Les deux têtes de l’exécutif, Zida et Kafando filent du mauvais coton avec le RSP. Surtout Zida qui veut en faire une sorte de chasse gardée, au lieu de poser le problème de façon plus ouverte et honnête. Ceux qui pensent que la chose militaire est très sérieuse pour la confier à un seul « officier », qui de surcroit n’est pas le meilleur de la classe, pourraient avoir raison au regard de ce qui s’est passé le 30 décembre.

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Il y a que Zida s’est très tôt coupé de tous. De ses mentors, qui ne lui pardonnent pas. D’une majorité des officiers de l’Etat-major, qu’il ne calcule pas et qui se sont mis en une sorte de « syndicat » de son malheur. Très tôt esseulé il s’est rabattu sur deux choses ; les amis (pas toujours bons à en juger par les cas Sagnon et Diéguimdé) et le temple. Il s’est donc privé, sans peut-être le réaliser des conseils qui auraient pu lui être utiles.

Notamment sur la question de l’armée, question très délicate s’il en est, et très vitale pour être réglée à la hussarde. Zida a eu tort d’avoir refusé, l’instance militaire supérieure que la première mouture de la Charte de la transition proposait. La question militaire aurait pu être ainsi traitée dans un cadre plus légitime. Les reformes proposées par une telle instance auraient pu s’imposer plus facilement à l’ensemble de l’armée, mais aussi aux hommes du RSP. Faute de l’avoir fait, Zida se trouve seul face au RSP qui l’a fait roi.

Le premier ministre qui a su se défaire de la tutelle de Diéndéré et de Blaise pense qu’il peut en rusant désamorcer la bombe RSP. Son approche, héritée de la méthode Blaise Compaoré, consiste à faire les choses sans vraiment se mouiller. Il a pensé que progressivement et de façon dolosive, il pouvait démanteler ce « chien enragé » qui l’a fait roi. Sans prendre de mesures administratives frontales, il a commencé à démanteler le régiment par petits pans. Affectations, nominations hors hiérarchie qui aurait poussé, le souhaitait-il sans doute, certains officiers supérieurs à demander à partir d’eux-mêmes. C’était surtout le cas du colonel major Kieré, qui avait été mis à la touche sans l’être vraiment.

En nommant Théophile Nikiéma, chef d’Etat-major particulier de la présidence, Zida a voulu signifier à Kiéré que l’heure de la retraite avait sonné ou plus précisément qu’il était persona non grata à Kosyam. Ce dernier semble avoir reçu le message cinq sur cinq et effectivement s’était reclus chez lui, ne venant presque plus au rassemblement de son régiment. Les éléments du RSP eux-mêmes entendaient beaucoup de choses sur leur sort, sans que Zida ne le leur dise en face. Ce 30 décembre, les hommes du régiment ont obligé les officiers à obtenir une explication très claire de Zida.

Les choses se sont réglé séance tenante et sur le terrain de rassemblement. Les officiers du RSP soumis à la pression des hommes, n’ont eu d’autre choix que de convoquer Zida, pour qu’il vienne « s’expliquer ». Que veut-il vraiment ? Pourquoi foule-t-il au pied, ce qui fait la force des armées, la hiérarchie et la discipline ? Seul contre tous, Zida a passé une très mauvaise journée du 30 décembre. Il en est sorti très affaibli. Pour la transition c’est de très mauvais augure.

30 décembre, Zida a failli perdre le pouvoir !

Convoqué de façon express, après un rassemblement des soldats du RSP, Zida a cru que c’était du jeu. Erreur ! Une sommation interpellative lui a été envoyée par son aide de camp.
Soit il vient ou on vient le chercher. Il a dû s’excuser, abandonner le président et ses ministres et se retrouver face aux hommes du RSP.

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C’est un procès en règle et en deux temps que le premier ministre Zida a subi le 30 décembre
2014. Quand il arrive sur le terrain du rassemblement, il semble que ce sont d’abord les hommes qui l’ont mis au pilori, avec des exigences maximalistes. Les soldats lui ont rappelé qu’il avait oublié que c’était eux qui ont fait de lui ce qu’il est dans la transition. Pour le lui rappeler, ils ont ordonné qu’il rende ici et maintenant le tablier de premier ministre. Les soldats ont exigé qu’il parte avec son ministre de la Sécurité. Avec un tel uppercut, Zida K.O débout ne savait plus par quel bout prendre les choses.

