En deux semaines on a pu voir comment notre pays est irrémédiablement divisé. Deux marches qui expriment deux visions antagonistes de nos réalités.

La première marche est celle des gueux. Ceux-là qui vivent les conditions difficiles d’un Burkina « cailloux ». Excluent de tout et depuis bien longtemps, certains en sont venus à ne rien attendre du système politique en cour. Ils ne croient plus en rien. Ils n’espèrent plus rien. C’est Arba Diallo qui a bien traduit leur pensée profonde : « avant on avait peur de mourir. Maintenant on a peur de vivre…avec ces bandits ». De l’autre ce sont « les enfants gâtés de la république », ceux qui ont tout eu de la République, au point d’en faire maintenant une propriété privée, à préserver et à protéger vaille que vaille. C’est le symbolisme « des lignes rouges ». La république leur appartient. Ils vivent depuis tellement longtemps à ses crochets, qu’ils ne s’imaginent plus en dehors des lambris. C’est pour beaucoup d’entre eux que le Sénat a été imaginé. Il devra en absorber pas mal. La paix ici signifie, le maintien des privilèges. C’est une véritable caste des privilégiés de la République. Dans ces conditions, il est peut-être inutile de prêcher. De dire qu’une institution démocratique doit faire consensus et non accentuer les clivages. Sauf que depuis, certains se sont convaincus que moins il y a du monde, mieux c’est pour le partage du cadeau. Alors s’ils peuvent souffler sur les braises de la division, pour envoyer aussi loin que possible les concurrents pourquoi vont-ils se gêner ? Nous avons suivi les deux marches. L’opposition qui avait peur d’un fiasco a jeté tout son va-tout dans la mobilisation. Mais comme a dit, maître Sankara, elle n’avait pas à s’inquiéter parce que le mot d’ordre rencontrait les préoccupations des gens. Il faut être vraiment sourd et buté pour ne pas comprendre que le Sénat, dans les conditions actuelles, les Burkinabè n’en veulent pas. Les émissaires du gouvernement qui sont allés dans les régions expliquer le bien fondé du Sénat, n’ont rencontré qu’hostilité. A Ouahigouya, NaabaKiiba, a dû quitter la rencontre, parce que les propos étaient trop durs pour ses oreilles « naabales  ». A Ouagadougou, c’était la même chose à la Maison du peuple. Mais comme on le sait, le Sénat se fera. C’est décidé. C’est inscrit dans le marbre de la constitution. Bonne logique ! Et l’article 37 que l’on veut changer, il n’est peut-être pas inscrit dans la constitution ?

 

 Si le CDP fait aussi bien que l’opposition alors il y a problème

 ​

Les deux mobilisations lors des marches : A chacun son message

Avec tout son poids électoral, le premier parti burkinabè ne fait pas mieux que ses adversaires. Assimi Kouanda devrait plutôt s’inquiéter non ?

 En politique, tout peut être consacré comme une victoire. Surtout les défaites. En une semaine d’intervalle, la majorité et l’opposition ont occupé les rues du pays. Chacun a fait le décompte de ses partisans et en tire une satisfaction politique qui le conforte dans son option. L’opposition est convaincue qu’avec ses 120 000 manifestants à Ouagadougou (c’est le chiffre avancé par le CFOP. Le gouvernement lui parle de quelques centaines de manifestants à Ouagadougou), son opposition au Sénat et à la révision de l’article 37 est largement partagée par les Burkinabè. Son appel semble avoir été entendu dans plusieurs villes du pays, où de nombreuses personnes sont sorties manifester.

Le CDP, une semaine après, a battu le rappel de ses partisans. A Ouagadougou, il dit avoir fait aussi bien que l’opposition, sans avancer de chiffres. Le gouvernement non plus. Ainsi légitimé, le parti au pouvoir a réaffirmé son agenda politique.

