jean_pierre_bayala_2.jpgDes états généraux sur les réformes de l’armée, voilà ce que réclame le colonel à la retraite Jean Pierre Bayala. Le système de sécurité national est selon lui à spectre large. Il englobe non seulement l’armée mais d’autres institutions comme la justice, celles consacrées à la défense intérieure comme la police et la gendarmerie mais aussi tout « acteur sécuritaire » comme la douane ou les eaux et forêts. C’est donc un grand chantier auquel devra s’atteler la nation entière. La nature de l’armée, le rôle qu’elle doit jouer ne sont pas des questions militaires. L’armée est un instrument au service du politique. La crise du RSP que nous venons de traverser appelle donc une réflexion stratégique et englobante. Impossible de faire l’impasse sur cette question importante si nous voulons construire un Burkina stable. Dans l’interview qui suit, le colonel à la retraite se penche sur cette problématique mais aussi sur des questions touchant à la gendarmerie, son corps d’origine, et notamment le rôle que celle-ci a joué à l’occasion du putsch manqué de septembre dernier. Lisez !

Quelle est votre perception du coup d’Etat en tant qu’expert militaire, en tant que citoyen avisé et en tant que magistrat militaire ?
Vous me renvoyez à la question globale de l’armée, à l’immixtion de l’armée dans le sérail politique. Au départ on peut dire que c’est le peuple qui a introduit le loup dans la bergerie. Il faut dire qu’après, rien n’a été fait pour le sortir de là. Il y a une grosse part des civils dans le maintien des militaires dans les casernes. Or il est certain que lorsque la politique prend le dessus dans l’armée, vous n’avez plus de cohésion, vous n’avez plus de discipline. Cette armée ne répond plus à ses obligations face au peuple. Elle n’a plus de devoir de rendre compte et cela a été démontré tout au long des années notamment depuis la chute de Maurice Yaméogo. Il faut dire qu’à l’époque Maurice n’a pas voulu verser le sang des voltaïques. Sinon en son temps, il y avait la force et la discipline militaire nécessaires, mais Maurice a dit qu’il ne versera pas de sang et Sangoulé en prenant le pouvoir pleurait parce qu’il ne voulait pas que l’armée soit impliquée dans le sérail politique. On lui a forcé la main. Vous verrez par la suite qu’il y a eu toujours des putschs, au point qu’en 1970 si je ne m’abuse, les militaires ont exigé des postes sous Lamizana, parce que pour eux ils font partie intégrante de la société. Ce qui est indéniable. Mais en s’engageant dans l’armée, ils ont opéré un choix et ce choix c’est d’être soumis au politique. C’est l’apolitisme, la neutralité qui sont les éléments qui garantissent la cohésion au sein d’une force armée. Aujourd’hui nous sommes arrivés après tout le règne de Blaise qui a assis son pouvoir non pas sur une légitimité mais sur les armes. Souvenez-vous ce que disait un député, un certain Dermé Salam du CDP :  « nous avons les armes », alors que ce sont des armes du peuple. Tout récemment lorsqu’on a voté les deux lois sur le statut et l’avancement des forces armées, personnellement j’ai dit que ce n’est pas opportun. Imaginez, vous avez un gardien chez vous et c’est lui qui fait son règlement. C’est ce que cela signifie. Je crois que si on va remonter le cours de l’histoire, il faut dire que nous avons hérité d’une armée et des forces de sécurité avec des tares coloniales qu’on n’a jamais voulu corriger. Pourquoi le colonisateur si je prends l’exemple belge disait au Congo avoir amené l’armée et les forces de sécurité pour les civiliser. Je rappelle qu’à l’époque il y a eu 3 millions de morts. A la cravache et au fusil pour civiliser ces gens. Et la politique générale était la même partout pour ces colonisateurs. On a amené des forces qui ne ménageaient pas les indigènes. Le néo colon est arrivé c’est-à-dire nos présidents, nos chefs d’états, ils n’ont rien fait pour rendre républicaines, pour humaniser ces forces. Il fallait absolument redonner un autre visage à nos forces armées. Quand on prend le régime de Blaise, il est même allé vers une milice. Le RSP tel qu’il était, n’était autre qu’une milice. Initialement conçue, le CNEC devrait former des équipes commandos et les injecter dans toutes les formations militaires. Parce qu’en opération, une équipe qui est sur le terrain a besoin à un moment donné d’une action commando. Et il faut qu’on ait des éléments formés pour cela. Voilà qu’on les a formés, on les a amenés à la présidence à partir de 1995 pour dire de se charger de la sécurité du régime. Aujourd’hui les conséquences que nous vivons sont très dommageables. C’est pourquoi on peut dire merci au RSP pour ce coup parce qu’il s’est auto dissout. Vous avez vu que dans la stratégie de Gilbert, il ne fallait pas traiter de cette affaire. Il fallait attendre le nouveau régime et on sait qu’ils allaient reposer les mêmes conditions. Et je ne vois pas un régime civil issu de ces élections qui va dire que nous allons dissoudre le RSP. La pilule était compliquée. Il ne pouvait jamais l’avaler. Donc nous étions dans une logique où nos forces armées ne pouvaient pas avoir de pilier républicain. 

