Ce sera incontestablement le point d’orgue des confrontations à venir, le derby CDP / UPC au Kadiogo. Le parti de Diabré qui affronte son premier scrutin ne veut pas faire dans la dentèle. Il a décidé de mener la bataille au Kadiogo face au CDP et subsidiairement face à son leader putatif François Compaoré. Ce n’est pas sans risque, pour Zéphirin Diabré, mais c’est intelligent de l’avoir essayé. Conquérir la capitale, c’est la meilleure façon de s’assurer un destin national.

 

Sans aucun doute, les prochaines élections couplées devraient connaitre plus d’intérêt que les précédents scrutins. Pour la première fois le CDP, le parti au pouvoir, n’est pas assuré de rééditer un « tuuk Guili », s’emparer de tous les sièges. Sur pas mal de circonscriptions à deux sièges, il devra mouiller le maillot, pour s’assurer un des deux élus. C’est incontestablement une première. Et pour ne rien arranger, la crise des listes que le CDP a voulu éviter se produira incontestablement. Déjà à Tougan, la député Saran Séremé, qui a tout perdu, est inconsolable. Un cas isolé et extrême ? Pas forcément. Une autre probable candidate pour le « Front de refus »

 

Les deux villes symboles en dispute

Ouagadougou va être le point de mire du combat électoral. A l’enrôlement, c’est la deuxième circonscription après le Seno à faire un bon taux, environ 70% du corps électoral inscrit, soit grosso modo 800 000 électeurs. Un nombre important des inscrits, un peu plus de 40%, selon les premières analyses du fichier, seraient des jeunes. Une perspective à priori favorable au changement. Mais ce n’est pas le seul facteur qui rend le combat prometteur dans la capitale. Pour une fois, un parti, l’Union pour le Changement UPC suscite un réel intérêt et les premiers responsables du parti, qui sont relativement bien cotés, ont su se préparer à la bataille, d’une façon qui rappelle celle du RDR, en Côte d’Ivoire.

 

Un leader charismatique avec un bon CV, une bonne implantation du parti et des cadres de qualité. La faiblesse des partis de l’opposition burkinabè a été jusque là, le déficit des ressources humaines de qualité. Les leaders des partis étaient des gens excellents, mais avec des lieutenants inconsistants. L’UPC semble avoir vaincu ce signe indien et a pu attirer des intellectuels de haut niveau, la majorité des têtes de listes sont des docteurs (chercheurs pour la plupart) et des personnalités respectées.

 

Au Kadiogo donc, Zephirin Diabré a décidé de prendre les choses en main. Il va conduire la liste du parti et son suppléant est un jeune ministre du mogho naaba, le Pwè naaba, qui se trouve sur une trajectoire, politiquement parlant, ascendante, contrairement au Larlé (victime de l’usure du pouvoir sans doute), qui n’a pas pu franchir, les primaires au Kadiogo mais maintenu tout de même par la volonté du prince (les responsables du parti n’aiment pas qu’on parle de primaire). Le deuxième titulaire est un certain Bruno Kafando, fonctionnaire de l’UEMOA à la retraite, pas très bien connu, sauf que son patronyme Kafando, rend intéressant le derby, puisqu’en face, un autre Kafando, Arthur précisément, est la tête de liste (par procuration diront les mauvaises langues, puisque repêché) du CDP.

