Pour la construction de son Ambassade au Burkina et au Mali, la République fédérale du Nigéria a retenu l’entreprise Adio Construction. Celle-ci a sous-traité avec Niané Koutou, un tâcheron burkinabè pour la réalisation des travaux de maçonnerie, de menuiserie et de ferraillage. Adio Construction est redevable de 15 925 000 fcfa. Elle refuse de payer malgré une condamnation en justice. Récit d’un quiproquo qui manque de frôler un incident diplomatique.

ambssade_nigeria.jpgC’est connu, l’argent c’est le nerf de la guerre ! Il est également dit que les crédits entre potes affectent négativement leur relation. C’est bien ce qui se passe aujourd’hui entre l’entreprise Adio Construction et Niané Koutou. Ce dernier était connu de l’ambassade du Nigéria au Burkina à travers de petits travaux qu’il y effectuait. La nouvelle ambassade est construite dans le quartier cossu, Ouaga 2000. Adio Construction, dirigé par feu Ajisafé Muyiwa (entrepreneur nigérian), a eu le marché de la construction de l’édifice diplomatique. Il descend alors à Ouagadougou. Nous sommes en 2009. Ajisafé Muyiwa suggère à Niané Koutou de construire un petit magasin pour le stockage du ciment. Ce petit marché sera très important dans la suite de leurs relations. Le test s’avère concluant et Ajisafé Muyiwa décide de poursuivre le partenariat avec M. Koutou. Le plan de construction du grand bâtiment est ensuite soumis au sous-traitant à qui il est demandé de faire un devis. Ce qui fut fait. 33 850 305 fcfa c’est le montant total. Il consent un rabais de 150 305 fcfa. Ainsi le devis définitif est ramené à 33 700 000 fcfa. Rappelons qu’Adio Construction devait à M. Koutou, la somme de 650 000 fcfa pour des travaux antérieurs exécutés. Au total, l’entreprise lui était donc redevable de la somme totale 34 350 000 fcfa. Mais elle a avancé la somme de 25 100 000 fcfa. Le reliquat dû est de 9 250 000 fcfa mais Ajisafé Muyiwa accuse un manque d’argent disponible pour solder le compte.

Le chantier du Mali

C’est avec ce passif qu’Ajisafé Muyiwa entame un autre chantier de construction de l’Ambassade du Nigéria au Mali pour lequel il a encore sollicité la collaboration de Niané Koutou. Ce dernier émet des réserves au regard de la dette précédente. Mais Ajisafé Muyiwa le rassure : « de là je vais profiter payer mon dû.» C’est fin 2010. Monsieur Koutou met en mouvement ses employés. Destination le Mali. Son devis est estimé à 40 millions fcfa. Plus le temps passe et plus l’inquiétude de Koutou grossit. Il propose à l’entrepreneur Muyiwa d’additionner le passif et l’actif pour obtenir le montant total à apurer. Le nigérian ne trouve pas d’inconvénients. Mais à la fin des travaux, ce dernier refuse catégoriquement de payer. « Il me dit d’aller me plaindre où je veux » explique Koutou. Sur les travaux du Mali, la facture impayée s’élève à 6 675 000 fcfa. Au total donc, l’entreprise Adio Construction doit à Koutou la somme de 15 925 000 fcfa au titre des deux chantiers. Monsieur Koutou entame des démarches pour que l’affaire soit réglée à l’amiable mais sans succès. La seule fois qu’Ajisafé Muyiwa aurait accepté ce schéma, sa proposition n’a pas été du goût de Koutou. Il lui proposait en effet de laisser tomber tout ce qu’il lui doit. En contrepartie, il va lui confier d’autres chantiers hors du Burkina. Koutou refuse cette offre : « Même si je le voulais, je ne peux pas. Je n’ai plus d’argent et mes employés ne vont pas accepter travailler à crédit » explique-t-il. C’est donc en désespoir de cause qu’il fait recours à la justice afin de rentrer dans ses droits. Le 11 juillet 2012, le Tribunal de grande instance de Ouagadougou rend son verdict. Il est sans appel : l’entreprise Adio Construction est condamnée à payer la somme due. Le montant total va s’élever à 18 192 684 fcfa. Malgré cette décision de justice, l’entreprise ne s’exécute pas. L’avocat de monsieur Koutou va tenter à deux reprises la saisie des comptes bancaires de l’entreprise au Burkina. Mais ces comptes sont sans provision. C’est à la troisième tentative qu’il découvre la somme de 6 millions fcfa. Cette somme a été versée pour permettre de construire les locaux des employés de l’ambassade. Ajisafé Muyiwa négocie avec Koutou pour lui concéder 2 millions pour le règlement des frais d’huissier et pour garder les 4 millions pour la poursuite des travaux. M. Koutou marque son accord pour la proposition. Nous sommes en avril 2015.
Le 24 février 2016, un protocole d’accord est signé entre les deux protagonistes assistés de leurs conseils respectifs. Dans ce document « l’entreprise reconnait le bien-fondé de la réclamation de monsieur Koutou pour la somme totale de 18 192 684 fcfa. » Elle opte d’approcher Niané Koutou pour négocier l’abandon partiel de la créance afin de ne payer que la somme forfaitaire de 12 millions fcfa. Un montant qu’elle s’engage à solder en deux tranches maximum. Ce qui revient à dire que monsieur Koutou s’est également engagé à accepter la perte de 6 192 684 fcfa. La société s’est ainsi engagée à payer les 12 millions fcfa selon les modalités suivantes : un paiement immédiat de 2 millions de CFA dès la signature du protocole d’accord, le restant, soit 10 millions de fcfa devant être payé au plus tard le 30 mars 2016. Monsieur Koutou attend toujours.