– la mise en place du Sénat

– la révision de l’article 37

– la candidature de Blaise Compaoré en 2015

Cet agenda est enrobé dans le thème de la marche « la démocratie et la paix avec Blaise Compaoré ». Ce qui laisse entendre que si Blaise Compaoré n’est plus au pouvoir, ce sera la fin de la paix dans notre pays. Une sombre perspective, prétentieuse qui ne correspond pas forcément à la vérité. C’est vrai que, à force de durer au pouvoir, les obligés de Blaise en viennent à oublier qu’avant leur champion, il y a eu (05) cinq présidents dans ce pays. Si les coups d’Etat militaires ont régulièrement perturbé la vie politique nationale, la paix sociale, elle, est une donnée permanente, indépendante des pouvoirs. On pourrait même, au risque de courroucer nos frères du CDP, dire que c’est la politique hasardeuse de Blaise Compaoré au début des années 1990, qui a failli mettre à mal la paix sociale dans notre pays. Il faut se souvenir des propos de Hermann Cohen, alors secrétaire d’Etat américain qui menaçait de « faire disparaître le Burkina de la carte du monde », à cause du soutien de Blaise Compaoré à Charles Taylor.

En outre ce slogan « la paix avec Blaise Compaoré » insinuant par ailleurs que c’est la guerre assurée si quelqu’un d’autre que lui parvenait au pouvoir, rappelle les chants libériens de la présidentielle de 1997 à la gloire de Charles Taylor « même s’il, (parlant de Taylor), a tué ma mère et mon père, je vote pour lui… ». En chantant ainsi, ils pensaient qu’en lui remettant ce pouvoir pour lequel, il a fait tant de massacre dans le pays, ils auront la « paix » et la « vie sauve ».

L’histoire a donné son verdict depuis. Les libériens se sont lourdement trompés. En donnant le pouvoir à Taylor, ils n’ont rien eu en échange : « ni paix, ni vie sauve ». Il faut donc, manier ces slogans avec intelligence. Quand la paix sociale tient à un individu et à lui seul, autant dire qu’elle n’existe pas. Un intellectuel de haut vol, il a été mon professeur au département d’histoire et d’archéologie, et croyant jusqu’au bout des ongles, notre confrère, L’Observateur Paalga a dit de lui  » qu’il est né le coran entre les mains », aurait dû avoir plus de discernement. Mais il faut croire que les hommes politiques sont tous « même chose, pareil« , pour reprendre le parler populaire de nos quartiers. C’est de Kouanda Assimi évidemment que nous parlons.

Les bons comptes de la marche

Quelque chose a changé, visiblement depuis le 29 juin. Puisque c’est l’opposition qui a l’initiative des actions et impose au CDP de s’adapter.

Avant la marche, le parti majoritaire a multiplié les sorties pour « délégitimer » le projet de l’opposition, espérant que les populations n’y adhèrent pas. Puis la marche a eu lieu avec un écho certain. Le CDP était alors dans l’obligation de battre le pavé pour montrer aussi qu’il avait la maîtrise de la rue et l’adhésion des populations. Sauf qu’en faisant un calcul arithmétique le CDP qui fait avec ses alliés, 80% de la légitimité électorale, aurait dû ne pas faire jeu égal avec le CFOP, mais pulvériser son record. Aucun observateur sérieux ne peut affirmer que les marcheurs du CDP étaient plus nombreux que ceux de l’opposition.

Ensuite le CDP ne semble pas avoir l’initiative des actions. Il est réactif. C’est le CFOP qui semble dicter l’agenda.

Une démonstration pour mieux négocier

Même si les slogans le laissent croire, il est difficile d’imaginer que le pouvoir ne cherche pas une dernière fois à parler du Sénat avec l’opposition avant le 28 juillet. La rencontre préparatoire, furtivement tenue au CENASA, sur l’élection des sénateurs territoriaux montre bien qu’il y a un malaise. A peine une dizaine de partis étaient présents. Dans ces conditions, il est difficile de continuer à dire que la mise en place du Sénat va améliorer le travail législatif en y apportant plus de démocratie. Les 39 sénateurs territoriaux seront exclusivement CDP. L’UPR et la CFDB ont des chances nulles d’obtenir des sénateurs, sauf s’il y a arrangement.