L’UPC se trouve donc relativement en bonne position face au CDP en raison du duo (Zépherin-Pwè naaba) en face d’un CDP qui opère par stratégie d’évitement. Au Kadiogo, contrairement aux scrutins précédents, le CDP est en situation de laisse guidon. La tête de liste n’a pas de légitimité et celui qui a été le préféré de la base, François Compaoré, ne veut pas s’assumer. Il a décidé de se cacher derrière Arthur Kafando, dans un environnement déliquescent. La liste du CDP au Kadiogo est constituée pour l’essentiel des gens que la base n’a pas voulu, à l’image de la tête de liste. En l’absence de leader affirmé, Assimi Kouanda, le patron du parti est allé se refugier sur la liste nationale pour récolter le fruit du travail des autres. Le CDP, au Kadiogo n’aborde pas les scrutins sous de meilleures auspices. C’est donc une page qui est en trin de se tourner, celle d’un flamboyant Simon Compaoré qui a incontestablement assuré la suprématie du parti dans la capitale deux décennies durant. Salif Diallo n’avait pas tort de dire en 2007, alors que la FEDAP/BC cherchait déjà à prendre le contrôle de la capitale que « le CDP n’avait pas encore engendré, le remplaçant de Simon ». En 2007, le parti majoritaire n’avait eu que quatre députés sur les neuf de la circonscription. Qu’en sera-t-il pour le scrutin de décembre ? Wait and see. De tradition, le Kadiogo a réussi au nouvel arrivant. Un certain Bado Laurent en avait fait une rampe de lancement du PAREN, avant que la réalité politique n’ait raison de lui.

 

A Bobo Dioulasso, la capitale économique, la confrontation CDP #UPC parait moins déséquilibrée en raison de la personnalité de Soungalo Ouattara, tête de liste de la majorité présidentielle. En face, l’UPC de Diabré Zéphirin aligne un certain Dr Amadou Sanon, héritier d’une famille de combattants politiques. Son père, instituteur est connu et un établissement de la ville porte son nom. On dit en tout cas beaucoup de biens de Dr Sanon. Dans la deuxième ville du Burkina, le CDP avait été contraint jusque là au partage des sièges ; trois/trois. Qu’en sera-t-il pour cette fois ? C’est sûr il devra compter avec le nouvel arrivant UPC, mais aussi l’UNIR/PS conduit par un certain Bassière. Le PDS/METBA avait beaucoup de chance, sauf que la mésentente avec Dr Jean Marie Sanou pourrait le fragiliser. On attend aussi de voir si l’ADF/RDA maintient son bastion.

 

Arba Diallo et le Boussouma

L’alliance n’a pas finalement eu lieu. La faute dit-on de part et d’autre aux
prétentions excessives. Dans ces conditions, probablement chacun devrait,
conserver son fief. Dans les circonscriptions du Sahel, Arba devrait conserver
ses terres (mairie et députation). En plus de Dori, de forte chance de député au
Yagha, au Soum (avec l’érosion des leaders CDP) et l’arrivée d’un certain Werem,
ancien compagnon de Ki Zerbo, qui a rejoint Arba Diallo, depuis la
présidentielle de 2010. Le PDS/METBA lui offre ce que le PDP/PS lui a toujours
refusé. Probablement aussi une chance de siège dans l’Oudalan. Dans la Kossi
aussi, Etienne Traoré, le professeur devrait tirer son épingle du jeu. Autre
circonscription avec des chances de député, le Kénédougou si effectivement
l’alliance Barry-Vla Sanogo marche bien.

L’ADF/RDA élection vérité

Pour Gilbert Ouédraogo, dont le mariage avec la mouvance présidentielle
amorce une pente descendante, ce sera un scrutin de vérité. Pourra t-il
maintenir ses élus ? Toute la question est là. La stratégie du CDP de déposer
ses listes à la dernière minute l’a privé de transfuges.

Les Sankaristes

Pour l’UNIR/PS c’est un scrutin de tous les dangers. Cependant, le parti a
fait un vrai travail de terrain, inconnu, mais réel. Il devrait conserver sa
présence au parlement. Par contre il lui sera difficile de demeurer chef de file
de l’opposition. Les autres sankaristes se sont faits hara kiri tout le long de
la législature en oubliant que les mandats ont été obtenus dans l’union.

UNDD et Hermann
Yaméogo

L’enfant terrible de la politique burkinabè, n’a pas montré beaucoup
d’intérêt, pour les élections à venir. Hermann n’est d’ailleurs candidat à rien.
C’est son inconditionnel Amadou Dabo qui se démène comme il peut. A l’UNDD la
grosse information c’est l’amorce de retour au bercail de Salvador Yaméogo. Avec
l’UNDD, son parti est en alliance, et cela lui assure d’être tête de liste sur
la liste nationale.

NAB