Ils sont trois officiers supérieurs qui ont décidé de briguer Kosyam, pour le moment. Pour les « insurgés » en chef des 30 et 31 octobre, la pilule ne passe pas. Il faut à tout prix leur interdire de faire acte de candidature, quitte à écrire une loi sur mesure contre eux !

C’est le président du CNT qui a failli s’étrangler à l’émission « Dimanche politique  » à l’évocation du sujet par le journaliste. Pour le patron du parlement de la transition « ces gens avec leur couilles bien dressées  » ne participeront pas au scrutin couplé d’octobre. Ambiance ! On s’imagine que le CNT ne se privera pas d’abuser de ses prérogatives pour atteindre « ses fins  ». Pour une telle action de salubrité publique on peut passer en perte et profit les obligations de l’Etat de droit qui édicte qu’on ne fait pas de loi sur mesure. La transition des Ibriga, Loada, Bagoro, Soma et j’en oublie serait-elle, celle qui se torche avec les normes ?

On ne craint pas parfois les absurdités !

Ceux qui sont vent debout contre la candidature des militaires sont aussi curieusement les « tirailleurs de Zida, proclamé institution de l’Etat, contre qui toute égratignure n’est pas autorisée ».Ont-ils oublié qu’il s’agit d’un militaire bon teint bon genre, officier supérieur de son état ? Ceux qui sont contre les militaires dans la politique posent une question de principe ou du moins pose le problème sous l’angle du principe. Les militaires doivent s’occuper des questions de Défense et laisser les civils s’occuper de la politique. Si les choses sont ainsi posées, il faut que cela prévale pour tout le monde.Sans exception. On doit donc commencer par interroger la conduite d’une transition politique sous la houlette d’un premier ministre qui est à ce poste en cette qualité de militaire. Les « anti militaire en politique  » peuvent arguer que pour Zida ça ne pose pas de problème, puisque selon les dispositions de la charte de la transition, il ne peut être candidat à aucune fonction élective politique en octobre prochain. Mais dire ainsi les choses c’est ignorer l’incongruité de la démarche. Un militaire chef, tout puissant, de la transition acceptera-t-il d’être l’instrument de « l’exclusion des militaires de la politique » ? Est-ce que c’est imaginable ? Il est peu probable, que Zida, à qui personne n’a demandé de se mettre en réserve de l’armée, dès qu’il a été nommé et qu’il a accepté d’être chef de gouvernement, commette la deuxième grave erreur de sa carrière politique. La première dont il se relève difficilement a été sa tentative de « dissoudre le RSP, sous la pression de ses amis OSC et aussi pour des raisons personnelles de positionnement politique  ». La réaction de ses frères d’armes a été tellement foudroyante qu’elle l’a fragilisé pour longtemps. Prendra-t-il le risque d’être l’instrument de l’exclusion des militaires de participation à la politique ? On peut parier qu’il ne franchira pas le Rubicond. Il ne le fera pas parce que ce serait se tirer lui-même une balle dans les pieds. Qui peut parier aujourd’hui que Zida ne reviendra pas en politique ? Celui qui est intéressé peut prendre le pari. Comme on dit faites vos jeux, rien ne va plus.

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Sur quelle base interdire ?

Que les militaires aient gouverné ce pays près de 48 ans, peut-il autoriser une attitude d’ostracisme contre les militaires ? Autant un esprit bien éclairé a dit que « la chose militaire est très importante, pour qu’on l’abandonne entre les mains des militaires  », autant il est inimaginable que la politique reste une chose exclusive des civils. Un militaire en fonction ne fait pas la politique. Il n’a pas le droit de se syndiquer. Mais un militaire qui veut faire la politique doit déposer la tenue. Il en est de même pour les magistrats.
En fonction, la politique leur est interdite. Mais s’ils veulent la faire, alors ils déposent la toge. Il y a donc des clauses dérogatoires pour les militaires et les magistrats si l’envie de faire la politique les prend. Est-il possible d’aller au-delà ? Il est bien sûr possible, mais avec de gros risques. Si les militaires ont dirigé aussi longtemps ce pays, on ne les écartera pas avec de simples oukases.
D’ailleurs à chaque fois qu’ils sont venus au pouvoir ont-ils demandé la permission des civils ? Zida a-t-il demandé et obtenu la caution des civils le 31 octobre avant de se proclamer chef d’Etat ? Les éléments de la société civile qui sont allés demander aux officiers de prendre leur responsabilité, le matin du 31 octobre à l’Etat-major, n’ont-ils pas été à leur insu l’instrument d’un plan déjà bien ficelé ? Si Zida a participé à la réunion de l’Etat-major les 30 et 31 octobre, c’est en tant que « ambassadeur » du RSP. S’il a fini par coiffer le général Honoré Naberé au poteau, c’est parce que le RSP en a décidé ainsi.
Il est illusoire de croire que sous une transition de cette nature on pourrait décider l’interdiction définitive faite aux militaires de faire la politique. Il faut plutôt civiliser cette accession au pouvoir des militaires. Si certains d’entre eux se sentent en capacité de prendre les rênes du pays, alors qu’ils déposent l’uniforme et descendent dans l’arène. Les dispositions qui prévoient actuellement cette possibilité laissée aux militaires de faire la politique sont celles généralement admises. Le militaire qui veut faire la politique a deux choix : démissionner ou demander et obtenir une disponibilité (lire ci-contre ce que disent les lois du Burkina).
Et puis pour ôter toute possibilité aux militaires de diriger le pays, il faut que les civils réussissent. Si la gouvernance civile se révèle incapable de satisfaire les besoins vitaux et fondamentaux des citoyens, ce sont les burkinabè eux-mêmes qui iront chercher les militaires dans leurs casernes pour leur offrir le fauteuil présidentiel. Et ça aucune oukase n’y pourra rien.

Une proposition qui pourrait être retoquée par le Conseil constitutionnel

Si la proposition de loi qui est projetée d’interdire ou de corser les conditions d’entrée en politique des militaires étaient adoptée, il est peu probable qu’elle passe le veto du Conseil Constitutionnel qui est désormais présidé par un Kassoum Kambou. Sauf à changer la Constitution. Or à ce sujet, toute révision constitutionnelle dans les délais qui nous séparent du scrutin d’octobre tomberait sous le coup de la loi africaine qui avait été brandie contre Blaise Compaoré. Interdire les militaires, pour les dirigeants de la transition ou les forces de la transition, c’est obstruer une possibilité d’alternance. Cela n’est pas admis par la loi africaine sur les élections et la démocratie n