Depuis le 04 mars au soir, le CDP originel est mort. Le « M4 », prosaïquement surnommé « le front de refus » tarde à naître. Mais les deux clans s’épient. Malheur à celui qui sera pris en défaut.

 

Le CDP n’est plus un parti, c’est un terrain de chasse. Chacun est tour à tour « gibier » et « chasseur » entre les deux, le ballet incessant des leurres et des bonimenteurs, exactement comme en 1987, à la veille du 15 octobre. Il n’y a plus de doute, quelque chose va se passer au CDP. Mais quoi ? Et quelle en sera l’ampleur ? Beaucoup en sont convaincus et à l’intérieur, on s’y prépare.

Les acteurs visiblement ne prennent plus la peine de se cacher. Au secteur 15, là où habite l’ancien patron du parti, Roch Marc Christian Kaboré, la responsable de la structure de base s’est entendue dire, sans autre forme de procès, on va te remplacer parce que tu es proche de Roch. Celle qui est pressentie pour te remplacer est une fidèle de Keita, le secrétaire de François Compaoré. Les choses ont été dites « clair, clair » à la dame, pour parler comme nos frères ivoiriens. Comme ça, chacun sait à quoi s’en tenir. L’opération de renouvellement des bases du parti procède d’une clarification des appartenances. Il y a des endroits où les fidèles du « Front » font de la résistance, mais globalement la consigne « non officielle » est d’obtenir une base conforme à l’orientation actuelle du bureau exécutif. Surtout dans la perspective des législatives à venir. Ce scrutin devrait consolider l’orientation nouvelle, avec des élus du « cru ». Cela devrait être aussi, le coup de grâce pour les « conseillers ». La première attaque les avait surpris. Vont-ils assister sans rien faire au coup de grâce qui se prépare ? C’est là l’enjeu des « jeux » qui se jouent actuellement en sourdine.

 

Ne pas se laisser surprendre

 

Une réunion du bureau politique prévue dans les tous prochains jours, devrait constituer un tournant important. Un des leaders du « Front » submergé par les sollicitations sécessionnistes, écoute, mais ne dit rien. Ou du moins pas directement. Il sait, pour avoir pratiqué la faune politique burkinabè, que 80% de ceux qui viennent s’épancher chez lui s’empressent d’aller rapporter de l’autre côté. Or justement de l’autre côté on aimerait bien que tout ce monde s’en aille, en lui savonnant autant que faire se peut la planche. Au sein du parti, c’est donc l’expectative. La session du bureau politique, prévue pour les prochains jours, va être un rendez vous important. Les « Frontistes » espèrent que leurs partisans auront suffisamment de « c… » pour poser ouvertement les problèmes au sein de cette instance et créer ainsi un rapport de force. L’enjeu c’est la composition des listes électorales pour les élections couplées. Si à ce rendez vous du bureau politique, le rapport de force n’est pas inversé, alors ce sera la bérézina pour les « frontistes » et leurs alliés. Les listes seront composées sans eux et contre eux. En ce moment là, les leaders putatifs du « Front » vont soit se démettre pour toujours ou sortir du bois pour officialiser leur obédience. Le code électoral impose des dispositions pour la déclaration de candidature. Un parti politique pour présenter des candidats doit avoir une existence d’au moins 70 jours avant le vote. Les élections couplées sont prévues pour le 2 décembre 2012. Il ne reste donc plus beaucoup de temps pour se décider.

 

Le bon timing !

 

Pour ceux qui seraient tentés par le large, il y a le handicap de la loi. Le nomadisme politique est interdit. Ceux qui s’y risquent, perdent automatiquement leur mandat. Comment ne pas se découvrir et continuer à bénéficier des avantages des mandats électoraux ? Beaucoup sont dans le dilemme. Ils ne sont pas nombreux, les « Ouali » au Burkina Faso. Député élu sur la liste du Rassemblement pour le développement du Burkina (RDB), Ouali, ancien maire de Gaoua, avait rejoint l’Union pour le Changement (UPC) en sacrifiant son mandat. Si telle que les choses se présentent, certains députés CDP devaient répondre aux sirènes de la sécession, ils renonceraient du même coup au bénéfice du « bonus » (rallongement de la durée du mandat pour un an, au plus) récemment accordé. Ceux qui fréquentent le président de l’assemblée nationale ont pu constater que son bureau est presque vide. Depuis qu’il a pris tout le monde de court, y compris son pater, selon des sources bien informées, en annonçant qu’il renonçait à briguer la tête du parti, il avait pris ses précautions. Il s’est préparé à toute éventualité, sans « aucune acrimonie », expliquent certains. Il assume parfaitement sa part de responsabilité dans la gestion du régime. Mais il est parfaitement lucide. Il explique à certains, d’ailleurs, avoir à plusieurs reprises prévenu le chef de l’Etat de certaines dérives. Est-ce cela qui lui a valu les mises en causes acerbes de l’entourage immédiat du président au moment des événements tragiques de 2011 ? Pour sûr, il en a été meurtri.

Il se retrouve à nouveau, à la croisée des chemins. Pour le Front de refus, dont on parle avec de plus en plus d’insistance, il est vu comme un des leaders putatifs. Franchira t-il cette fois le Rubicon ? Comme toujours, à propos de Roch Marc Christian Kaboré, les avis sont partagés. Mais même ceux qui s’agacent de son manque de « courage », espèrent qu’ils les surprennent. Roch et ses camarades sont actuellement dans la situation qui fut celle de François Bayrou à la dernière présidentielle française. Ils n’ont plus le choix, ils sont condamnés à choisir.

Par Newton Ahmed BARRY