C’est en ce moment que les officiers rentrent dans la danse pour mieux le travailler au corps. Quel sort réserve-t-il au juste au RSP ? Zida ne répond pas clairement à la question et montre toutes les difficultés qu’il affronte à propos du sort du régiment de la sécurité présidentielle dont l’image ne passe pas du tout au sein de la population et particulièrement auprès des acteurs civils de l’insurrection. Il explique sans convaincre et finalement, on lui impose de ne rien faire et d’attendre l’élection d’un nouveau président, en novembre 2015, qui aurait seul la légitimité de statuer sur le sort définitif du régiment. Les officiers lui expliquent que de toute façon, le RSP n’est pas au service de Blaise Compaoré, même si c’est sous son régime que le corps a été créé.

Le RSP serait une entité spécialisée dans la sécurité du président du Faso comme « institution » et de ce point de vue, il est au service de tous les présidents du Faso. Ils continuent en lui rappelant que « le RSP peut être dissout, mais il faudra impérativement créé un corps de même nature, avec un personnel de même qualité ». Pour montrer que le RSP regroupe les meilleurs et les volontaires de l’armée Burkinabè, les officiers ont rappelé à Zida le processus de sélection des membres du RSP. Le choix se fait d’abord au Groupement d’instruction des Forces armées « GIFA » de Bobo Dioulasso où les meilleurs et les volontaires sont recrutés, sans autre considération que « le mérite et la volonté de servir dans le régiment ». Ils sont ensuite convoyés à Po, où ils se perfectionnent.

C’est seulement après qu’ils intègrent le RSP. Contrairement à ce qui se ferait sous d’autres cieux, le RSP n’est pas constitué sur des bases ethniques, régionalistes et de partisans ou parents du président.
Toutes les couches ethniques du pays se retrouvent dans le régiment. De l’avis de certains officiers du régiment « c’est un mauvais procès que l’on fait au RSP, en le qualifiant de garde prétorienne de Blaise Compaoré ». Il a donc été convenu de maintenir en l’état le RSP. Pour marquer le coup de façon symbolique, les éléments du régiment vont se rhabiller dans leur uniforme de Léopard. Fini donc la fusion communication de Zida qui avait imposé la tenue « terre du Burkina » à toute l’armée.

Deuxième question sur laquelle Zida a dû s’expliquer, la nomination de Théophile Nikiema, commandant, comme chef d’Etat major particulier de la présidence. Quelle est selon lui, le lien hiérarchique qui doit exister entre Nikiéma et Kiéré ? Y a-t-il eu un texte qui met fin aux fonctions du
RSP, comme responsable de la Sécurité du président ? A-t-il conféré avec le chef d’Etat-major de l’armée de terre qui assure la tutelle hiérarchique du RSP ? Zida a dû se résoudre. Il a été alors sommé de rectifier le tir. De nommer le colonel Kiéré comme chef d’Etat-major particulier de la présidence et de confier la direction du régiment au Colonel Céleste Coulibaly. Zida s’y est engagé. Il semble selon nos informations, qu’on lui aurait donné trois semaines pour corriger ces nominations. En faisant le calcul, il ne resterait plus qu’une semaine à Zida pour s’exécuter. Certaines sources pensent même que les choses sont très avancées.
Les hommes du RSP ont demandé et obtenu aussi le versement séance tenante de leur prime de fin d’année et le versement de leur indemnité de bouche, ce que les soldats appellent « vis-à-vis », cette indemnité n’étant pas virée avec le salaire, mais payée en espèce directement au soldat.
En acceptant ces conditions, les éléments du RSP sont revenus sur leur revendication maximaliste et ont accepté que Zida reste à son poste.
Ces événements du 30 décembre confirment ce que tout le monde savait. Le véritable chef des
Armées, ce n’est pas Kafando mais Zida. Nulle part il n’a été question de Kafando, pendant toute cette journée houleuse. Le RSP tient Zida pour personnellement responsable de toutes les décisions concernant l’Armée Deuxième enseignement, c’est le RSP qui de fait est le garant de la Transition. Une situation qui complique encore plus les choses.
Elle montre l’incurie de la classe politique qui semble s’être débarrassée des questions vitales entre les mains de Zida, qui n’a visiblement pas les épaules adéquates pour ça. Cette classe politique a intérêt à prendre les événements du 30 décembre comme un sérieux coup de semonce. C’est bien de se lancer dans la campagne de conquête des électeurs, mais c’est mieux de s’assurer que les électeurs auront la quiétude pour voter. Il faut donc, comme la question de la justice, exiger que les Etats généraux de l’armée se tiennent au plus tôt.
C’est une question vitale !

Par Newton Ahmed Barry