Un acte, juste pour l’honneur de Blaise  ! Le référendum qui est projeté aura lieu. Un acte pour rien. Juste pour l’honneur de Blaise. Il ne veut pas se l’appliquer. Il fera le référendum pour déverrouiller l’article 37 et s’en aller. Incroyable !

Sur le site de Jeune Afrique on peut lire « Blaise ulcéré par les critiques de ses anciens lieutenants (Roch, Salif et Simon) va tenir ce référendum, pour leur clouer le bec, quitte à obtenir la révision de l’article 37 avant de s’en aller  ». Notre confrère tient cette confidence d’un « des plus proches » du président Compaoré.

A la croisée des chemins…

Le Burkina est donc à la croisée des chemins. Tout le monde retient son souffle et attend l’annonce, apparemment inéluctable, de la date du futur référendum. Les diplomates, comme l’ambassadeur des Etats-Unis, ont beau prévenir de « la peur d’un avenir incertain dans le pays », le président Blaise Compaoré ne semble pas visiblement en avoir cure. Alors comme qui dirait, il ne reste plus à chacun de nous que de faire sa prière. Les lendemains qui déchantent sont à notre porte. Mais il n’y a pas que les diplomates qui pressentent que le danger est à nos portes. 

Les opérateurs économiques, depuis des mois, ont pris les devants et ne font plus d’importants stocks de produits dans notre pays. Actuellement les opérateurs importent juste ce qu’ils peuvent écouler rapidement. Beaucoup ont stocké les marchandises dans les ports de la sous-région, notamment à Lomé, Cotonou et à Abidjan. Ils ne veulent plus revivre les événements de 2011, quand leurs magasins avaient été pillés par les soudards. Alors si une crise éclate dans le pays, nous disposons d’à peine une semaine de stocks en biens de consommation. 

Les opérateurs économiques anticipent donc les éventuelles conséquences de l’annonce du référendum. Ils ne sont pas les seuls. Les investissements dans les mines sont aussi en berne. Les grandes sociétés attendent de voir comment 2015 va se passer. Personne ne veut vraiment risquer actuellement ses billets dans un pays où l’horizon n’est pas dégagé. Cela a du reste des conséquences sur les recettes du pays.

Selon plusieurs sources, le président devrait dès son retour de Washington, après la rencontre avec Barak Obama, faire une annonce importante. Est-ce qu’il va le faire avant la rentrée politique de septembre ou simplement attendre après pour se prononcer ? Le timing est évidemment en son entière discrétion.

Mais si comme on le dit, il veut le référendum pour le dernier trimestre de l’année 2014 « juste pour clouer le bec aux Roch et compagnie », il lui faudra faire son annonce en août. C’est juste pour des impératifs techniques. 

Une liste électorale à arrêter, un délai minimum pour la CENI, qui est actuellement investie dans la révision des listes au niveau national, mais aussi pour l’enrôlement des burkinabè de l’étranger. Les délégations de la commission électorale sont sur le terrain, à l’extérieur du pays, pour installer les structures et organiser les inscriptions sur les listes électorales des burkinabè de l’extérieur. 

La CENI aura donc besoin d’un minimum de temps pour se déployer et organiser ce référendum. Puis la CENI ne serait pas à l’abri d’un clash, si éventuellement le référendum devrait être annoncé. Il faut donc faire les choses à temps, pour que le temps ne vienne pas à manquer. Pour les moyens financiers, le premier ministre Luc Adolphe Tiao a assuré que ce n’était pas un problème. Nous sommes donc à la veille d’une annonce qui va changer ou marquer durablement les destinées de notre pays.

Annonces contradictoires…

Blaise_Compaore_une-2.jpg

Pourtant il y a quelques jours, de retour de son séjour malien, Kosyam faisait courir des rumeurs qui sont loin des informations du site de Jeune Afrique. Il y avait deux rumeurs. La première indiquait une annonce pour le retour de Washington, en août, mais c’était pour que le président dise qu’ « il a compris les burkinabè. Qu’il demande qu’on engage la réflexion sur les questions querellées et qu’il va mettre en place un gouvernement d’union nationale qui serait dirigé même par un leader de l’opposition…(…) Ce qui l’importe ce serait sa sortie de scène ».

Cette « rumeur information » se fonde sur le fait que même « les partisans du président au sein du Front Républicain commencent à trouver le temps trop long et l’incertitude démoralisante ». Il faut donc que le président se décide pour que chacun sache à quoi s’en tenir pour son avenir.

La deuxième rumeur, toujours distillée par les mêmes canaux par les sondeurs de Kosyam, une annonce plus radicale du président en décembre 2014. Le président devrait y annoncer « non seulement qu’il renonce au référendum, mais qu’il abrège sa présence à la tête de l’Etat. Soungalo devrait donc assurer l’intérim et organiser les élections dans les délais prescrits par la Constitution ».

Cette rumeur de « décision radicale » est enrobée dans une mise en garde. « Soungalo ne devrait pas avoir le temps de conduire à terme la transition, parce qu’un coup d’Etat militaire devrait survenir renvoyant tous les acteurs politiques à leurs chères études ».

Les habitudes du président…

Pour qui sait la façon dont fonctionne Blaise Compaoré ces deux rumeurs sont très loin de ses habitudes. Blaise fonctionne sous le mode du « louvoiement ». Il ne fait rien frontalement. Il n’annonce jamais qu’il s’est trompé.

Si par extraordinaire il devrait opérer un rétropédalage, il ferait exactement dans le registre du sort qui a été réservé au sénat l’année dernière. Il ne renoncera pas ouvertement. Il trouvera une formule floue pour renoncer sans l’annoncer. Dans la philosophie de Blaise Compaoré « rien n’est jamais irrémédiablement perdu ».

Il est donc fort probable que si annonce il doit y avoir en août ou en début septembre, elle soit formulée de sorte à laisser tout en plan. Par contre, ce qui est sûr, en septembre on pourrait avoir un remaniement ministériel. Il y a des choses qui ne sont pas anodines.

Qu’on demande aux ministres de libérer leur logement de fonction, juste pour héberger « les hôtes de marque pour le sommet de l’UA en septembre », doit interroger. Et puis les alliés du « Front républicain » sont là et il faut les caser. Surtout dans la perspective du référendum.

Par Newton Ahmed BARRY