Il a hésité. Mais il a fini par avouer sa candidature. La constitution est modifiable. Avec les bons résultats qu’il a aujourd’hui, il va rester, parce que le peuple le veut.

Comme à la veille de 2010, le président Blaise Compaoré a choisi le temps d’une interview à des médias français pour annoncer sa candidature en 2015. C’est précisément sur les antennes de RFI/TV5 à l’émission « Internationales » diffusée le dimanche 8 décembre.

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Blaise Compaoré et l’élection de 2015, plus de mystère

Pendant près d’un quart d’heure, il n’a pas louvoyé et il est allé franco. Depuis combien de temps est-il au pouvoir ? Lui demande la journaliste « depuis un moment » répond Blaise. « Vous ne vous souvenez plus depuis quand vous êtes au pouvoir » ? Réponse sibylline « je ne me souviens plus ». Reparti e de la journaliste « C’est depuis 1987 » « C’est ça » acquiesce Blaise Compaoré. Voilà comment le quart d’heure de la déclaration de candidature a débuté. Quelques instant avant, le président du Faso avait expliqué que les « crises actuelles en Afrique de l’ouest, dans lesquelles il est médiateur, naissent de la mal gouvernance et l’absence de l’inclusivité des forces politiques à la gestion du pays ». Une perche tendue aux journalistes qui lui demandent alors si chez lui sa gestion politique est inclusive ? Est-ce qu’il associe son opposition ? Réponse de Blaise Compaoré « chez lui les élections sont organisées régulièrement et il y a une constitution depuis 1991 qui est respectée ». Sans doute pour dire qu’au Mali qui ploie actuellement sous une crise politique implacable il n’y a jamais eu de constitution et jamais non plus d’élections.

Les questions des journalistes se recentrent sur son avenir politique après 2015. Sa réponse est sans ambages et s’articulent sur deux piliers :

– La constitution est modifiable. L’article sur la limitation des mandats présidentiels n’est pas interdit de modification. Il indique adroitement à ses interlocuteurs, que la constitution vient d’ailleurs d’être modifiée par les trois quart des députés. Une façon sans aucun doute d’indiquer sa préférence, mais surtout et c’est plus important d’informer qu’il dispose désormais de députés nécessaires pour modifier l’article37 de la constitution. Avec le parlement actuel, il dispose des trois quarts nécessaire à la modification de la constitution. C’est une information capitale que Blaise Compaoré vient de donner.

– Ensuite le peuple est avec lui. C’est une base argumentaire constante de Blaise Compaoré. Il est convaincu que le peuple Burkinabè est majoritairement avec lui dans son projet de se maintenir au « pouvoir à vie ». Il est revenu encore sur ce qu’il croit être l’essentiel pour le peuple. De son avis le peuple burkinabè « s’en fout du temps qu’un président peut passer au pouvoir, du moment qu’il fait des résultats ».

Les bons résultats de Blaise Compaoré !

La croissance économique est à deux chiffres, le pays est stable politiquement et les institutions internationales, comme Transparency créditent le Burkina d’un bon classement. Il est parmi les pays africains, les moins corrompus. Sur le plan national, les indicateurs de la pauvreté ne sont pas terribles, fait remarquer un journaliste, mais Blaise Compaoré a sa réponse « C’est parce que le pays vient de loin ! ». Il faut donc comprendre que les progrès réalisés ne puissent pas encore se refléter dans le quotidien des Burkinabè. Il pense cependant, que d’ici à 2025 ce devrait être possible de constater les améliorations dans la vie des Burkinabè. Est-ce qu’il reviendra à cette échéance sur le plateau de RFI/TV5 pour en discuter avec les journalistes ? « Peut-être que non ? » Ouf ! Diront les contempteurs du président. Voilà pour la première fois au moins un horizon au-delà duquel, le Burkina pourrait ne plus avoir besoin de Blaise Compaoré. C’est clair donc, Blaise pour la stabilité politique « qui est une denrée rare, insiste t-il sous nos contrées » et parce que les burkinabè ne demandent que ça, va encore rester à la tête du pays pour au moins une décennie. L’horizon c’est au moins 2025.