Vous avez dans le statut de l’Armée des colonels qui vont à la retraite à 67 ans. Qu’est-ce qu’on en fait ?
Aujourd’hui à 67 ans ils ne sont pas opérationnels. Ce sont des jeunes officiers qui sont descendus ici pour réagir. A 67 ans que peut-on faire ? Le professeur d’université on le garde longtemps, le médecin également parce que l’expérience vient avec le métier, au fil de la pratique et de l’âge. Mais le militaire qui est soumis beaucoup plus à l’effort physique, a-t-il besoin d’aller à la retraite si tard ? C’est pourquoi j’ai parlé de la question de réformes dans l’armée. Mais malheureusement nul n’est prophète chez soi, j’ai tantôt écrit ce que j’ai conseillé, j’ai participé par moment à leur application dans les autres pays. A l’heure actuelle je devrais être à Niamey pour évaluer leur système de sécurité. J’aurai pu être en Guinée pour les mêmes raisons. Ici dès que les incidents ont commencé, les chefs militaires que je connais je les ai appelés mais aucun ne m’a pris au téléphone.

Que vouliez-vous leur dire ?
Je n’allais pas passer par quatre chemins pour leur indiquer la conduite à tenir parce que la sécurité est l’affaire de tous. Lorsque tout le monde court dans toutes les directions et qu’on a vu ce qui s’est passé au Libéria ou en Sierra Léone, ou encore en RDC, on ne peut pas attendre qu’on soit sollicité. Le sens du civisme c’est d’être utile au moment où il faut sans attendre de se faire prier parce que même si vous prenez la sécurité au plan national et au plan international, ce n’est pas un ilôt réservé à quelques-uns ou à quelques pays. La mondialisation a tout globalisé. J’écoutais une fois un chef d’Etat-major général d’un pays voisin qui disait, « donnez les moyens et en un mois je vais mettre fin à tout ce qui est insécurité et banditisme ». J’ai rigolé tout seul et je me suis dit voilà quelqu’un qui ne sait pas de quoi il parle. Les bandits ont des territoires de repli. Ce qui veut dire qu’il faut une organisation internationale, il faut une concertation car c’est à partir de là qu’on peut mettre fin à ces phénomènes. Au-delà donc des réformes profondes que le régime doit entreprendre, il faut penser à l’aspect opérationnel de toutes ces forces qui doivent travailler en symbiose, qui doivent pouvoir traquer ces hors la loi. Les réformes vont être difficiles mais pas impossibles. Il faudra une bonne dose de volonté politique aux futurs gouvernants. D’abord ils n’auront même pas droit aux 100 jours d’état de grâce. Tous ces partis doivent nous présenter des programmes qui soient clairs, qui soient réalistes et qui soient réalisables. Il faut que de façon réaliste et en tenant compte des moyens de notre pays, mettre tout le monde dans le cercle du renseignement dans le sens de la collaboration avec les forces armées. Cela veut dire que les populations doivent cesser d’avoir peur de leur armée. Cette peur ne peut s’estomper que par le comportement conséquent des forces de défense et des forces de sécurité. Vous avez vu comment les gens ont été traités dans la circulation ? Avec le ceinturon on frappe, avec le fusil, on tire. Quelqu’un disait ce matin « et ceux qui sont morts par balles perdues ? ». Je lui ai fait savoir qu’il n’y a pas de balle perdue dans cette situation. On a tiré avec des armes dans l’intention de tuer. On sait que la portée des balles de la Kalach n’échoue qu’après avoir parcouru une distance de 3,5 km. Sur toute cette trajectoire, si elle touche quelqu’un la personne va mourir. Donc pour moi ce n’est pas une balle perdue. C’est un meurtre, si ce n’est un assassinat parce que cela peut avoir été prémédité. On se rend à Laïco dans l’intention de tuer, ce sont des assassinats qui sont commis. Ce qui est sûr, il y a la ressource humaine nécessaire pour amener le Burkina à faire des réformes sérieuses. Mais cela n’est réalisable qu’avec un pouvoir décidé, qu’avec un pouvoir qui veut donner à son peuple une force de protection. Mais si c’est une force pour asseoir le pouvoir, on est parti pour un éternel recommencement.