On peut imaginer, dans ce contexte que le CDP qui a montré « qu’il pouvait aussi mobiliser la rue » accepte de provoquer d’ultimes débats avec l’opposition avant de faire le saut dans l’inconnu. En cette matière, comme dans les modifications unilatérales de la Constitution, les passages en force ne portent pas toujours bonheur à ceux qui s’y risquent. En 1997, le CDP avait supprimé la limitation des mandats présidentiels, avant de le rétablir, contraint et forcé par les événements, deux ans après. Dans le Sénat actuel, il est prévu des sénateurs issus des associations religieuses. Le rapport des Sages avaient mis en garde contre la création d’institutions politiques non consensuelles. Ce collège était présidé par l’un des plus respectés prélats de notre pays, Mgr Anselme SANOU. Dans l’ambiance actuelle autour du Sénat, l’Eglise catholique va-t-elle se risquer à y envoyer un sénateur ? On est assez attentif au débat qui s’y mène actuellement. Ce qu’on apprend c’est que des pressions s’exercent actuellement sur le clergé. Si les catholiques devraient refuser d’y siéger, ce serait fatal à cette institution. Alors on fait feu de tout bois. Certains disent même qu’en face, on pourrait aller jusqu’à mettre sur la place publique les conditions financières octroyées à l’occasion du CCRP ? Vrai ou faux ? On le saura bientôt. Le Sénat doit se mettre en place avant septembre. Autrement, l’inconstitutionnalité actuelle va s’aggraver.

Un agenda qui donne raison au CFOP

Les banderoles de la manifestation du CDP confirment bien ce que ne cesse de dénoncer le CFOP. Le Sénat « c’est pour supprimer l’article 37 ». C’est bien le message d’une des banderoles portée par une des marcheuses : « réviser l’article 37 pour la continuité dans la paix et le progrès ». On ne peut pas être plus clair. C’est vrai que Kouanda s’en est défendu estimant que le message était celui d’un des membres de la coalition « républicaine », mais pas celui du CDP. Sauf qu’il n’y a pas longtemps dans une interview à nos confrères de L’Observateur Paalga il avait dit tout le contraire :  » c’est le quatrième congrès du CDP qui a pris cette décision (…) c’est cette position qui est toujours en vigueur au CDP. Elle est bâtie sur l’argumentaire selon lequel, d’une part, on n’a pas besoin de clause limitative pour aboutir à une alternance, et d’autre part, l’article 37 ne figure pas parmi les articles non révisables de la Constitution (in L’Observateur Paalga du 18 juin 2013) ».

Il s’agit aussi de préparer la candidature de Blaise Compaoré à la présidentielle de 2015. Un analyste français qui connaît bien les dirigeants de notre pays a dit récemment dans une analyse à propos de la révision de l’article 37 qu’il s’agissait « d’un fantasme de l’opposition et de la population ». On voudrait qu’il ait raison.

Pour l’instant jusqu’à preuve du contraire, on ne peut imaginer que les jeunes, « les Francoboys » la FEDAP/BC et le CDP s’amusent à poser « un acte gratuit » en dépensant autant d’énergie et d’argent pour rien. C’est vrai qu’au CDP on peut dépenser sans compter, mais on ne jette pas pour autant l’argent par les fenêtres. Ca se saurait autrement.

 Par Newton Ahmed Barry

En deux semaines on a pu voir comment notre pays est irrémédiablement divisé. Deux marches qui expriment deux visions antagonistes de nos réalités.

La première marche est celle des gueux. Ceux-là qui vivent les conditions difficiles d’un Burkina « cailloux ». Excluent de tout et depuis bien longtemps, certains en sont venus à ne rien attendre du système politique en cour. Ils ne croient plus en rien. Ils n’espèrent plus rien. C’est Arba Diallo qui a bien traduit leur pensée profonde : « avant on avait peur de mourir. Maintenant on a peur de vivre…avec ces bandits ». De l’autre ce sont « les enfants gâtés de la république », ceux qui ont tout eu de la République, au point d’en faire maintenant une propriété privée, à préserver et à protéger vaille que vaille. C’est le symbolisme « des lignes rouges ». La république leur appartient. Ils vivent depuis tellement longtemps à ses crochets, qu’ils ne s’imaginent plus en dehors des lambris. C’est pour beaucoup d’entre eux que le Sénat a été imaginé. Il devra en absorber pas mal. La paix ici signifie, le maintien des privilèges. C’est une véritable caste des privilégiés de la République. Dans ces conditions, il est peut-être inutile de prêcher. De dire qu’une institution démocratique doit faire consensus et non accentuer les clivages. Sauf que depuis, certains se sont convaincus que moins il y a du monde, mieux c’est pour le partage du cadeau. Alors s’ils peuvent souffler sur les braises de la division, pour envoyer aussi loin que possible les concurrents pourquoi vont-ils se gêner ? Nous avons suivi les deux marches. L’opposition qui avait peur d’un fiasco a jeté tout son va-tout dans la mobilisation. Mais comme a dit, maître Sankara, elle n’avait pas à s’inquiéter parce que le mot d’ordre rencontrait les préoccupations des gens. Il faut être vraiment sourd et buté pour ne pas comprendre que le Sénat, dans les conditions actuelles, les Burkinabè n’en veulent pas. Les émissaires du gouvernement qui sont allés dans les régions expliquer le bien fondé du Sénat, n’ont rencontré qu’hostilité. A Ouahigouya, NaabaKiiba, a dû quitter la rencontre, parce que les propos étaient trop durs pour ses oreilles « naabales  ». A Ouagadougou, c’était la même chose à la Maison du peuple. Mais comme on le sait, le Sénat se fera. C’est décidé. C’est inscrit dans le marbre de la constitution. Bonne logique ! Et l’article 37 que l’on veut changer, il n’est peut-être pas inscrit dans la constitution ?