La messe est donc dite. L’opposition n’a plus à se demander si Blaise ira ou pas en 2015. Elle doit s’apprêter à l’affronter dans les urnes. Cela ne fait plus l’ombre d’un doute. L’année 2014 va consister à créer les conditions légales d’une cinquième candidature. Elle va se faire par la voie parlementaire. Avec ou sans Sénat. Le verrou de la limitation des mandats présidentiels va sauter. Il fallait s’y attendre. Mais on a beau s’y attendre on espérait quand même que les Dieux inspirent mieux Blaise Compaoré pour qu’il s’évite une sortie de scène aussi calamiteuse que la façon dont il y est entré. Mais visiblement c’est écrit qu’il ne s’en sortira pas par la grande porte. Qu’il va gaspiller le peu de crédits qu’il avait su accumuler. Et on se prend à l’entendre en certains des aspects de son discours du 19 octobre où il disait « que les événements avaient défilé à une telle allure qu’ils l’avaient rendu maître d’une situation qu’il n’avait pas désirée ». Bientôt trois décennies après, comme une malédiction, Blaise reste encore le « jouet » des événements qu’il n’apprivoisera jamais sans doute. Un saut dans un cul de sac dont l’histoire a montré qu’il n’a jamais grandi personne. Et dire que c’est un historien émérite qui se trouve, par le hasard des choses être son conseiller au moment où il s’apprête à faire ce saut périlleux dans l’abîme.

 Newton Ahmed BARRY 

Le Burkina se porte t-il vraiment bien ?

Les indicateurs macro le laissent croire. Mais une approche fine permet d’en douter.

Le Burkina dans l’UEMOA et dans l’espace CEDEAO connait des performances économiques fort appréciables depuis 1994. En moyenne sur la période, le pays n’a pas connu de récession. La croissance moyenne est de 5%. Il y a des pics d’environ 8% de croissance. En juillet de cette année, dans l’euphorie on avait annoncé une croissance d’environ 9%, tirée par l’or, dont la production avait atteint 43 tonnes et dont les cours mondiaux étaient intéressants. Finalement, la croissance économique de 2012 restera moins importante. Pour 2014, le FMI pense même qu’elle devrait régresser pour se situer autour de 7%. La croissance à deux chiffres proclamée par le président pendant l’émission « d’annonce de sa candidature » reste encore largement une vue de l’esprit. Il y a de fortes chances qu’elle n’intervienne pas pendant le mandat qui s’achève. L’émergence annoncée dans le programme du président restera un simple slogan.

Il reste à présent les appréciations des institutions internationales sur le côté vertueux de la gouvernance qui est conduite au Burkina. Transparency Internationale qui a rendu son rapport 2013 public, maintient le Burkina à la 83e place au niveau mondial avec un score de 38 points. Au niveau sous régional le Burkina vient après le Cap Vert, le Ghana et le Sénégal. Ce sont les trois pays de tête en matière de gouvernance vertueuse dans notre sous région. Le Burkina est quatrième et partage ce rang en exo avec le Liberia de Ellen Sirleaf Johnson. Si on devait apprécier, il est fort probable que les lauriers aillent au Libéria, dont la renommée en cette matière était bien établie et qui a dû faire des efforts pour soigner son image. A contrario ce rang n’honore pas forcément le Burkina Faso. Se retrouver à ce rang, pour un pays qui porte son intégrité comme un drapeau, « Burkina pays des hommes intègres », c’est un grave recul. Mais comme il faut bien se réjouir de quelque chose, alors on fait comme le Cameroun, un pays scandaleusement riche qui a fêté des semaines durant son admission au statut de PPTE. A l’indépendance, dans les années 1960, le Cameroun, dit-on, prêtait de l’argent à l’Indonésie. Quatre décennies après c’est le même Cameroun qui est fier d’être parmi les pays pauvres très endettés. Les africains ne sont pas à une contradiction près. 

Il reste maintenant la bonne appréciation qui est faite de la gestion des finances publiques par le gouvernement burkinabè. L’enquête qui est menée par des consultants, dont notre compatriote Idrissa Ouédraogo, par ailleurs directeur de publication de « Défis économiques » fait bien la différence entre la carrosserie et la mécanique. Du point de vue de la carrosserie, c’est-à-dire les règles, les textes et les structures, le modèle burkinabè est parmi les plus parfaits. Sauf que, à l’épreuve les dysfonctionnements sont trop nombreux. Les marchés publics sont passés dans des conditions terribles d’opacité.

C’est exactement ce que dit la mission FMI conduite par Laure REDIFER qui a rencontré la presse, après sa mission du 17 au 30 octobre 2013. Si le Burkina a fait des efforts dans la gestion des finances publiques, la question des marchés publics reste un problème. Il faut donc espérer que le Burkina ne se réveille pas un jour dans la peau de la Grèce. 

NAB