Le commissaire Paul Sondo semble avoir été emporté par les vagues provoquées par les révocations des 171 policiers. Ces derniers ne lui pardonnent pas en effet de les avoir lâchés alors qu’ils voyaient en lui, sinon un complice, du moins un allié qui semblait avoir compris leurs préoccupations. Les mutins dénonçaient une institution policière gangrénée par la corruption d’une hiérarchie singulièrement prédatrice. Quand le pouvoir a repris la main, Sondo n’a pas été capable de plaider leur cause. Ils ont été radiés des effectifs alors que ceux qui ont pourri la situation sont épargnés. Face à l’avalanche des révélations qui accablent le commissaire Sondo, Luc Tiao ne pouvait plus continuer à le protéger. 

 

En avril 2011, une mutinerie éclate dans la garnison du camp CRS le 27 précisément puis gagne le lendemain 28, le commissariat central et les services policiers des arrondissements. Profitant du climat général de contestation, les policiers étaient aussi entrés dans la danse espérant pouvoir en profiter pour faire avancer leurs revendications. Le scénario avait consisté à battre le rappel en caserne des troupes et faire suffisamment de bruit pour se faire entendre. Effectivement, du bruit il y en eût pendant les deux jours de mutinerie. Les bruits des rafales des mitraillettes que ponctuaient de temps en temps des détonations plus lourdes avaient en effet engendré en son temps une certaine panique dans la ville. Comme répondant en écho à leurs camarades de Ouagadougou, les casernes de Bobo et d’autres villes de l’intérieur avaient amplifié le mouvement. Le gouvernement qui avait opté pour une stratégie d’écoute et de dialogue avait réuni autour du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, un panel constitué de représentants des mutins et de quelques hauts responsables de la police. Ce fut pour les représentants des mutins, l’occasion du grand déballage.

 

La pourriture de la hiérarchie

policière en cause

 

La question du statut particulier des fonctionnaires de police, véritable serpent de mer, est revenu sur le tapis. Les mutins voient dans l’ineffectivité de ce texte que l’on dit prêt depuis longtemps, la preuve du désintérêt vis-à-vis de leur profession. Bien qu’étant un métier à hauts risques, on ne semble pas presser de le valoriser, abandonnant les braves policiers à la galère. Mais ce qui les fâche plus que tout, c’est le fait que leur hiérarchie les traite comme des moins que rien, les privant des avantages pécuniers auxquels ils ont normalement droit, du fait des divers services payés. En effet, pour assurer leur sécurité, un certain nombre d’institutions ont recours aux services de la police qui, pour ce faire, y poste un certain nombre d’agents. C’est notamment le cas des banques, de certains établissements de commerce mais aussi de manifestations nationales et internationales comme le Fespaco ou la conférence ACP par exemple.

Dans une lettre adressée le 16 mars dernier au président du Faso, un groupe de policiers révoqués expliquent que les services de garde assurés dans les banques sont payés à 11 500F/ jour par élément dont 1500 francs pour la restauration journalière. Pourtant, ils ne reçoivent rien pour manger alors que tout le monde connaît la situation sociale peut enviable de la plupart d’entre eux. Pire, la hiérarchie attend tous les deux mois pour leur verser en tout et pour tout 15 000F au plus. C’est le comble dans le cas de la poissonnerie de Monsieur Dia où le service payé est également de 11 500FCFA par jour dont 1500 F pour la restauration, alors que les éléments qui y sont envoyés en mission ne percevaient que 3000F plusieurs semaines après la mission. Il est même arrivé que les éléments assurent la mission sept mois durant sans en percevoir un sou. Des exemples de ce type sont légion où ceux qui sont à la tâche sont payés en monnaie de singe. Trois hommes sont dans le viseur des mutins. Ce sont eux qu’ils tiennent pour responsables de cette situation. Il s’agit de l’ancien directeur régional du Centre, Zabré Joseph Pascal, l’ancien commissaire central, Ouedraogo Emmanuel et l’ancien commandant du corps urbain, Bamouni Bernard. Ils ne sont pas les seuls. Les anciens mutins pointent du doigt également les autres commissariats comme ceux de Bobo, Banfora en particulier là où il y a des services payés. La pratique serait partout la même. Mais le cas de Zabré Joseph a été particulièrement étayé grâce à la mutinerie qui a permis de découvrir certains papiers qui l’accablent. Sur la foi de ces papiers, ce dernier aurait usé de faux en écriture pour percevoir d’importantes sommes à la place des agents. Le mode opératoire a consisté à établir une liste d’agents auxquels il est attribué de fausses références de CNIB et de fausses signatures attestant qu’ils ont émargé pour percevoir chacun la somme de 150 000FCFA. Par ce procédé, l’ancien DR aurait détourné des sommes appartenant à une dizaine d’agents. Nous n’avons pas pu obtenir copie de la liste en question mais nos interlocuteurs nous ont assuré qu’une copie des faux a été communiquée au MATDS.

