient plus incertaines (de nouveau) une telle entreprise » (NotreAFRIK n°27-novembre 2012), la meilleure façon de se prémunir ne serait-elle pas de connaître publiquement les raisons qui ont poussé à agir. Il le faut, d’autant plus que les confrontations auraient montré que certains voudraient soulager leur conscience.

Par Newton Ahmed BARRY