Faut-il des états généraux pour soigner le mal de l’armée ?
Pour moi ce n’est même pas les états généraux de l’armée. C’est plutôt les états généraux des réformes. L’armée s’inscrit dans un système de sécurité qui comprend la justice, les forces de défense intérieure auxquels il faut ajouter tout acteur sécuritaire potentiel comme la douane, les eaux et forêts qui sans combattre ont une oreille attentive face à un environnement hostile. C’est pourquoi il faut d’abord des fora, des états généraux où il faut faire appel à toutes les couches sociales pour faire l’état des lieux de ce qui existe, diagnostiquer les forces et les faiblesses. Ensemble on voit les solutions envisagées et on incite les populations à s’approprier leurs propres réformes. Le mal qu’on nous impose aujourd’hui, c’est d’amener des réformes stéréotypées or les réformes, c’est comme un plant. Vous n’allez pas prendre un palmier et aller le mettre sur des hauteurs. Il faut qu’il s’adapte au milieu pour réaliser son épanouissement. Malheureusement dans nombre de cas, on fait venir des expatriés qui arrivent en deux ou trois jours, ils ont fini de poser tous les problèmes de votre pays. Ce n’est ni objectif, ni honnête. Notre solution doit venir de nous-mêmes. Si on continue à singer, si on continue à prendre des camisoles de l’autre parce que chez lui c’est comme cela, alors que les situations ne sont jamais les mêmes. Par exemple la politique nationale de défense, lorsque vous la parcourez, c’est à quelque chose près la politique française. Et l’option que nous avons faite dans notre armée, c’est que nous ne sommes pas un pays de conquête. Nous voulons juste garantir notre sécurité, l’intégrité du territoire et défendre nos populations. Nous avons pris une option tactique qui est la projection. La projection c’est s’équiper, s’entrainer sans idée de faire la guerre à quelqu’un, mais plutôt pour être capable dès qu’il y a une menace dans l’une de nos frontières, de projeter les forces en cette partie du territoire. Mais sans aviation, comment allons-nous faire ? On ne peut pas faire une projection sans avoir des moyens aériens conséquents. En dehors des parachutistes, même les moyens de déplacement et de combat, il faut prévoir la projection. On est allé au Mali récemment, le convoi est parti par la route sur une distance de plus de 1000 Km. Une politique qui n’est pas suivie d’une stratégie et d’une mise en œuvre conséquente sert à quoi ? Il faut que nous soyons réalistes et cela nous devons le faire avec les moyens et surtout avec les populations. Car pour gagner la guerre, nous avons plus besoin d’information, de renseignement que d’équipement. Bien souvent ceux qui sont bien armés, ils sont armés pour livrer le matériel à celui qui est beaucoup plus intelligent. Si on vous surprend avec votre armement, vous l’abandonnez et puis vous fuyez.