Plus généralement, les services payés apparaissent comme une véritable mine d’or qui draine d’importantes sommes dans les caisses noires de la police. Par exemple, ces services ont permis d’engranger pour les mois d’avril et mai la somme de 22 968 710 FCFA, la somme de 29 356 500FCFA au cours des mois d’août et septembre. C’est sur cette masse de sommes mensuellement engrangées que repose le contentieux entre les agents et leurs supérieurs. Ils soupçonnent ces derniers de procéder à des manipulations d’écriture pour détourner d’importantes sommes à leur profit. C’est notamment le cas de la ligne carburant alors que les agents commis aux services payés ne sont pas déposés par les véhicules de la police, pas plus qu’ils n’ont été à aucun cas bénéficiaires de dotations. Nombre de pièces douteuses ont ainsi été découvertes à la faveur des mutineries comme ces factures portant sur la même période d’avril-mai et qui laissent penser à l’existence d’une double comptabilité. Ainsi il ressort des factures 024, 025, 027, 028, 029,030, 031, 032 que nous avons pu examiner, que la seule BIB doit à la direction de la Police régionale du Centre dans la période d’avril-mai, la bagatelle de 9 706 000F. Ces sommes ne semblent pas avoir été prises en compte dans le partage effectué dans cette période. Où est donc passé cet argent de la BIB et d’autres institutions comme on peut l’imaginer ? Le MATDS qui a connaissance de ces documents n’a jusqu’à présent pas réagi alors que promesse avait été faite aux représentants des manifestants que des enquêtes seront diligentées et que les coupables devront rendre gorge. Les mutins révoqués voient très mal cette politique discriminatoire qui a consisté à les sanctionner durement alors que les principaux responsables de la crise ont été épargnés. On s’est contenté de les affecter.

 

Quel rôle le commissaire Sondo
 
a-t-il joué auprès des mutins ?

 

A entendre certains d’entre eux, le commissaire Sondo aurait activement soutenu la mutinerie saluée comme une entreprise de salubrité. Il aurait développé à l’occasion un zèle qui a rassuré les mutins, lesquels l’ont alors considéré comme leur allié. De l’argent, il leur en avait même donné : 50 000F aux représentants des mutins membres du panel et 150 000F aux insurgés du commissariat central. Quand les choses se sont calmées et que les mutins ont commencé à être auditionnés, il les aurait encore rassurés : « là où ça va aller, j’irai avec vous ». Avec un tel engagement à leur côté, les mutins croyaient disposer là d’une assurance tout risque. Mal leur en a pris ! Quand la sanction est tombée, le commissaire Sondo est rentré dans ses petits souliers. « Il a acquiescé pour garder son fauteuil », ironisent certains d’entre eux. En direction du gouvernement, divers éléments remontent, mettant en cause la loyauté du commissaire. Une source nous confie qu’il a même sorti une note pour mettre en place une commission chargée de « l’orientation des fonctionnaires de police révoqués ». Sa mission : « accompagner et renseigner ces derniers sur les procédures administratives et financières relatives à leurs droits ». Rien à dire dans le principe, sauf qu’elle est littéralement présentée comme un « soutien » aux révoqués. Une impertinence sémantique qui en dit long sur son état d’esprit. Du côté du gouvernement, on laisse entendre que les sanctions n’ont pas été prises de manière aveugle. Ce sont des sanctions ciblées, affirme notre source. Ceux qui ont été révoqués sont ceux qui ont commis les fautes les plus lourdes : ce sont « les casseurs et les voleurs », mais aussi des responsables du mouvement. Ces gens ont perdu toute crédibilité au regard des missions de police qu’ils sont sensés accomplir au sein de la communauté, insiste-t-elle. D’autres affaires accableraient le commissaire Sondo. On lui reproche notamment un affairisme sans vergogne. A la tête d’une société de gardiennage, il aurait usé de sa position privilégiée pour détourner les marchés de services payés destinés à la police vers sa société de gardiennage. Ce fut le cas avec une société minière. Il aurait aussi démarché un responsable d’une grosse institution de la place dans le but d’y placer les éléments de sa boite. Le procédé avait choqué tant il était ignoble. L’affaire avait provoqué un malaise au sein de la profession. Mais elle fut étouffée, en raison du scandale qu’elle n’aurait pas manqué d’engendrer.

 

Le nouveau DG, Roger Zango

est attendu au pied du mur

 

Roger Zango prend en main une institution fragilisée où le climat est particulièrement délétère. Il semble cependant bénéficier d’un préjugé favorable. Calme et pondéré, il rassure par son air de bon père de famille. Mais il a du pain sur la planche. La mesure de radiation des 171 policiers ne passe pas au sein de l’institution. Non pas que l’on veuille leur assurer l’impunité. La mesure aux yeux de nombreux Burkinabè est jugée trop lourde. Certains vont jusqu’à y voir quelques règlements de compte. La hiérarchie soutient cependant que les sanctions prises reposent sur des aveux des mutins consignés sur des procès verbaux d’audition. Ce que nombre d’entre eux contestent. Sur ce point, le recours judiciaire seul peut permettre de faire la part des choses. Mais il faudrait pour cela qu’une des parties au moins saisisse la justice. Le défi pour le commissaire Zango serait d’assainir la maison. Aura-t-il la volonté et les moyens de le faire ? On attend de lui en particulier, qu’il rétablisse l’équité en reprenant à son compte le dossier de la corruption qui a pourri l’institution et provoqué les événements d’avril. Par ailleurs, s’il réussit enfin à arracher l’application du statut particulier, ce serait là une grande avancée à inscrire à son bilan.

Par Germain Bitiou NAMA