Ce n’est pas une tempête, mais un tsunami minutieusement organisé et exécuté et qui porte, sans aucun doute, la griffe de Salif Diallo, ce monstre de la politique, pur produit des groupuscules communistes des années 1970 et 1980. Avant, c’était les opposants qui avaient soupé de son « savoir faire » deux décennies durant, aujourd’hui c’est Blaise et François qui en prennent plein la figure. Déstabilisés, comme jamais ils ne l’ont été, ils sont aussi perdus, parce qu’ils ne savent pas l’étendue des dégâts que l’on dit énorme. Alors ils veulent parer au plus pressé. Aux députés ils vont faire signer très bientôt, une sorte de lettre de cochet, qui est censée les lier par un pacte de fidélité indéfectible, au président et à son frère. Aux militaires aussi une telle feuille devrait être soumise et sûrement aussi aux ministres, parce que la confiance a foutu le camp autour du président. Roch et les siens ont ainsi un bon répit pour officialiser tranquillement leur parti, dont l’officialisation est prévue pour ce 25 janvier, dans un lieu qui sera trop petit pour accueillir le monde attendu. L’expert Salif lui est reparti à ses occupations ; hors du pays.

 

Un projet de pro ! 

On disait qu’ils allaient partir, mais on était loin d’imaginer qu’ils allaient tout emporter. En une déclaration ils ont décoiffé le parti, dont ils avaient, c’est vrai, tissé les maillages. Depuis c’est la stupéfaction qui le dispute à l’incrédulité. Leur force c’est assurément leur qualité et leur nombre aussi. Combien sont-ils exactement ? Personne ne peut le dire vraiment. La chose a été faite avec une telle stratégie, que la suspicion a gagné l’ensemble de l’appareil. A qui Blaise et François peuvent-ils encore, réellement faire confiance ? Autant dire à personne. Habitué à mélanger les autres et à se délecter en les voyants se dépêtrer, c’est aujourd’hui le capitaine qui est dans la tourmente contraint de trier autour de lui, pour compter ses fidèles. Et on peut imaginer que ça ne va pas être une mince affaire. Les démissions sont programmées pour se faire en cascade dans des proportions qui vont exacerber les méfiances dans le camp présidentiel. Et finalement il se révèle qu’en réalité très peu sont d’accord avec les lubies du président. On peut imaginer que dans le gouvernement, un ministre comme Bassolet, ministre d’Etat et nouvellement promu général, se sente plus proche des partants que de Assimi Kouanda. Officier, il avait donné sa parole d’honneur, aux partenaires du Burkina que Blaise Compaoré n’allait pas chercher à modifier la Constitution pour rester à la tête du pays. Il est sans doute celui qui est le plus mal à l’aise dans cette affaire. Et puis il y a aussi Bongnessan Arsène Yé, dont on connaît aussi la droiture morale. L’homme qui avait diagnostiqué « l’agonie de la morale au Burkina », doit être en lutte farouche avec sa conscience. Que dire des officiers de l’armée y compris ceux qui ont été promu à grand renfort de publicité. A regarder les images de la cérémonie de remise des épaulettes on ne lit pas une joie débordante. Tous sont mal à l’aise. La plus grande réussite des partants, c’est d’avoir retourné les consciences anesthésiées, des partisans du pouvoir. Ils ont pour ainsi dire dynamité le projet présidentiel. Même ceux qui resteront ne seront plus tranquille avec leur conscience. En cela et sans préjuger de ce qui adviendra, Roch, Salif et Simon auront bougrement rendu service à notre pays. Le fait même de penser que le 18 janvier, ces trois là seront à la place de la nation, à côté de l’opposition pour marcher contre le système de Blaise vaut son pesant de délectation. C’est sûr, le 18 janvier la place de la nation va refuser du monde.

Et puis il y a en perspective, la crise institutionnelle à l’assemblée nationale. Si comme on dit près d’une trentaine des députés actuels du CDP sont proches des partants, alors il y a, à l’horizon une crise institutionnelle. A l’image du Larlé naaba Tigré, ils ne démissionneront pas. Ils sont plus utiles à leur poste que dehors. On peut de toute façon faire confiance au génie politique de Salif Diallo qui a sûrement déjà réfléchi à toutes les éventualités. Il n’est pas impossible donc qu’à l’image de l’UMP, consécutivement à la rivalité Fillon/Copé on assiste à la naissance d’un groupe parlementaire CDP/bis.

Même les rangs du Conseil constitutionnel ne sont pas épargnés. Les grands juges peuvent désormais s’enhardir du courage des partants. Ils n’ont plus de toute façon rien à craindre du lion édenté, qu’est désormais Blaise Compaoré. L’avenir ce n’est plus avec lui. Il ne reste plus à Blaise qu’à négocier sa sortie. Il le peut encore.