Le recours (infructueux) à l’Ambassadeur

Dès début 2012, Niané Koutou va contacter l’ambassadeur du Nigéria. La demande d’audience date du 28 février de ladite année. Il souhaite ainsi échanger avec le diplomate sur la question « des désagréments survenus sur le chantier de la construction » de l’Ambassade. C’était également l’occasion pour lui rappeler la rencontre que l’ambassadeur envisageait entre lui et l’entrepreneur Ajisafé Muyiwa. Le temps passe mais rien de concret ne sort du côté ambassade. Sa dernière correspondance date du 27 mars 2017. Elle était adressée au chargé d’affaires de l’ambassade du fait que l’ambassadeur lui-même était absent. A écouter monsieur Koutou, l’attitude des autorités de l’ambassade fait douter. Selon ses explications, lorsqu’il se rend à l’ambassade, on lui fait comprendre que quand l’entrepreneur sera là, il sera avisé pour une rencontre d’échange. Mais à chaque fois, ce sont d’autres personnes qui l’informent de ce que le monsieur est là et qu’il est sur le point de repartir. Les choses se passent ainsi jusqu’à la mort de l’entrepreneur au cours de l’année quelque temps après la signature du protocole d’accord. Son fils qui a repris l’affaire aurait pris l’engagement de régler toutes les notes de son défunt père. Mais le 5 juin dernier, ce dernier propose à M. Koutou la somme de 4 millions pour solde de tout compte. M. Koutou refuse la proposition. La situation dégénère à l’ambassade. Le chargé d’affaire devient furieux. Il interdit désormais à Koutou de mettre les pieds à l’ambassade et d’aller se plaindre où il veut. Le 7 juin dernier, nous y sommes allés. Après plus d’une heure d’attente, le chargé d’affaire nous demande de suivre la procédure administrative. Qu’à cela ne tienne ! L’entreprise est toujours sur le chantier pour la construction des locaux des employés. La crainte aujourd’hui, si le chantier finit et que l’entrepreneur rentre chez lui, c’est peut-être perdu à jamais pour Niané Koutou. Son avocat a donc adressé une correspondance le 22 mai dernier au ministère des affaires étrangères pour demander son intervention.

Par Basidou KINDA