Aléa jacta est ! 

Par Newton Ahmed BARRY

Les fruits, on peut le dire, ont tenu la promesse des fleurs. La naissance du MPP réconfigure l’échiquier politique sous des auspices plus prometteuses. Pas que ceux qui l’ont porté sur les Fonts baptismaux, sont des anges et vont descendre le paradis sur terre pour nous. Parce qu’ils sont de vrais professionnels politiques. Toute chose est bien entre les mains d’un connaisseur, dit, la sagesse moaga. Il a fallu attendre le MPP, pour savoir qu’un parti politique autre que le CDP, pouvait remplir à ras bord la Maison du peuple ; « son dedans et son dehors ». Les bonnes langues diront que « ce sont les mêmes ». C’est vrai. Mais ce n’est pas la seule explication.

Il y a deux choses que l’ont peut pointer pour expliquer la démonstration de force que vient de réussir le nouveau né.

Primo, ses géniteurs sont des « costauds  » et ont compris qu’en politique, beaucoup plus qu’ailleurs, c’est en mutualisant les forces et les énergies que l’on réalise de grandes choses. Les têtes de rats en politique, ne mènent nulle part. Même costauds, s’ils avaient agi individuellement en créant chacun son parti, ils auraient, au mieux, fait comme l’UPC, au pire comme l’UNIR. Qu’on se comprenne, il ne s’agit nullement de mépris envers ceux qui sont cités, mais d’une juste appréciation de la réalité existante.

Le processus démocratique dans notre pays a longtemps souffert de cette situation émiettée, qui n’a profité qu’à Blaise Compaoré. Instruit par l’expérience, les géniteurs du MPP, ont compris, qu’il ne servait à rien de reproduire la même chose.

Secundo, il y a derrière les trois Costauds, du beau monde. Il suffit de regarder la composition du BEN, 43 membres, tous interchangeables en valeurs intrinsèques. Ces gens là, sont en situation de prendre à tout moment les rênes du pays et de le conduire sans tâtonnement. Voilà deux belles leçons que les autres auraient tort de ne pas singer, s’ils en sont encore capables.

Maintenant il reste le plus dur à faire pour les créateurs du MPP. Il ne s’agit pas pour eux d’aller à chaque occasion à Canossa, en se perdant dans d’itératives et vaines excuses, mais de travailler et de réussir le job.

A présent qu’un parti peut valablement donner le change au parti présidentiel et à Blaise lui-même, le jeu politique acquiert incontestablement de l’intérêt. Nous sommes désormais devant un équilibre des forces politiques. Une situation qui rassure tout le monde et peut sans aucun doute favoriser les libertés de choix politiques. Les institutions de l’Etat devraient aussi mieux fonctionner, puisque les cadres se sentiront libérés des carcans du parti unique. Ceux qui feront impartialement leur travail, ne devraient pas avoir à s’inquiéter.

Nous consacrons un dossier complet à cet « Evénement  », parce que c’en est un, n’en déplaise à Assimi Koanda, incontestablement. Nous revenons sur les derniers moments de la séparation avec Blaise Compaoré pour mieux mettre en exergue, ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux.

La réponse de Blaise Compaoré, comme d’habitude ne semble pas être à la hauteur de l’enjeu. Le Front Républicain qui est en place, procède toujours de la même stratégie : louvoyer. Il oublie que ceux qu’il a en face, le « savent » bien.


Héiiiiiiiiiiiiiiiiiy !!!! Le slogan est désormais domestiqué. Il est devenu le cri de ralliement de l’opposition dans toutes ses composantes. Les responsables démissionnaires auxquels il était adressé au même titre que le locataire de Kosyam, l’ont repris à leur compte du moins leurs sympathisants, lesquels se sont déplacés nombreux à la maison du peuple ce 25 décembre pour acclamer les héros du jour. Le Mouvement Pour le Peuple (MPP), à peine né, qu’il sonne déjà le cor du rendez-vous de 2015 à Kosyam, destination finale. 

Le compte rendu de Germain B NAMA 

Les responsables du nouveau parti peuvent d’ores et déjà se frotter les mains. Le nouveau parti semble porté par le mouvement populaire. Combien étaient-ils à l’intérieur de la Maison du peuple ? Difficile de le dire.

Dès 15H30 toutes les grilles d’entrée étaient fermées. On ne laissait plus entrer que les membres du présidium, c’est-à-dire le tout nouveau bureau exécutif national. Arrivés au même moment que quelques membres du bureau politique, nous avons été tous bloqués à la porte. Pas de badge qui tienne. Il n’y avait tout simplement plus de place, même pour poser le pied nous confie un membre de la sécurité.

L’arrivée de Roch Marc Christian, le tout nouveau président du MPP a été chaotique. La foule était si compacte qu’il avait du mal à évoluer, malgré les efforts de gros bras qui se démenaient pour lui frayer un chemin. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, nous nous sommes installés sous un des apatams dressés dans la cour, elle-même pleine à craquer. A travers des hauts parleurs disséminés un peu partout, ceux qui n’ont pu accéder à l’intérieur pouvaient néanmoins suivre la lecture des messages.