Quel a été le rôle de la gendarmerie dans les événements ? Qu’est-ce que le doyen de la gendarmerie pense de son corps d’origine et notamment de son positionnement dans les crises de notre pays ?
La gendarmerie est une armée d’élites. C’est Napoléon qui l’a dit. C’est lui-même qui a créé la maréchaussée. Ici on nous l’a niée. Depuis que l’armée a pris le pouvoir, la gendarmerie ne défile plus à la droite des armées. Or, c’est la police militaire qui est la gendarmerie et dans notre organisation, nous avons un rôle de combattant et un rôle de maintien de l‘ordre. Il y a des moments où nous combattons au même titre que l’armée. Mais en dehors de cela, en temps de paix nous devons assurer l’ordre public. Ce qu’il faut se dire c’est que tout gendarme prête serment de servir loyalement son pays. Ce qui n’est pas le cas dans les armées. Les armées avec cette ardeur qui est parfois débordante, il faut absolument mettre les barrières qu’il faut. Et la plus grande, c’est de constitutionnaliser la place et le rôle de l’armée. Que l’armée soit cantonnée dans ses casernes. Qu’on pose les conditions dans lesquelles l’armée peut se retrouver avec le peuple. Alors que la gendarmerie, ce n’est pas le cas. Elle doit être tous les jours au service de la population. Si la gendarmerie était équipée conséquemment, c’est le premier qui devrait s’opposer au putsch. Après le départ d’Ahidjo au Cameroun, c’est Paul Biya qui assurait l’intérim du pouvoir et après, Ahidjo voulait revenir. On lui a dit que s’il ne rendait pas le pouvoir dans les 6 mois, il allait mourir. C’est ainsi qu’il a remis le pouvoir à Paul Biya. Quand il a voulu forcer son retour au pouvoir, c’est la gendarmerie qui l’en a empêché. La gendarmerie qui était la force la mieux équipée dans la ville de Yaoundé. Malgré les appels aux autres troupes pour enlever Biya, ils ont été défaits par la gendarmerie. J’ai fait l’école militaire du Cameroun. C’est avec les chars, les blindés de la gendarmerie que nous faisions les entrainements. La gendarmerie a donc un rôle que lui impose la loi, la constitution. C’est de défendre l’Etat et ses institutions et non défendre les individus. C’est même pourquoi la sécurité des autorités est assurée par la gendarmerie et par la police qui a le même serment dans l’exercice de ses fonctions.

Y a-t-il un code d’honneur entre la gendarmerie et l’armée parce que le rôle que la gendarmerie a joué dans les derniers événements était assez périlleux.
A un moment donné, la gendarmerie de façon légale peut se démarquer des militaires si elle estime qu’on l’entraine dans une voie que la loi reprouve et condamne. Vous savez que dans la déstructuration de l’organisation constitutionnelle de nos forces au regard des lois internes, la gendarmerie normalement ne relève pas du chef d’état-major des armées. Elle relève du président de la république. C’est après la chute de Maurice Yaméogo que cela a été institué de fait par les militaires. C’est à ce titre qu’il a appelé à voler au secours du pouvoir dans les situations comme celle qui vient de se passer. Surtout que dans bien des cas la situation est créée par l’armée.