 

 Si le CDP fait aussi bien que l’opposition alors il y a problème

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Les deux mobilisations lors des marches : A chacun son message

Avec tout son poids électoral, le premier parti burkinabè ne fait pas mieux que ses adversaires. Assimi Kouanda devrait plutôt s’inquiéter non ?

 En politique, tout peut être consacré comme une victoire. Surtout les défaites. En une semaine d’intervalle, la majorité et l’opposition ont occupé les rues du pays. Chacun a fait le décompte de ses partisans et en tire une satisfaction politique qui le conforte dans son option. L’opposition est convaincue qu’avec ses 120 000 manifestants à Ouagadougou (c’est le chiffre avancé par le CFOP. Le gouvernement lui parle de quelques centaines de manifestants à Ouagadougou), son opposition au Sénat et à la révision de l’article 37 est largement partagée par les Burkinabè. Son appel semble avoir été entendu dans plusieurs villes du pays, où de nombreuses personnes sont sorties manifester.

Le CDP, une semaine après, a battu le rappel de ses partisans. A Ouagadougou, il dit avoir fait aussi bien que l’opposition, sans avancer de chiffres. Le gouvernement non plus. Ainsi légitimé, le parti au pouvoir a réaffirmé son agenda politique.

– la mise en place du Sénat

– la révision de l’article 37

– la candidature de Blaise Compaoré en 2015

Cet agenda est enrobé dans le thème de la marche « la démocratie et la paix avec Blaise Compaoré ». Ce qui laisse entendre que si Blaise Compaoré n’est plus au pouvoir, ce sera la fin de la paix dans notre pays. Une sombre perspective, prétentieuse qui ne correspond pas forcément à la vérité. C’est vrai que, à force de durer au pouvoir, les obligés de Blaise en viennent à oublier qu’avant leur champion, il y a eu (05) cinq présidents dans ce pays. Si les coups d’Etat militaires ont régulièrement perturbé la vie politique nationale, la paix sociale, elle, est une donnée permanente, indépendante des pouvoirs. On pourrait même, au risque de courroucer nos frères du CDP, dire que c’est la politique hasardeuse de Blaise Compaoré au début des années 1990, qui a failli mettre à mal la paix sociale dans notre pays. Il faut se souvenir des propos de Hermann Cohen, alors secrétaire d’Etat américain qui menaçait de « faire disparaître le Burkina de la carte du monde », à cause du soutien de Blaise Compaoré à Charles Taylor.

En outre ce slogan « la paix avec Blaise Compaoré » insinuant par ailleurs que c’est la guerre assurée si quelqu’un d’autre que lui parvenait au pouvoir, rappelle les chants libériens de la présidentielle de 1997 à la gloire de Charles Taylor « même s’il, (parlant de Taylor), a tué ma mère et mon père, je vote pour lui… ». En chantant ainsi, ils pensaient qu’en lui remettant ce pouvoir pour lequel, il a fait tant de massacre dans le pays, ils auront la « paix » et la « vie sauve ».

