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Le programme des obsèques l’avait ainsi prévu. Levée du corpsà 9H le lundi 9 juin. Tôt le matin, des représentants de la famille s’étaient rendus à l’hôpital Blaise compaoré où ils ont procédé aux formalités d’enlèvement du corps. Déjà vers 8H, la maison mortuaire était déjà bondée de monde. Dé Millogo, président du Conseil constitutionnel, entouré de son équipe, en robe de cérémonie sont déjà installés. Progressivement, le reste des hautes juridictions mais aussi des magistrats de toutes les juridictions accourus à l’appel de leurs syndicats arrivent et prennent place.  Barthélémy Kéré arrive à son tour et prend place. 8h 32 Roch et Simon Compaoré font leur entrée. Pendant que le premier allait se recueillir, Simon prend place juste à l’entrée de la concession et prend soin de garder une place à Roch qui revient le rejoindre. Entre temps, le Chef d’état-major particulier du président du Faso, le général Gilbert Diendéré fait le tour et serre des mains. Il arrive vers Roch et Simon, le duo baisse les visages à terre prenant la tête entre les deux mains. Le général les ignore également et va s’assoir loin d’eux. Toussaint Abel Koulibali le ministre des collectivités territoriales lui adresse un salut aux mentors du MPP à distance. Ces derniers répondent d’un geste de la main, le visage serré. Parmi les personnalités présentes, il y a Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition, Lassina Diawara de la Chambre de commerce, Saran Sérémé et de nombreux députés

 La prière mortuaire ne dure que quelques minutes. Dehors, le long de la voie entre le Ministère de l’Environnement et l’ambassade du Canada, des jeunes portent des pancartes, arborent un brassard portant la mention Mouvement Brassard Noir et scandent des slogans virulents. Une dame coordonne ce mouvement, madame Balkissa Konaté. Magistrats retardataires et dignitaires du régime sont accueillis par des quolibets. Les juges sont traités de pourris, tandis que le hééééy de l’opposition est scandé en direction des ministres et autres barons du CDP. Il est l’heure de la levée du corps. Dé Millogo et quelques uns de ses collègues ont du mal à rejoindre leur véhicule. Ils sont accueillis par un brouhaha de jurons hostiles réclamant Justice pour Salifou Nébié.

Le cortège s’ébranle vers le cimetière de Gounghin. Deux heures de procession. En tête de file, des motards de la police municipale, immédiatement suivis par les jeunes du Mouvement brassard Noir. Au pas de course, ces jeunes en colère, mégaphone au poing, impriment leur rythme au cortège, sur les quelques 10 km qui séparent le domicile du cimetière. Les figures de proue du Balai citoyen en l’occurrence Sam’k le Jah et son compagnon Smockey sont du cortège. Tout au long du parcours, l’animation lance des slogans sulfureux : « président, assassin ». Les plus audacieux tranchent : « Blaise, assassin » ; « François, assassin » ; « Diendéré, assassin  » ; « Assami, assassin » ; « Arthur Kafando, assassin  ». Les badauds au bord de la voie contemplent les marcheurs. Comme pour les entrainer, une voix s’élève à leur endroit : « Blaise a encore tué » Certains rétorquent : « Blaise, c’est Dieu qui va régler ton compte  ». Dans le cortège certains égrènent la liste de quelques personnes assassinées sous le régime Compaoré : « Nébié Flavien,élève. Norbert Zongo, journaliste. Dabo Boukari, étudiant. Nebié Salifou, juge, c’est foutaise. » Les pancartes étaient aussi au rendez-vous : « Qui a tué Salifou ?  » « justice pour Nebié » ; « Justice et sécurité pour les Burkinbè ». L’équipe de l’animation reçoit du renfort. Mégaphone au poing, Smockey entonne : « Nous sommes debout ce matin, pour réclamer justice. Les criminels de la République ont encore frappé. « Blaise, le peuple aura ta peau  ». Un jeune remonté se lâche en moré devant les micros ouverts des journalistes : « On est fatigué. Cette fois on va appeler la pluie pour qu’elle frappe. Et tous ces assassins vont mourir  ». La longue file s’accordera des pauses assises par moments tout un long de l’itinéraire. Pendant ces pauses certains miment des pleurs.

