La vraie dimension de l’homme ne se révèle qu’après la mort. Cette vérité se révèle une fois de plus avec la disparition de Arba Hama Diallo. Certes l’homme était connu par ses œuvres. C’était une icône de la diplomatie nationale et internationale. Sa stature politique n’a pris du relief qu’après que l’homme ait mis fin à ses responsabilités d’Etat. Une leçon de vie à tous ces politiciens qui se sont construits à l’ombre de l’Etat providentiel.

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Ses collègues de l’Assemblée nationale s’étaient rassemblés tôt le matin ce vendredi 3 octobre. Un chapiteau avait été dressé dans l’arrière-cour de l’hémicycle pour accueillir le corps du disparu en vue du dernier hommage. La famille d’Arba était là au grand complet. La veuve bien sûr, entourée de ses enfants et des parents de son défunt mari. L’arrivée du catafalque s’est fait dans un recueillement absolu. La dépouille est portée par ses pairs jusqu’au chapiteau.

Soungalo Appolinaire, le maître des lieux prononce l’oraison funèbre. Ce sont les derniers mots d’adieu de la représentation nationale à celui qui fut un animateur fulgurant des débats parlementaires et mieux un virtuose. L’homme était en effet un débatteur redoutable dont l’humour et le ton rendaient son propos particulièrement pénétrant jusque dans les cœurs de ses adversaires politiques les plus endurcis. Ils sont tous unanimes. De Soungalo à Luc Adolphe Tiao effondrés par cette disparition. Luc Adolphe avait vu Arba quelques heures avant sa mort.

Toujours flanqué de cet humour dont il refusait de se séparer même dans la peine : « Petit gourounsi avait-il lancé à ce dernier sur son lit de malade. Ne crois pas que je partirai. Tu partiras bien avant moi ! » C’est Traoré Moïse qui a lu le discours du CDP. Un discours de la même veine. Assimi Koanda dans les confidences qu’il nous a faites à Dori, s’est aussi essayé à l’humour du doyen Arba. Il nous a priés de ne pas rapporter ses propos dans la presse sous peine de subir le châtiment divin.

Que dire de Zéphirin Diabré, le chef de file de l’opposition politique : « Je suis fier de ce baobab géant de Dori, qui, s’il s’est écroulé mercredi, a eu le temps de disperser ses graines prolifiques d’humanisme, de combattivité et de patriotisme à travers tout le Burkina… Il s’en est allé dans l’autre monde, laissant des millions d’âmes inconsolables, certes, mais héritières de toutes ces longues années de labeur, de toute cette noblesse de sa manière de faire la politique… Nous n’aurons plus le privilège d’écouter ses paroles de sagesse, ses analyses pointues, ses références aux faits politiques que nous n’avons pas vécus, ses mises en garde et son humour si décapant qui distillait toujours la détente au sein de l’assemblée des responsables de l’opposition. » ce sont là des morceaux choisis de son discours à Selbo.

A Dori et à Selbo

Mais avant. Boussouma a tenu à rendre un hommage particulier à Arba Diallo. C’est par des salves que les artificiers du monarque député ont accueilli le cortège funèbre. Une foule nombreuse s’était rassemblée des deux côtés de la voie. Une banderole barre la voie.

Des notables coutumiers expressément dépêchés par le Boussouma Naba ont traduit à la délégation de la famille d’Arba, conduite par Aziz Diallo, le fis aîné, les condoléances mais aussi la solidarité de tout le Boussouma dans l’épreuve. Solidarité de la coutume certes, mais solidarité aussi d’un camarade de l’opposition. Même scénario à Kaya.

Cette fois, c’est l’édile de la ville en personne, un élu CDP qui était à la tête de la foule sortie pour saluer la dépouille de l’illustre peulh que tout Kaya connaît et vénère. On retiendra du bref mais très émouvant témoignage du maire ceci : Arba était un grand patriote. Il a servi grandement notre pays qu’il aimait beaucoup. Sa mort est une très grande perte pour le Burkina. Je vous demande de chanter le ditanyè pour lui.

Nous arrivons à Dori, ville dont Arba était maire. Grande mobilisation mais aussi comble de l’émotion. Nous ne nous y attarderons pas. Nous avons une grande faiblesse pour la douleur des gens. Difficile de décrire la souffrance de ces hommes et femmes devenus brutalement des orphelins. Que Dieu soulage leur peine.

Une image cependant. Celle de l’Evèque de Dori venu s’incliner sur la dépouille d’Arba. Il dira : Arba était certes le maire mais il était aussi la mère de Dori. On l’aura compris. Quand on perd sa mère, on a tout perdu. Dans la voiture qui nous conduit à Selbo, un homme qui était très proche d’Arba nous montre la grande mare de Dori.

