La mise en place des exécutifs communaux a été le laboratoire qui a permis de voir réellement ce que peut être un parti sans leadership véritable : une mosaïque d’entités et de personnalités tirant dans tous les sens suivant des intérêts personnels ou de groupes. Le résultat est un chaos indescriptible fait de batailles rangées, de destructions de biens et, s’accompagnant aussi malheureusement de mort d’hommes. Que faire dans un tel capharnaüm ?

rss-2.jpgCe qui se passe au sein du MPP ne devrait réjouir personne. Quand on regarde les conditions dans lesquelles ce parti est apparu sur la scène publique, on ne peut être étonné de ce qui arrive. Certes, beaucoup de monde avait applaudi la venue de ce parti parce que son existence affaiblissait le parti au pouvoir contre lequel les Burkinabè s’étaient massivement mobilisés particulièrement depuis 2011. Aujourd’hui que la victoire sur l’ancien parti au pouvoir a été acquise, le MPP est devenu le point de fixation essentiel non seulement de tout observateur politique mais de l’ensemble des Burkinabè y compris de l’opposition politique. La raison est simple. Il détient en effet entre ses mains la vie des 18 millions de nos compatriotes. A travers des expressions symboliques, Norbert Zongo avait su traduire cette réalité. Le « Nous sommes tous RDA » qu’il affectionnait était devenu « Nous sommes tous CDP » au moment où ce parti dominait tout le pays des pieds à la tête. Le paraphrasant, on pourrait dire aujourd’hui que « nous sommes tous MPP ». Mais la réalité du terrain ne traduit pas encore suffisamment le sens du concept. Au contraire du CDP, le MPP est certes une force mais c’est une force désordonnée qui semble ne pas savoir où elle va. On peut en juger à travers trois éléments. Primo, la cacophonie au sommet de l’Etat brouille la question fondamentale du leadership et affaiblit du coup la puissance publique. Deusio, le parti au pouvoir manque véritablement de leadership, ses premiers leaders étant occupés par la gestion de l’Etat laissant un parti en totale déshérence. Tercio, les militants MPP se sont transformés en redoutables snipers, privilégiant leurs intérêts personnels et sans aucun souci pour l’intérêt du parti. On l’a vu à travers les luttes d’arrière-garde qui ont émaillé la mise en place des exécutifs communaux. On le voit aussi à travers différents chantages aux postes et autres avantages à l’endroit des principaux responsables de l’Etat. Résultat de ce méli-mélo, malgré la bonhomie par ailleurs rassurante du chef de l’Etat, le Burkina ressemble à un bateau sans véritable pilote, évoluant au gré de lobbies sociaux et politico-économiques. L’opposition politique qui est parfaitement consciente des faiblesses congénitales du pouvoir en place manœuvre pour renforcer ses positions. De son côté la société civile très affaiblie par diverses compromissions a du mal à se mettre au niveau de ses responsabilités. Le moment historique que vit le Burkina Faso commandait de la société civile qu’elle s’affirme davantage, tant sur le plan de la production intellectuelle sur des thématiques qui lui sont chères, que sur des actions de terrain proprement citoyennes.

Sur quels créneaux actionner urgemment ?
Sur la question du leadership d’Etat, l’autorité du président du Faso doit être réelle. Certains indices tendent à montrer qu’il existe une rivalité sourde entre les RSS. La situation n’est peut-être pas alarmante mais il y a toutefois des risques d’exacerbation quand celle-ci est relayée par les seconds couteaux. Des précédents existent. On a vu comment les supporters de Blaise et de Sankara ont travaillé à envenimer les rapports entre les deux hommes. On est encore mémoratif de la guerre des tracs qui a préfiguré le 15 octobre 1987. Le même scénario s’était reproduit entre les hommes de Blaise et ceux qui étaient soupçonnés de répondre de Salif ou de Roch. Le résultat est connu. C’est la traversée du désert des deux hommes puis leur entrée en rébellion ouverte. La suite c’est l’insurrection d’octobre 2014 et la fuite de Blaise Compaoré. Sur la base de ces expériences, il importe de fluidifier la communication entre les trois hommes. Ces derniers devraient prendre conscience qu’ils ne peuvent réussir qu’ensemble. C’est dans cette dynamique qu’ils doivent engager leurs hommes. C’est sur eux que ces derniers s’adossent pour s’octroyer des passe-droits.