L’histoire a donné son verdict depuis. Les libériens se sont lourdement trompés. En donnant le pouvoir à Taylor, ils n’ont rien eu en échange : « ni paix, ni vie sauve ». Il faut donc, manier ces slogans avec intelligence. Quand la paix sociale tient à un individu et à lui seul, autant dire qu’elle n’existe pas. Un intellectuel de haut vol, il a été mon professeur au département d’histoire et d’archéologie, et croyant jusqu’au bout des ongles, notre confrère, L’Observateur Paalga a dit de lui  » qu’il est né le coran entre les mains », aurait dû avoir plus de discernement. Mais il faut croire que les hommes politiques sont tous « même chose, pareil« , pour reprendre le parler populaire de nos quartiers. C’est de Kouanda Assimi évidemment que nous parlons.

Les bons comptes de la marche

Quelque chose a changé, visiblement depuis le 29 juin. Puisque c’est l’opposition qui a l’initiative des actions et impose au CDP de s’adapter.

Avant la marche, le parti majoritaire a multiplié les sorties pour « délégitimer » le projet de l’opposition, espérant que les populations n’y adhèrent pas. Puis la marche a eu lieu avec un écho certain. Le CDP était alors dans l’obligation de battre le pavé pour montrer aussi qu’il avait la maîtrise de la rue et l’adhésion des populations. Sauf qu’en faisant un calcul arithmétique le CDP qui fait avec ses alliés, 80% de la légitimité électorale, aurait dû ne pas faire jeu égal avec le CFOP, mais pulvériser son record. Aucun observateur sérieux ne peut affirmer que les marcheurs du CDP étaient plus nombreux que ceux de l’opposition.

Ensuite le CDP ne semble pas avoir l’initiative des actions. Il est réactif. C’est le CFOP qui semble dicter l’agenda.

Une démonstration pour mieux négocier

Même si les slogans le laissent croire, il est difficile d’imaginer que le pouvoir ne cherche pas une dernière fois à parler du Sénat avec l’opposition avant le 28 juillet. La rencontre préparatoire, furtivement tenue au CENASA, sur l’élection des sénateurs territoriaux montre bien qu’il y a un malaise. A peine une dizaine de partis étaient présents. Dans ces conditions, il est difficile de continuer à dire que la mise en place du Sénat va améliorer le travail législatif en y apportant plus de démocratie. Les 39 sénateurs territoriaux seront exclusivement CDP. L’UPR et la CFDB ont des chances nulles d’obtenir des sénateurs, sauf s’il y a arrangement.

On peut imaginer, dans ce contexte que le CDP qui a montré « qu’il pouvait aussi mobiliser la rue » accepte de provoquer d’ultimes débats avec l’opposition avant de faire le saut dans l’inconnu. En cette matière, comme dans les modifications unilatérales de la Constitution, les passages en force ne portent pas toujours bonheur à ceux qui s’y risquent. En 1997, le CDP avait supprimé la limitation des mandats présidentiels, avant de le rétablir, contraint et forcé par les événements, deux ans après. Dans le Sénat actuel, il est prévu des sénateurs issus des associations religieuses. Le rapport des Sages avaient mis en garde contre la création d’institutions politiques non consensuelles. Ce collège était présidé par l’un des plus respectés prélats de notre pays, Mgr Anselme SANOU. Dans l’ambiance actuelle autour du Sénat, l’Eglise catholique va-t-elle se risquer à y envoyer un sénateur ? On est assez attentif au débat qui s’y mène actuellement. Ce qu’on apprend c’est que des pressions s’exercent actuellement sur le clergé. Si les catholiques devraient refuser d’y siéger, ce serait fatal à cette institution. Alors on fait feu de tout bois. Certains disent même qu’en face, on pourrait aller jusqu’à mettre sur la place publique les conditions financières octroyées à l’occasion du CCRP ? Vrai ou faux ? On le saura bientôt. Le Sénat doit se mettre en place avant septembre. Autrement, l’inconstitutionnalité actuelle va s’aggraver.