N’est-ce pas une bonne chose, parce qu’on se serait retrouvé avec une gendarmerie qui aurait agi comme le RSP.
Dans les histoires de putsch, on a rarement vu la gendarmerie essayer de prendre le pouvoir. Elle est consciente de son rôle et si cela advenait, c’est l’armée régulière qui allait mater la gendarmerie, parce que le président outre son autorité sur la gendarmerie, reste le chef suprême des armées. A tout moment il peut ordonner à l’armée ou à une autre force de soumettre des rebelles face à une situation. A ce niveau, il n’y a vraiment pas de crainte. Mais ce qu’il faut se dire, c’est qu’aujourd’hui on assiste à des nominations de complaisance. On assiste à du favoritisme. Si l’on reste dans le schéma militaire, qui est que le commandement revient à l’officier le plus ancien dans le grade le plus élevé, en tenant compte de la compétence bien évidemment, on doit arriver à des structures qui fonctionnent bien. Prenez le Sénégal, avez-vous déjà vu des militaires sénégalais dans le maintien de l’ordre ? C’est toujours la gendarmerie. Ils ont des canons à eau contrairement à ce qui s’est passé ici où ils ont des canons à eau chaude. C’est criminel. Les canons à eau c’est de l’eau qu’on met dans ces camions avec un liquide colorant. Lorsqu’il y a une manifestation et qu’on vous disperse avec ces canons à eau colorée, lorsqu’on se met à rechercher les responsables de la manifestation, à moins de vous déshabiller, ce sont les preuves que vous étiez sur les lieux de la manifestation. Le but ce n’est pas de tuer. D’ailleurs ce liquide est quelque peu glissant et s’il se verse sur du goudron, si vous courrez, vous tombez. Ce qui veut dire que la gendarmerie a les moyens d’assurer l’ordre sans dégâts. Mais lorsque vous faites venir l’armée et en cela j’ai critiqué la loi sur le maintien de l’ordre, qui confie la responsabilité des opérations aux forces militaires lorsqu’elles viennent en appui des forces de sécurité intérieure. Là c’est grave. Ils n’ont pas la formation, ils n’ont pas le même concept de maintien de l’ordre. Le militaire dans sa logique quand il est face à quelqu’un, pour lui c’est un ennemi. C’est donc l’idée de neutralisation ou de tuer. Alors que le policier ou le gendarme sont éduqués à rester sereins et quand il doit utiliser des moyens, c’est réglementé. Généralement on leur prescrit l’usage de la force qui est différent de l’usage des armes. L’usage de la force c’est par exemple les canons à eau, c’est le bouclier qu’ils ont, ce sont les coups de cross et autres mais ce n’est pas tirer sur des populations. L’ironie du sort dans ces choses, c’est que les gens manifestent pour des causes dont la résolution serait profitable à ces mêmes forces, sinon qu’elle sera la première bénéficiaire de ces agitations. Mais pourquoi les transformer en ennemis ? Je pense qu’il faut que nous soyons conséquents, que l’on prenne à bras le corps tout ce qui concerne ces réformes. Qu’il s’agisse des réformes de l’Etat ou qu’il s’agisse des réformes sécuritaires, il faut que ce soit l’affaire de tous parce qu’aujourd’hui, il est convenu qu’il n’y a pas de développement sans sécurité, tout comme il n’y a pas de sécurité sans développement. Ce sont deux éléments indissociables. C’est pourquoi avec l’accord de Paris de 2005, c’est-à-dire sur l’efficacité de l’aide, ils sont arrivés à la conclusion qu’il ne faut plus considérer ces domaines comme des domaines de souveraineté. Si vous n’aidez pas les Etats à résoudre leurs problèmes de justice, leurs problèmes de sécurité, le reste ne sert à rien. La gendarmerie il faut le comprendre, a l’obligation d’être au service de l’Etat, elle a l’obligation de mettre fin à tout trouble et forte du serment qu’elle a fait, elle ne doit jamais être du côté de celui qui veut réaliser le coup de force.

Avec l’insurrection populaire, la gendarmerie a accueilli tous les dignitaires de l’ancien régime y compris les députés. Présentement ceux qui sont arrêtés sont amenés là-bas encore. Pourquoi cela ?
C’est le lieu indiqué parce que la gendarmerie ne juge pas. Elle a plutôt un rôle de protection du citoyen. Même quand l’intéressé est l’auteur d’un crime crapuleux, il y a ce devoir de protection. C’est pourquoi elle opère d’abord aux arrestations. Il y a que même le délinquant le plus poursuivi doit être accueilli et traité dignement. C’est à ce titre qu’il faut y voir l’aspect sécuritaire de l’individu. Si on laissait un jeune homme comme Gilbert marcher allègrement pour venir à la gendarmerie, allait-il y arriver ? Ce n’est pas sûr. Il faut donc protéger ces individus d’abord dans leur propre intérêt et pendant qu’ils y sont si des procédures judiciaires sont ouvertes, ils sont déjà disponibles pour être entendus et on ne pourra pleinement les mettre dans les situations de procédure que s’il y a des preuves, s’il y a des indices graves concordants qui vont permettre de prendre des mesures conséquentes à leur endroit. Sinon c’est le lieu idéal parce que l’armée n’est pas faite pour recevoir des gens en fuite. Par contre les gens peuvent trouver refuge dans les commissariats de police ou à la gendarmerie.

D’aucuns parlent de leur transfèrement dans une prison militaire.
Ce sera une détention préventive. S’ils sont inculpés pour des infractions, à partir de ce moment ils vont être placés dans des structures de détention militaire et nous avons aujourd’hui une prison militaire qui est le lieu idéal pour les y garder. Parce que même dans ce schéma, les textes militaires permettent toujours compte tenu du principe de l’innocence, ils ont toujours les honneurs qui leurs sont dus dans ces milieux. Ce qui n’est pas le cas à la prison civile. Des gens comme Gilbert, Djibril ou les colonels qu’on vient d’arrêter, dès l’instant qu’il y a une procédure qui est ouverte, normalement ils sont gardés dans ces établissements.

Itw réalisée par Germain Bitiou NAMA