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L’arrivée de Roch à la Maison du peuple n’a pas été facile à gérer avec la foule (Ph, Evénement)

 

7heures plus tôt… au Conseil Burkinabè des chargeurs il est 8H

 

C’est là que 117 anciens membres du BPN (bureau politique national), tous démissionnaires se sont donné rendez-vous dès 8H du matin pour plancher sur les textes organiques du nouveau parti. Arrivé aux environs de 9 H, (l’heure qui nous a été communiquée n’était manifestement pas exacte), nous n’avons pas pu nous glisser dans la salle, malgré notre manœuvre que nous croyions savante. Elle n’a pas marché. Toutefois, de source bien informée, le nombre des participants tournait autour de 200. En plus des participants ès qualité, le conclave avait admis d’autres personnes sympathisantes certes mais qui pour la circonstance étaient des émissaires venus apporter leur soutien aux responsables et au nouveau parti en gestation.

Malgré le soin pris pour travailler les textes, ceux-ci ne sont pas passés comme lettre à la poste. Ils furent âprement discutés ou plus exactement explicités. Décidés à poser les bases d’un parti de « type nouveau », l’assemblée générale constitutive a donné lieu à de poignantes autocritiques. Si le CDP connaît des dérives, les responsabilités doivent être situées. Roch Marc Christian a largement fait écho de ces critiques dans le discours de clôture prononcé à la maison du peuple.

Morceaux choisis : « l’élite burkinabè tout comme celle d’Afrique porte sur elle la lourde responsabilité de n’avoir pas judicieusement capitalisé tous les savoirs et toutes les expériences quand elle ne s’est pas purement et simplement compromise, incapable de construire un projet de société fondée sur une vision vertueuse au service exclusif de l’intérêt du citoyen » ou encore : « Nous tenons à réaffirmer notre part de responsabilité individuelle et collective dans les insuffisances et dérives que nous dénonçons… » Roch, Salif et Simon ont du essuyer des critiques personnelles quant à leur responsabilité en tant que hauts responsables du parti au pouvoir dans la dérive patrimoniale du chef de l’Etat qui en est venu à se considérer comme un dieu. Un dieu ne naît pas dans une famille ordinaire. C‘est sans doute pourquoi frères et sœurs du président s’arc-boutent pour la conservation du pouvoir d’Etat considéré comme un héritage issu du droit divin. 

 

Comment garantir la construction d’un vrai parti démocratique ?

 

Pendant longtemps, la stabilité du Burkina a été célébrée comme un acquis majeur dans une sous-région marquée par des crises graves, à l’instar de celle qui a secoué le Mali. Mais il s’agit en réalité d’une stabilité de façade. Elle est aujourd’hui ébranlée par d’importants mouvements sociaux qui mettent à nu le vrai visage d’un régime qui a longtemps fait illusion.

Les démissionnaires du CDP en tirent une leçon qui se veut la boussole dans leur recherche de conditions d’une alternance réellement crédible : « Toute stabilité… quand elle est suscitée par la peur, la corruption ou l’achat des consciences… est précaire, car le destin de l’homme étant la liberté, il finira par la reconquérir quel que soit le prix auquel il l’avait cédée… » Tout en voulant construire un grand parti de masse et tirant leçon des erreurs du passé, le nouveau parti entend respecter les autres partis, conscient que c’est la diversité et l’équilibre des forces politiques et sociales qui sont les véritables garants de la démocratie et de la paix.

De grandes orientations viendront donc présider les jours prochains la mise en place des structures et structurer les rapports du nouveau parti avec les partis de l’opposition politique regroupés au sein du CFOP. Salif Diallo a été commis à l’orientation politique et il lui incombera de proposer les axes d’une stratégie d’alliance qui prenne en compte leur expérience heureuse et malheureuse au sein du CDP.

Dans le même ordre d’idées, Clément Sawadogo a été placé au secrétariat général secondé par Pascal Benon. Selon une source proche du nouveau parti, ils seront la cheville ouvrière de l’organisation territoriale des structures. Il faut faire vite et en cela leur expérience en la matière s’avère fort utile.

C’est justement pour aller vite que le MPP « exclut toute vision classique et conformiste de la création du parti  ». Porté sur les fonts baptismaux exclusivement par d’anciens membres du bureau politique national du CDP, le nouveau parti entend s’ouvrir aux nouvelles adhésions à partir de maintenant, se construire à la base pour remonter à la structure nationale.

Il faut s’attendre à ce que certaines directives qui avaient présidé à la préparation du 5ème congrès du CDP refassent surface. Celles notamment qui font la promotion de la femme et de la jeunesse. C’est du reste ce qu’a confirmé Roch Marc Christian à l’issue de la cérémonie de clôture de l’assemblée générale constitutive.

 Le MPP d’un point de vue idéologique a choisi la social démocratie en ce qu’elle allie le développement économique et la promotion de l’initiative privée à l’exigence de justice, d’égalité et de solidarité à la foi au plan national et local.

Il faut attendre de voir comment se déclinera sur le plan pratique la politique du parti dans son organisation et son fonctionnement démocratique. Quels seront les garde-fous nécessaires si l’on veut éviter les dérives du passé et surtout qu’en sera le fonctionnement.

La création du parti est une décision dira Roch Marc Christian qui « dans ce dernier virage qui nous conduit à l’échéance de 2015, vous vaudra, j’en suis convaincu la reconnaissance du peuple burkinabè…  »

Un parti se crée pour conquérir le pouvoir d’Etat mais pour un parti qui vient à peine de naître, le challenge est osé certes, mais il n’est pas impossible à relever. Tout dépendra de l’intelligence politique qui sera déployée par les responsables du nouveau parti dans le travail d’unification du peuple et la détermination à vaincre.

Il faut toutefois éviter les tentations de racolage, le talon d’Achille de nombre de partis burkinabè. L’histoire a montré les limites d’une telle approche.