Un agenda qui donne raison au CFOP

Les banderoles de la manifestation du CDP confirment bien ce que ne cesse de dénoncer le CFOP. Le Sénat « c’est pour supprimer l’article 37 ». C’est bien le message d’une des banderoles portée par une des marcheuses : « réviser l’article 37 pour la continuité dans la paix et le progrès ». On ne peut pas être plus clair. C’est vrai que Kouanda s’en est défendu estimant que le message était celui d’un des membres de la coalition « républicaine », mais pas celui du CDP. Sauf qu’il n’y a pas longtemps dans une interview à nos confrères de L’Observateur Paalga il avait dit tout le contraire :  » c’est le quatrième congrès du CDP qui a pris cette décision (…) c’est cette position qui est toujours en vigueur au CDP. Elle est bâtie sur l’argumentaire selon lequel, d’une part, on n’a pas besoin de clause limitative pour aboutir à une alternance, et d’autre part, l’article 37 ne figure pas parmi les articles non révisables de la Constitution (in L’Observateur Paalga du 18 juin 2013) ».

Il s’agit aussi de préparer la candidature de Blaise Compaoré à la présidentielle de 2015. Un analyste français qui connaît bien les dirigeants de notre pays a dit récemment dans une analyse à propos de la révision de l’article 37 qu’il s’agissait « d’un fantasme de l’opposition et de la population ». On voudrait qu’il ait raison.

Pour l’instant jusqu’à preuve du contraire, on ne peut imaginer que les jeunes, « les Francoboys » la FEDAP/BC et le CDP s’amusent à poser « un acte gratuit » en dépensant autant d’énergie et d’argent pour rien. C’est vrai qu’au CDP on peut dépenser sans compter, mais on ne jette pas pour autant l’argent par les fenêtres. Ca se saurait autrement.

 Par Newton Ahmed Barry

En deux semaines on a pu voir comment notre pays est irrémédiablement divisé. Deux marches qui expriment deux visions antagonistes de nos réalités.

La première marche est celle des gueux. Ceux-là qui vivent les conditions difficiles d’un Burkina « cailloux ». Excluent de tout et depuis bien longtemps, certains en sont venus à ne rien attendre du système politique en cour. Ils ne croient plus en rien. Ils n’espèrent plus rien. C’est Arba Diallo qui a bien traduit leur pensée profonde : « avant on avait peur de mourir. Maintenant on a peur de vivre…avec ces bandits ». De l’autre ce sont « les enfants gâtés de la république », ceux qui ont tout eu de la République, au point d’en faire maintenant une propriété privée, à préserver et à protéger vaille que vaille. C’est le symbolisme « des lignes rouges ». La république leur appartient. Ils vivent depuis tellement longtemps à ses crochets, qu’ils ne s’imaginent plus en dehors des lambris. C’est pour beaucoup d’entre eux que le Sénat a été imaginé. Il devra en absorber pas mal. La paix ici signifie, le maintien des privilèges. C’est une véritable caste des privilégiés de la République. Dans ces conditions, il est peut-être inutile de prêcher. De dire qu’une institution démocratique doit faire consensus et non accentuer les clivages. Sauf que depuis, certains se sont convaincus que moins il y a du monde, mieux c’est pour le partage du cadeau. Alors s’ils peuvent souffler sur les braises de la division, pour envoyer aussi loin que possible les concurrents pourquoi vont-ils se gêner ? Nous avons suivi les deux marches. L’opposition qui avait peur d’un fiasco a jeté tout son va-tout dans la mobilisation. Mais comme a dit, maître Sankara, elle n’avait pas à s’inquiéter parce que le mot d’ordre rencontrait les préoccupations des gens. Il faut être vraiment sourd et buté pour ne pas comprendre que le Sénat, dans les conditions actuelles, les Burkinabè n’en veulent pas. Les émissaires du gouvernement qui sont allés dans les régions expliquer le bien fondé du Sénat, n’ont rencontré qu’hostilité. A Ouahigouya, NaabaKiiba, a dû quitter la rencontre, parce que les propos étaient trop durs pour ses oreilles « naabales  ». A Ouagadougou, c’était la même chose à la Maison du peuple. Mais comme on le sait, le Sénat se fera. C’est décidé. C’est inscrit dans le marbre de la constitution. Bonne logique ! Et l’article 37 que l’on veut changer, il n’est peut-être pas inscrit dans la constitution ?

 

 Si le CDP fait aussi bien que l’opposition alors il y a problème

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Les deux mobilisations lors des marches : A chacun son message

Avec tout son poids électoral, le premier parti burkinabè ne fait pas mieux que ses adversaires. Assimi Kouanda devrait plutôt s’inquiéter non ?