Le second impératif devrait s’attacher à réformer le parti. Le MPP actuel est un foutoir. Un parti même de masse se construit avec des élites. Ce n’est pas une histoire de diplômes mais de conscience politique militante. Le nombre ne fait pas nécessairement la force d’un parti. Le MPP s’est bâti sur le modèle du CDP avec des coutumiers et des opérateurs économiques comme acteurs décisifs. L’important est que le parti soit en mesure d’exercer une influence sur de larges fractions de la société. L’intelligence politique consiste à organiser tout ce beau monde dans des cadres appropriés. L’intégrité du parti doit à tout prix être sauvegardée afin d’en assurer le dynamisme et la force créative. C’est le seul moyen de bâtir une cohérence idéologique et de développer un militantisme politique efficace au sein du parti. Il ne s’agit pas là d’une affaire de bolchos (je vois venir certains). Tout parti a besoin de se construire autour d’un socle d’où il tire la sève nourricière. C’est valable pour le MPP mais aussi pour l’UPC ou pour tout autre parti. Et le président du Faso qui est issu dans notre système d’un parti qui a porté sa candidature et son programme, y puise forcément son inspiration. Ceux qui aspirent à diriger les Burkinabé doivent être des hommes de conviction ayant un idéal fort, toutes choses à même de nous éviter les dérives graves que connait le MPP et qui menacent la cohésion de la communauté nationale tout entière.

Troisième urgence, c’est la réorganisation de l’administration publique. A quelles conditions restaurer l’autorité de l’Etat ? On a laissé la chienlit s’installer dans les rouages de l’Etat à travers la politique clientéliste et le favoritisme. Répondant un jour à Halidou Ouédraogo qui lui faisait remarquer que son administration était pourrie, Blaise Compaoré a gaussé les épaules en disant à peu près ceci : c’est eux qui me soutiennent. Non monsieur le président ! L’administration républicaine ne se construit pas sur la base du clientélisme. Il y a des Burkinabé qui ont à cœur l’intérêt supérieur de leur pays et qui travaillent sans calcul. Ce sont ces gens-là qui par l’exemple peuvent tirer notre administration vers le haut. Si on ne cherche qu’à favoriser des militants, on aura choisi la voie de garage. La vision actuelle de l’agent public est que l’administration est une vache à lait dont il faut boire le lait autant que faire se peut. Ce sentiment prospère à tous les échelons de notre administration et c’est ce qu’il faut travailler à extirper. Cela est possible si on s’appuie sur les bonnes pratiques et donc sur les hommes et les femmes qui les incarnent. Une administration assainie sera garante d’une politique économique nouvelle, une sorte de new deal burkinabè. Il nous semble que c’est la clé du succès du PNDS, le nouveau credo des acteurs politiques au pouvoir. Dans ce combat, on ne peut occulter le phénomène de la corruption qui gangrène l’économie et la société tout entière. L’ASCE/LC et le RENLAC qui sont engagés dans une traque permanente contre ce fléau méritent félicitations pour les résultats déjà obtenus. Mais la lutte est encore longue. Ils ont besoin de moyens matériels et financiers et davantage d’outils juridiques plus adaptés à la complexité du phénomène. Les marchés publics, grosse source de corruption doivent être mieux surveillés. Les structures citoyennes de veille comme le RENLAC devraient être associées à la passation des marchés, qui apparaissent souvent comme de véritables arnaques. Il ne faut pas penser que les partenaires financiers qui s’octroient un droit de non objection sont au-dessus de tout soupçon. La neutralité dont ils se prévalent leur permet bien souvent de peser sur l’attribution des marchés. Il y a une vraie souveraineté à conquérir à ce niveau parce qu’il s’agit non pas de dons mais de prêts remboursables. Et il faut veiller à ne pas alourdir indument la facture de la dette. Seuls des agents véritablement intègres peuvent assurer une réelle vigie au niveau des marchés publics.

Par Germain B. NAMA