C’était le grand projet de sa vie. Pour sa réhabilitation, il faudrait 56 milliards environ. Arba dit-on en avait trouvé la moitié. Il espérait pouvoir combler le gap. Il n’y avait pas de souci pour cela. Sa rigueur dans la gestion est légendaire. C’est grâce à lui reconnaîtra Luc Tiao que les chantiers du gouvernement, à l’occasion de la dernière fête nationale, ont été couronnés du succès que l’on connaît.

Selbo. Nous arrivons dans la concession où il repose aujourd’hui du sommeil éternel. Rien qui puisse faire penser que nous sommes chez un homme illustre de la trempe de Arba Diallo. Tout y est très ordinaire. Les maisons et la cour. Rien d’étonnant. Même à Ouagadougou, la capitale vitrine, où l’élite politique et économique rivalise de clinquant, la maison d’Arba est d’une simplicité étonnante.

Quand on voit par contre, comment son action a permit la métamorphose de Dori, alors on aura tout compris. C’est Thomas Sankara qui avait forgé ce slogan devenu célèbre : la charité bien ordonnée commence par le peuple. Arba en fut l’incarnation parfaite. Autre image, cette fois à Selbo. Celle de Mohamed Bazoum, ministre d’Etat des affaires Etrangères du Niger.

Il était à la tête d’une délégation d’au moins 10 personnes. Tous des amis d’Arba. Le Niger a-t-il révélé à l’occasion avait fait appel récemment aux services de Arba Diallo, pour la réhabilitation du bassin du lac Tchad, en raison de sa grande expérience en la matière. Mais pour Mohamed Bazoum, il y avait autre chose qui le liait à Arba. Alors étudiant révolutionnaire refugié à Ouagadougou, il avait été accueilli par Philippe Ouedraogo et Adama Touré dans la villa d’Arba Diallo.

Au nom de cette solidarité révolutionnaire qui le lie au PAI aujourd’hui devenu PDS/METBA, il a tenu à être présent pour apporter aussi quelques mots de consolation à la famille. La mort d’Arba est donc pour ce diplomate célèbre, ce redoutable tribun, une double peine. Nous avons interrogé Philippe plus tard sur ce détail de l’histoire : Ainsi donc vous hébergiez des clandestins ? Les faits sont prescrits nous répondra-t-il, dans l’hilarité générale.

Arba repose donc désormais à Selbo dans son village natal. Nombreux sont ceux qui se consolent de l’hommage quasi général qui lui est rendu. De cette foule nombreuse qui l’a accompagné. Mais à Dori, difficile de se consoler de cette perte qui assombrit l’avenir de la commune. Les héritiers locaux d’Arba sauront-ils se montrer à la hauteur de ce grand homme ? Rien n’est moins sûr !

A notre tour, nous voudrions rendre un hommage vibrant à cette grande figure de l’opposition. Nos équipes qui l’ont suivi pendant la dernière campagne présidentielle ont ramené de lui, l’image d’un visionnaire pétri d’optimisme. Il y a de cela un mois, nous l’avions reçu Newton, Bamas et moi au bureau.

Il avait fait le déplacement au journal pour exprimer son soutien au journal. Avec Ibrahima Koné et lui, nous avons revisité l’histoire de notre pays, chacun y allant de ses souvenirs. Impossible de rencontrer Arba sans être fasciné par son intelligence pétillante, la joie qui transparaît de ses yeux pétillants, l’optimisme de sa vision de l’avenir, grâce auquel l’homme respire la jeunesse.

Tout le contraire de la réalité nationale ambiante qui incite plutôt à l’inquiétude. Au retour d’une marche très arrosée en cette matinée du 18 janvier, du haut de la tribune dressée place de la Nation, Arba dans son boubou tout trempé avant de commencer son propos, avait accompagné le geste de son corps de cette phrase : « On a mouillé le maillot ! ». 

Il faudra sans doute continuer à mouiller le maillot, avant qu’apparaisse l’aube de l’alternance. Zéphirin Diabré en a fait publiquement le serment sur la tombe de son doyen : « l’opposition politique te fait le serment de rester fidèle à tes convictions et à ton engagement, de ne jamais trahir ton idéal, de défendre becs et ongles les intérêts et les acquis de notre peuple  ». Le pari est lancé. L’avenir nous édifiera. Pour Arba, le parcours s’achève. Borry bana. Qu’il repose en paix !

Par Germain B. NAMA