Les complots et le régime de Blaise sont consanguins. On s’étonnait d’ailleurs que depuis, on n’en avait pas annoncé un. L’ère Kosyam vient d’inaugurer son premier complot et son (ou ses) premier sacrifié. 

Toujours le même procédé. D’abord une fausse version, puis une fausse information. Le supposé complot de Tuina, survenu dans la nuit du 30 au 31 août est libellé dans les mêmes séquences. Avec cette fois non pas Gilbert Dienderé, dans le rôle de « speaker », mais un substitut du procureur qui a lu le texte rédigé par les militaires, comme l’avait du reste annoncé Blaise Compaoré lui-même : « j’ai dit aux militaires d’écrire un texte pour l’expliquer ».

Il a fallu aux militaires une bonne journée pour arrêter le bon texte à faire lire. Mais malgré cela, il ne faut pas longtemps pour déceler des incohérences. Un crime, quoi qu’on dise n’est jamais parfait. Un passage du communiqué indique qu’il y a eu des « courses poursuites », mais le pourchassé « a opposé une résistance et dans les échanges de tirs il a été atteint mortellement ».

Si on devait faire un « replay », on va se rendre compte de la chose suivante :

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  • Une course poursuite suppose un poursuivi (qui a pris la fuite) et des poursuivants qui cherchent à l’atteindre ou à l’abattre. Dans ce que nous voyons dans les films, un « poursuivi » n’oppose pas de résistance, il peut tirer en fuyant pour protéger sa fuite. Il ne s’agit pas dans ce cas de figure, d’une « résistance opposée », mais de couvrir sa propre fuite. Etait-ce le cas de figure ? Est-ce comme ça que les balles des poursuivants l’ont mortellement atteint ? Le procureur du Faso au lieu de lire le texte des militaires, aurait dû ouvrir une information pour nous situer. Quand survient la mort dans une occurrence, même si c’est une tentative d’atteinte à la vie du président, le parquet doit ouvrir une information. Parce que, autant il n’est pas acceptable d’attenter à la vie du président, de la même façon, la mort d’un citoyen ne peut se justifier à priori « parce qu’il a voulu attenter à la vie du président ». Tuina était un citoyen burkinabè. Sa famille est fondée à demander des comptes à l’Etat. 

Ça leur pendait au nez depuis un bout de temps, semble-t-il 

Les rumeurs sur la sécurité présidentielle finissent très souvent par se vérifier. Quelques semaines avant le complot supposé de Tuina, Ouaga avait été envahi d’une rumeur faisant état d’un coup de sang de certains trouffions de la garde présidentielle contre François Compaoré. Les griefs n’étaient pas, comme c’est souvent le cas en de pareilles circonstances, très précis. Il semble cependant que la mort de l’homme à tout faire, de François Compaoré, son secrétaire Keita (décédé courant juillet 2013), laisse un vide difficile à combler. Sur les questions de sécurité, particulièrement la gestion des militaires de la garde de François, c’était lui qui s’occupait des moindres détails et s’arrangeait pour contrer les velléités de fâcherie. Depuis que Keita est mort, François serait devenu vulnérable.

Les rumeurs qui ont circulé sur cette fâcherie des trouffions indiquaient des résolutions pas catholiques.

L’acte de Tuina, dans sa version rendue publique, indique que c’est au président du Faso qu’il en voulait. Il ne peut s’agir donc de la même affaire.

Tuina a-t-il agit seul ?

C’est une question qui est posée. La version officielle du complot laisse penser qu’il aurait agi seul. Le procureur dans le texte qu’il a lu, n’a pas indiqué qu’une enquête était ouverte ou serait ouverte. L’affaire suit son cour ne veut rien dire expressément. Sauf qu’il y a des revendications sur le Net qui semblent dire que le soldat Tuina n’aurait pas agi seul. Dans ces feuilles qui circulent sur le Net, Tuina est présenté comme « un vaillant combattant tombé courageusement les armes à la main ».

Comme on le sait les tracts sont les « marronniers » des périodes de grandes crises politiques dans notre pays. On avait pensé que la démocratie et l’existence de la presse libre allaient y mettre un terme. Peine perdue apparemment.

