Fraude à l’inscription; Des cars bloqués à l’entrée de Sapouy

 Chaude journée au secteur n°1 de Sapouy sur les sites d’enrôlement biométrique, en ce dimanche 1er juillet, veille de la clôture des opérations dans la zone N°2. En effet, des cars venus de Ouagadougou, bondés de candidats à l’inscription ont été déversés au bureau n° ? de Kasso, une localité située à 5km de Sapouy. Ils y ont trouvé un comité d’accueil bien décidé à les empêcher de s’inscrire

 

Il ne nous a pas fallu plus de 25 minutes pour avaler la distance qui sépare Bakata de Sapouy. Parti de Sapouy tôt le matin, nous nous étions rendu dans cette localité distante d’à peine 30 km, en vue d’y observer le déroulement de l’inscription biométrique. Parvenu aux environs de 11h sur le théâtre des événements, nous y avons constaté la présence de 4 cars. Sous des arbres, à droite en venant de Sapouy, une foule massée autour du bureau d’inscription. L’opération d’enrôlement avait été suspendue probablement par prudence et les kits remis dans leur emballage. Les esprits en effet étaient passablement échauffés. La situation avait été jugée suffisamment grave pour mériter le déplacement des principaux responsables de l’organisation. En effet, en plus des présidents de la CEPI et de la CECI, le haut commissaire du Ziro s’était également déporté sur les lieux. Pendant que nous échangions avec ces responsables locaux, arrive l’un après l’autre deux commissaires de la CENI. Ouagadougou est à seulement 45 minutes de Sapouy. Après quelques moments de conciliabule, c’est le commissaire Saidou Ouedraogo, responsable de la zone qui s’adresse à la foule : La consigne dit-il c’est de laisser ceux qui veulent s’inscrire le faire, la phase des oppositions s’ouvrira après. Pas question, protestent quelques jeunes. Nous savons ce que ça vaut. On nous a toujours joué ce coup là ! Face à cette résistance, le commandant de la gendarmerie, présent sur les lieux, à la tête d’une petite unité de gendarmes intervient d’un ton ferme : Mettez-vous en file. Celui qui s’opposera aura à faire à la loi. Brouhaha du côté de la foule : Nous n’accepterons pas que des inconnus viennent voter pour nous imposer des responsables…

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Une vue de quelques cars qui ont servi au transport

Le commandant fait mine d’insister pour imposer l’autorité de la loi. Peine perdue. Visiblement, les choses sont mal engagées. Le président de la CECI s’approche et opine : les conditions dit-il ne sont pas réunies pour engager l’opération. Le commandant n’insiste pas et se replie derrière, sous un arbre, sort son téléphone et appelle. Les deux commissaires sont également accrochés à leur téléphone. Pendant ces moments de flottement un cinquième car arrive de Ouaga bondé de candidats à l’inscription.

 

La présence d’un sixième car que nous n’avons pas personnellement vu nous a été rapportée. Pendant toute la durée des événements, le bureau n°2 de Sapouy centre avait été également fermée par mesure de sécurité. Il n’a rouvert qu’aux environs de 17H. Finalement, tous ces « débarqués » ont repris la route de Ouaga sans avoir pu s’inscrire.

Secteur 1 de Sapouy particulièrement sensible

Le secteur n°1 est d’autant plus sensible qu’il est le secteur d’origine du maire sortant Baoui Nama de l’UPR, et de son challenger Dominique Nama du CDP. Bien qu’étant toutes de la majorité présidentielle, les deux parties entretiennent sur le terrain une opposition farouche. L’incident du 1er juillet n’est qu’une énième péripétie de cette opposition où la méfiance est devenue la règle. Un premier incident s’était produit le vendredi 29 juin dernier, soit seulement deux jours avant celui de Kasso. Dans cette même localité, deux cars suspects avaient été appréhendés pour les mêmes raisons. Les occupants de ces cars y avaient tenté en vain de s’inscrire, mais certains avaient néanmoins pu, non sans difficulté, passer entre les mailles du filet pour se faire enrôler à Sapouy. Guindo Kadia, opératrice réserviste au bureau N°2 basé à l’école centre A nous a confié qu’une liste de 18 personnes venant de Ouaga a été relevée et cela suite à un compromis passé entre les contestataires qui les trouvaient suspects et les responsables de l’organisation. Sans doute, ce compromis a pu encourager les parrains de ces opérations qui ont pensé pouvoir remettre ça. Mais Sapouy ne semble pas être le seul endroit où on assiste au convoyage massif d’électeurs. Sur le chemin de retour de Bakata, nous avons croisé deux cars transportant une soixantaine de personnes qui remontaient vers cette localité. Celui que nous soupçonnions d’en être le commanditaire suivait le convoi de loin. Nous n’avons pas hésité à l’interpeller dès que nous l’avons aperçu. Sans état d’âme, il nous a répondu que la loi n’interdit pas aux burkinabé d’aller voter où ils veulent. C’est peut-être vrai, mais pour sûr, la loi interdit la fraude n

 

Germain B. Nama