Au cimetière, une grande foule attend le cortège. Le programme des hommages prévoit quatre intervenants parmi lesquels, Dé Millogo, au nom de sa juridiction. Mais les jeunes ne veulent pas l’entendre. Il leur rappelle l’image de la justice aux ordres. Eux ils ont déjà leurs coupables. Toujours les mêmes qui endeuillent le pays : Blaise Compaoré, François Compaoré et la belle mère. C’est une famille infernale. Il faut qu’ils débarrassent le plancher.

M. Millogo commence son discours dans un concert de protestation et de huées. Le protocole lui demande quand même de poursuivre. Il s’exécute, stoïque. Jusqu’à la fin, son discours restera inaudible. Lui succédera le représentant du SAMAB. Ce dernier a plus de grâce aux yeux des jeunes. Il est acclamé par moments en particulier lorsqu’il engage les magistrats à traquer les assassins de Salifou Nébié. Puis c’est au tour du représentant des amis. Il s’agit de Germain Bitiou Nama, le directeur de publication de l’Evénement. Il a été le dernier à parler au juge Nébié. Il rappelle leur derniers échanges et s’engage au nom des amis : « Plus que jamais nous nous battrons pour démasquer tes assassins et leurs commanditaires et plus encore pour le triomphe de cet idéal de paix qui t’était si cher ». Emouvante et pathétique a été l’intervention de la représentante des enfants. Celle-ci rappelle que le juge était le pilier de la famille et même de son village. Il les incitait à travailler parce qu’il ne sera pas toujours là pour les aider. Entre des sanglots, elle parvient tout de même à finir son discours.

Deux autres personnes demanderont à parler. Un voisin de quartier du juge Nébié. Faut-il le rappeler, il était du quartier Koulouba. Et de rappeler l’esprit de fraternité qui animait les enfants de ce quartier dont deux de ses enfants sont inhumés dans la même journée. Le dernier intervenant est un représentant des jeunes de Léo. Il révèle que le juge Nébié était très inquiet pour sa vie depuis un entretien qu’il aurait eu avec le chef de l’Etat qui n’aurait pas abouti. Il leur avait demandé en guise d’action de grâce d’immoler trois moutons.

 Le juge Nebié Salifou a définitivement élu son dernier domicile au cimetière de Gounghin sous un climat atypique. Le ciel s’était brusquement assombri par des nuages noirs, Signe de deuil céleste ? Et un vent de poussière rouge balayait l’atmosphère. Signe de colère et de révolte probable.

Hamidou TRAORE

 

 Ils ont déclaré

 « C’est un crime abominable et aussi révoltant rarement vu. On veut que la justice soit dite… »

Arba Diallo

« Notre Mouvement brassard noir est né pour lutter contre les assassinats dans notre pays. Noustrouvons que le gouvernement est plus en sécurité que le peuple Burkinabè. La population est en danger on ne veut plus ça dans notre pays. Nous demandons que le gouvernement soit dissous, que le ministère de la justice soit dissous. Nous ne voulons plus jamais de ces gens là dans notre pouvoir ».

Madame Konaté Balkissa, coordonnatrice du Mouvement brassard noir

« Notre sentiment est unique. C’est la justice que nous demandons. Il faut qu’on réagisse sinon le pouvoir de la 4e république va endeuiller toutes les familles. Je ne dis pas qu’il est directement responsable de l’assassinat de Nebié parce qu’il n’y a pas encore de preuve. Mais c’est le devoir du président d’assurer la sécurité de chaque citoyen Burkinabè donc en vertu de cela je pense que le premier responsable s’appelle Blaise Compaoré. Ce crime est inacceptable, donc justice ».

Sam’K le Jah

Propos recueillis par HT