Les habitudes du régime de la IVe République, pour parler prosaïquement, elles aussi ne changent pas. Avec la vérité le régime semble avoir noué des relations de parenté à plaisanterie. Les premières annonces ont fait état de dépôt de carburant d’un groupe électrogène qui aurait explosé. Puis la version rendue officielle a indiqué qu’il s’agirait d’une tentative d’atteinte à la vie du chef de l’Etat. Laquelle croire ? En attendant qu’un jour on en sache plus, on peut faire les constats suivants :

  • La première version fausse contiendrait une information vraie ; le groupe électrogène relais de la présidence aurait été attaqué et détruit. Les riverains ont entendu des détonations d’armes lourdes. Au même moment il y avait sur la ville de Ouagadougou, une coupure d’électricité presque générale. Etait-ce une action coordonnée ? Comment Tuina, en tenue militaire, a pu atteindre ce haut lieu sécurisé du pays ?
  • La version officielle lue par le Substitut du Procureur a mis l’accent sur la justification de la mort de Tuina et non sur les circonstances et le déroulement de l’attaque au palais de Kosyam. Le communiqué n’indique pas non plus où les balles des poursuivants ont mortellement atteint le fuyard. Etait-ce au sein de Kosyam ou dans un quartier de Ouaga ? Combien d’autres morts ont été enregistrés pendant cette tentative supposée d’attenter à la vie du président ? 

Par Newton Ahmed BARRY

 

Romuald avec plusieurs autres cadavres

Le frère de Tuina aurait été invité à reconnaître le corps de son frère dans un tas de cadavres. Nous avons appris cette information que nous n’avons pas pu recouper. Mais puisqu’elle émane des proches de la victime, elle ne peut-être d’emblée écartée. Les autorités elles même visiblement ne veulent pas en dire beaucoup. Peut-être seraient-elles bien inspirées d’accéder à la requête de l’opposition qui a demandé une enquête indépendante. C’est pas nécessaire de recourir à des étrangers pour cela. Nous avons chez nous des personnes totalement honnêtes pour conduire et réussir semblables entreprises. Le pouvoir le sait. Il lui suffit de le vouloir. 

 

Reproduction à titre de document du texte lu par le procureur

Le parquet du Procureur du Faso du Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou porte à la connaissance du public qu’un ex-militaire du nom de Tuina Romuald a trouvé la mort au cours d’un échange de tirs entre une patrouille militaire et lui dans la nuit du vendredi 30 août 2013.

Le sieur Tuina Romuald, portant irrégulièrement une tenue militaire, avait tenté de tromper la vigilance d’une sentinelle et s’était attaqué à un poste de garde du Camp Naba Koom II du Régiment de sécurité présidentielle. Face à la réaction des éléments de garde, il a pris la fuite. Une course-poursuite s’est alors engagée pour l’interpeller. Il a opposé une résistance si bien que suite aux échanges de coup de feu, les balles l’ont atteint mortellement.

Il vous souviendra que Tuina Romuald est cet ex-militaire radié des Forces Armées Nationales pour avoir tiré sur le gérant d’un bar dans la nuit du 20 au 21 février 2012 à Ouagadougou. Interpellé le 1er mars 2012, il s’était évadé, peu après, de la brigade de gendarmerie où il était détenu.

Le 11 avril 2012, il avait braqué en plein jour l’agence de la Banque Commerciale du Burkina (BCB) de la Patte d’Oie et emporté la somme de sept millions cinq cent quatre mille (7 504 000) francs CFA. Activement recherché après ce forfait, il s’était enfui hors du pays. Le Procureur du Faso avait requis l’ouverture d’une information judiciaire et le juge d’instruction en charge du dossier avait décerné un mandat d’arrêt contre lui le 24 mai 2012.

Dans les documents découverts sur lui, il a été retrouvé un billet de sortie de prison délivré par l’administration pénitentiaire d’un pays voisin.

Le Procureur du Faso a été saisi de cette affaire qui suit son cours.

Ouagadougou, le 31 août 2013.