 En politique, tout peut être consacré comme une victoire. Surtout les défaites. En une semaine d’intervalle, la majorité et l’opposition ont occupé les rues du pays. Chacun a fait le décompte de ses partisans et en tire une satisfaction politique qui le conforte dans son option. L’opposition est convaincue qu’avec ses 120 000 manifestants à Ouagadougou (c’est le chiffre avancé par le CFOP. Le gouvernement lui parle de quelques centaines de manifestants à Ouagadougou), son opposition au Sénat et à la révision de l’article 37 est largement partagée par les Burkinabè. Son appel semble avoir été entendu dans plusieurs villes du pays, où de nombreuses personnes sont sorties manifester.

Le CDP, une semaine après, a battu le rappel de ses partisans. A Ouagadougou, il dit avoir fait aussi bien que l’opposition, sans avancer de chiffres. Le gouvernement non plus. Ainsi légitimé, le parti au pouvoir a réaffirmé son agenda politique.

– la mise en place du Sénat

– la révision de l’article 37

– la candidature de Blaise Compaoré en 2015

Cet agenda est enrobé dans le thème de la marche « la démocratie et la paix avec Blaise Compaoré ». Ce qui laisse entendre que si Blaise Compaoré n’est plus au pouvoir, ce sera la fin de la paix dans notre pays. Une sombre perspective, prétentieuse qui ne correspond pas forcément à la vérité. C’est vrai que, à force de durer au pouvoir, les obligés de Blaise en viennent à oublier qu’avant leur champion, il y a eu (05) cinq présidents dans ce pays. Si les coups d’Etat militaires ont régulièrement perturbé la vie politique nationale, la paix sociale, elle, est une donnée permanente, indépendante des pouvoirs. On pourrait même, au risque de courroucer nos frères du CDP, dire que c’est la politique hasardeuse de Blaise Compaoré au début des années 1990, qui a failli mettre à mal la paix sociale dans notre pays. Il faut se souvenir des propos de Hermann Cohen, alors secrétaire d’Etat américain qui menaçait de « faire disparaître le Burkina de la carte du monde », à cause du soutien de Blaise Compaoré à Charles Taylor.

En outre ce slogan « la paix avec Blaise Compaoré » insinuant par ailleurs que c’est la guerre assurée si quelqu’un d’autre que lui parvenait au pouvoir, rappelle les chants libériens de la présidentielle de 1997 à la gloire de Charles Taylor « même s’il, (parlant de Taylor), a tué ma mère et mon père, je vote pour lui… ». En chantant ainsi, ils pensaient qu’en lui remettant ce pouvoir pour lequel, il a fait tant de massacre dans le pays, ils auront la « paix » et la « vie sauve ».

L’histoire a donné son verdict depuis. Les libériens se sont lourdement trompés. En donnant le pouvoir à Taylor, ils n’ont rien eu en échange : « ni paix, ni vie sauve ». Il faut donc, manier ces slogans avec intelligence. Quand la paix sociale tient à un individu et à lui seul, autant dire qu’elle n’existe pas. Un intellectuel de haut vol, il a été mon professeur au département d’histoire et d’archéologie, et croyant jusqu’au bout des ongles, notre confrère, L’Observateur Paalga a dit de lui  » qu’il est né le coran entre les mains », aurait dû avoir plus de discernement. Mais il faut croire que les hommes politiques sont tous « même chose, pareil« , pour reprendre le parler populaire de nos quartiers. C’est de Kouanda Assimi évidemment que nous parlons.

Les bons comptes de la marche

Quelque chose a changé, visiblement depuis le 29 juin. Puisque c’est l’opposition qui a l’initiative des actions et impose au CDP de s’adapter.

Avant la marche, le parti majoritaire a multiplié les sorties pour « délégitimer » le projet de l’opposition, espérant que les populations n’y adhèrent pas. Puis la marche a eu lieu avec un écho certain. Le CDP était alors dans l’obligation de battre le pavé pour montrer aussi qu’il avait la maîtrise de la rue et l’adhésion des populations. Sauf qu’en faisant un calcul arithmétique le CDP qui fait avec ses alliés, 80% de la légitimité électorale, aurait dû ne pas faire jeu égal avec le CFOP, mais pulvériser son record. Aucun observateur sérieux ne peut affirmer que les marcheurs du CDP étaient plus nombreux que ceux de l’opposition.

