La séparation aura été de courte durée. L’ADF/RDA après un trimestre hors du sérail devrait faire son retour au gouvernement et dans les différentes instances de l’exécutif. A quel prix ? Au détriment de qui ?

 

En janvier dernier, la sortie de l’ADF/RDA avait été compensée par l’arrivée de l’UNDD. La rivale éternelle de l’ADF/RDA s’était vue octroyée deux marocains au gouvernement, pas les mêmes qu’occupait le parti de Gilbert, mais deux marocains pleins. Les détracteurs de l’ADF/RDA la houspillaient en disant qu’elle occupait un ministère et demi. En effet, le deuxième ministre de l’ADF/RDA était un ministre délégué. L’UNDD qui avait fait une performance électorale bien médiocre au scrutin couplé du 2 décembre, un seul député et une petite poignée de conseillers, se voyait mieux considérée, avec deux postes pleins de ministre. Maintenant que l’ADF/RDA revient, on s’imagine qu’on ne lui donnera pas moins que ce qu’on a donné à l’UNDD. A défaut, peut-être déshabiller Pierre pour habiller Paul.

 

Comment les tractations

se sont faites 

 

L’ADF/RDA ne pouvait pas rester sans statut au regard des performances qu’elle a réalisées aux législatives de décembre 2012. 18 députés ça pèse lourd. Dans un parlement structurellement déséquilibré en faveur de la majorité présidentielle, la place de choix aurait été le poste de chef de file de l’opposition. Or l’ADF/RDA a été distancé, de peu c’est vrai, par un nouveau venu, l’UPC. Ce poste échappe donc à Gilbert Ouédraogo. S’il avait pu, comme en 2007, avoir le plus de députés après le CDP, Gilbert aurait pu, opportunément, endosser ce costume. La loi instituant le chef de file de l’opposition dit que pour être de l’opposition, il ne faut pas participer au gouvernement. Depuis le scrutin du 2 décembre, l’ADF/RDA n’était plus au gouvernement. Il remplissait donc une condition essentielle. Sa désignation n’aurait pas manqué de provoquer des remous. 

Mais il se serait bien arrangé pour se constituer sa cour d’opposants. Ce n’est pas ça qui allait manquer. Mais il se trouve que l’UPC est venue lui ravir la place. La position de « ni, ni » « ni dans l’opposition » « ni dans la majorité » ne servait pas les intérêts du parti. Elle ne servait pas non plus ceux de la majorité. Il est risqué de laisser un tel poids politique naviguer au gré des vents, au moment où les vents ne sont pas favorables. Il fallait donc ramener l’ADF/RDA à la maison. Il faut croire que les partisans du parti de l’éléphant, n’ont pas été difficiles à convaincre. La vie de l’opposant n’est pas un long fleuve tranquille. Mieux, certains cadres de l’ADF/RDA avaient été aguichés par une promesse de poste ministériel. A certains on avait promis, quoiqu’il arrive, d’occuper un marocain dédié au parti de l’éléphant. Sur cette base, ces personnalités avaient battu campagne. Or ne voilà t-il pas qu’elles doivent se consoler d’un poste de député ?

 La raison de réconciliation

 Au regard des enjeux qui sont dans le pipeline du régime, il n’était pas possible de ne pas se réconcilier avec un partenaire aussi important que l’ADF/RDA. Peu importe les scénarios qui seront finalement arrêtés.

Dans l’hypothèse d’une révision de l’article 37. La voie idéale serait évidemment le référendum. C’est-à-dire la sanction du peuple. C’est l’option qui arrangerait les affaires du régime et rendrait moins contestable l’opération. Il est possible au CDP et à ses alliés actuels (CFDB, UPR) de réunir, dans un référendum la majorité nécessaire pour faire passer la révision. La contestation n’en sera que plus vive, étant entendu que la vérité électorale, dans notre pays, ne coïncide presque pas avec le sentiment profond et légitime de la population. Dans un référendum, le CDP sait comment fabriquer un résultat favorable. Il n’est pas certain de pouvoir l’imposer durablement. Dans ces conditions, il ne peut pas prendre le risque de s’aliéner l’ADF/RDA. Dans le contexte du Burkina Faso, la vérité des sondages est très aléatoire. Le vote n’étant pas toujours le fruit d’une conviction, mais celui d’un conditionnement. C’est pourquoi il y a comme une constitution dans le pays « d’électeurs professionnels », notamment les femmes, une grande majorité des ruraux et les précaires des grandes villes.

Dans ces conditions, le caractère aléatoire du sondage est encore accentué. Néanmoins, le dernier sondage sérieux effectué par le CGD (le Centre pour la gouvernance Démocratique) montre que les burkinabè sont contre la révision de l’article 37. Mieux la proportion de ceux qui sont contre est en constante évolution. Le sondage de Afrobaromètre d’octobre 2012 indiquait que 54% des sondés étaient contre la révision de l’article 37. 30% y étaient favorable et environ 16% étaient indécis. Dans le contexte du Burkina Faso, les 30% favorables peuvent permettre le succès du « OUI » au référendum. Il s’en suivra, cependant et inévitablement une forte contestation et une très probable crise sociale dans le pays. Dans un tel contexte avoir tous les alliés avec soi est un atout non négligeable.

Deuxième option, la voie du parlement pour réviser l’article 37. Dans cette optique, les députés de l’ADF/RDA sont plus que nécessaires. Il n’est pas acquis que les députés suivront la consigne de la direction du parti, mais il est bon en de pareilles circonstances d’avoir la caution morale de l’appareil. L’ADF/RDA dans le gouvernement, même si au CCRP, elle s’était opposée, pourrait à minima laisser chacun de ses 18 députés décider en son âme et conscience. Dans l’optique d’une révision par voie parlementaire, il faut forcément que l’ADF/RDA revienne au bercail.

Troisième option, la non révision de l’article 37. Au regard de l’hostilité qui ne manquera pas aussi bien au niveau national qu’international, le président peut décider de ne pas toucher à l’article 37. En ce moment la guerre de positionnement des potentiels successeurs va s’ouvrir. Et dans cette optique aussi, certains plus que d’autres, suivez mon regard, auront besoin de l’ADF/RDA.

Pour l’immédiat, ce que l’on peut dire c’est que l’entente est scellée. Le retour est programmé. Cette fois, peut-être, les deux coépouses accepteront de partager. La position dans le gouvernement est vitale pour chacun ; UNDD et ADF/RDA