Ensuite le CDP ne semble pas avoir l’initiative des actions. Il est réactif. C’est le CFOP qui semble dicter l’agenda.

Une démonstration pour mieux négocier

Même si les slogans le laissent croire, il est difficile d’imaginer que le pouvoir ne cherche pas une dernière fois à parler du Sénat avec l’opposition avant le 28 juillet. La rencontre préparatoire, furtivement tenue au CENASA, sur l’élection des sénateurs territoriaux montre bien qu’il y a un malaise. A peine une dizaine de partis étaient présents. Dans ces conditions, il est difficile de continuer à dire que la mise en place du Sénat va améliorer le travail législatif en y apportant plus de démocratie. Les 39 sénateurs territoriaux seront exclusivement CDP. L’UPR et la CFDB ont des chances nulles d’obtenir des sénateurs, sauf s’il y a arrangement.

On peut imaginer, dans ce contexte que le CDP qui a montré « qu’il pouvait aussi mobiliser la rue » accepte de provoquer d’ultimes débats avec l’opposition avant de faire le saut dans l’inconnu. En cette matière, comme dans les modifications unilatérales de la Constitution, les passages en force ne portent pas toujours bonheur à ceux qui s’y risquent. En 1997, le CDP avait supprimé la limitation des mandats présidentiels, avant de le rétablir, contraint et forcé par les événements, deux ans après. Dans le Sénat actuel, il est prévu des sénateurs issus des associations religieuses. Le rapport des Sages avaient mis en garde contre la création d’institutions politiques non consensuelles. Ce collège était présidé par l’un des plus respectés prélats de notre pays, Mgr Anselme SANOU. Dans l’ambiance actuelle autour du Sénat, l’Eglise catholique va-t-elle se risquer à y envoyer un sénateur ? On est assez attentif au débat qui s’y mène actuellement. Ce qu’on apprend c’est que des pressions s’exercent actuellement sur le clergé. Si les catholiques devraient refuser d’y siéger, ce serait fatal à cette institution. Alors on fait feu de tout bois. Certains disent même qu’en face, on pourrait aller jusqu’à mettre sur la place publique les conditions financières octroyées à l’occasion du CCRP ? Vrai ou faux ? On le saura bientôt. Le Sénat doit se mettre en place avant septembre. Autrement, l’inconstitutionnalité actuelle va s’aggraver.

Un agenda qui donne raison au CFOP

Les banderoles de la manifestation du CDP confirment bien ce que ne cesse de dénoncer le CFOP. Le Sénat « c’est pour supprimer l’article 37 ». C’est bien le message d’une des banderoles portée par une des marcheuses : « réviser l’article 37 pour la continuité dans la paix et le progrès ». On ne peut pas être plus clair. C’est vrai que Kouanda s’en est défendu estimant que le message était celui d’un des membres de la coalition « républicaine », mais pas celui du CDP. Sauf qu’il n’y a pas longtemps dans une interview à nos confrères de L’Observateur Paalga il avait dit tout le contraire :  » c’est le quatrième congrès du CDP qui a pris cette décision (…) c’est cette position qui est toujours en vigueur au CDP. Elle est bâtie sur l’argumentaire selon lequel, d’une part, on n’a pas besoin de clause limitative pour aboutir à une alternance, et d’autre part, l’article 37 ne figure pas parmi les articles non révisables de la Constitution (in L’Observateur Paalga du 18 juin 2013) ».

Il s’agit aussi de préparer la candidature de Blaise Compaoré à la présidentielle de 2015. Un analyste français qui connaît bien les dirigeants de notre pays a dit récemment dans une analyse à propos de la révision de l’article 37 qu’il s’agissait « d’un fantasme de l’opposition et de la population ». On voudrait qu’il ait raison.

Pour l’instant jusqu’à preuve du contraire, on ne peut imaginer que les jeunes, « les Francoboys » la FEDAP/BC et le CDP s’amusent à poser « un acte gratuit » en dépensant autant d’énergie et d’argent pour rien. C’est vrai qu’au CDP on peut dépenser sans compter, mais on ne jette pas pour autant l’argent par les fenêtres. Ca se saurait autrement.

 Par Newton Ahmed Barry