Le drame de Zabré semble, par les premiers mots des autorités compétentes, montrer que la prise de conscience se fait jour. Pour la première fois et publiquement, un ministre de la République a reconnu que les « violences étaient dirigées contre une communauté. Que dans le droit burkinabè la responsabilité collective n’existait pas. Qu’une communauté ne pouvait pas être tenue pour responsable des faits d’un de ses membres ». Enfin on y est. Nous avons mené nos enquêtes à Ouagadougou, Zabré, Tenkodogo et Youga. Deux journalistes de L’Evénement se sont investis chacun de son côté. Nous avons produit deux enquêtes, parfois divergentes sur des détails, (important quand même) mais pour l’essentiel se rejoignant. Nous avons, parce que pour l’instant et à chaud les « vérités » sont à établir, laissé les détails divergents des deux enquêtes. La justice qu’on a promise, prompte cette fois, nous édifiera.


CPL de Tenkodogo: Koumba Barry, octogénaire, perdue, dépassée

Dans la grande ville de Tenkodogo, en ce début de l’année 2013, peu se doute de la présence du camp des réfugiés peuhls de Zabré.

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En regardant la mamie Koumba perdue au milieu de la foule des enfants réfugiés, se chamaillant pour des peccadilles, on aperçoit une détresse solitaire. 80 ans, elle était dans sa case, dans son village de Bargansi, égrainant, c’est la période, les étoupes de coton, pour les enfiler ensuite. Assise, indifférente au monde qui l’entoure, elle ronge ses ongles. Je vais vers elle. Lui demande à quoi elle pense. Elle me regarde et me répond, « je n’ai pas eu le temps de ranger mes pelotes de coton ». Elle soupire un instant et dit : « peut-être qu’ils les ont brûlées« . Et comme si elle refusait de l’envisager, elle demande : « qu’en penses-tu ? ». Je suis obligé d’éluder la question. Chez elle, tout est parti en flamme. Et ton mamy ? « Il a eu la chance. Il est mort à temps ». Si seulement la horde des furieux destructeurs, et tous ceux qui poussent à cette folie pouvaient voir Koumba dans cette situation qu’elle n’avait jamais imaginée, même dans ses cauchemars.

 

Il faut prendre une décision

Les choses ne peuvent plus continuer ainsi. Pour une fois, officiellement, un ministre a reconnu le drame d’une communauté nationale. En cette année 2012, il y a eu Nagrin dans le département de Ziga. Des familles peuhls ont été empêchées de rejoindre leur village. Ces familles, nous l’avions révélé, sont, ironie du sort, celles du ministre Koumba Barry Boly. Une des excellentes ministres, en tout cas saluée comme telle par beaucoup d’observateurs du gouvernement Tiao. La situation est pendante devant la justice. Cette famille de plusieurs ménages, avec plus de 400 têtes de bœufs erre entre Louda et Nagrin. Le conseiller municipal qui avait proféré des menaces de mort, n’a jamais été inquiété.

En juillet, il y a eu le conflit de Saré Peuhl, dans la commune de Gombousgou. Les deux jeunes bergers qui avaient eu l’altercation avec le bissa, Wendepasere, et qui avaient fui, pour sauver leur vie, ont été convaincus de revenir, pour la bonne administration de la justice. Ils se sont présentés aux autorités judiciaires et ont demandé leur protection. Rien n’a été fait. Les mis en cause, ceux qui ont sévi contre les gens de Saré Peuhl, n’ont jamais été entendus. Le jugement n’aura peut-être jamais lieu. C’est l’impunité contre la tranquillité, pour les peuhls.

En août, a Kanchari, même situation, même drame. Des agriculteurs Haoussa/gourmantche se sont déchaînés contre tous les peuhls de la région, parce que un d’eux a eu une rixe mortelle avec un berger Peulh.

En août dernier, à Gaoua, une affaire de meurtre, peut-être rituel, se solde par une vendetta, contre les mossis et les peuhls. Mais ce sont les peuhls qui en paient le plus lourd tribut. Des centaines de personnes seront déportées à Bobo Dioulasso, des semaines durant, avant d’être ramenées chez elles.

Le dernier acte vient de se jouer dramatiquement à Zabré. Dans toutes ces situations, ce qui revient, c’est « qu’on ne veut plus de peuhl, chez nous ». Le propos est très explicite. Les gens ne s’en cachent pas. Ils savent qu’ils ne courent aucun risque. La haine ethnique n’est pas délit, dans notre pays. Certains hommes politiques ont même fait campagne sur ce thème, au su et vu de toutes les autorités, qui s’en amusent.

Maintenant que les choses prennent des tournures, grosses de danger, que faut-il faire ? Parquer tous les peuhls dans une partie du territoire et les autres ethnies, agriculteurs, pour l’essentiel, dans une partie du pays ?

Convoquer les états généraux et affirmer le droit national sur le droit coutumier, notamment sur la question foncière ?

Le gouvernement n’a plus le choix. Il a décidé, cette fois, que ce ne sera plus l’impunité contre le pardon. Mais il faut faire plus. Dans toutes les contrées de notre pays, les féodalités locales sont celles qui commandent. Ce qui est arrivé au policier, à Sangou est symptomatique du peu de considération que les populations ont pour les institutions publiques. Partout, les gens pensent que selon leur gré, ils peuvent faire partir un agent de l’administration publique. Et partout ça marche. Les fonctionnaires sont obligés de se faire petits et de ne pas aller contre les intérêts locaux et féodaux. Pour l’instant c’est le maillon faible de la population, les peuhls, deuxième numériquement en importance, après les mossi, mais du fait de la pratique de l’élevage transhumant, se retrouvant minoritaire un peu partout dans le pays.

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Il faut faire vite aussi, parce que, comme on l’a vu avec le cas de Sambo, à Zabré, il n’est pas sûr que les faibles continuent d’attendre comme des poulets, qu’on vienne les égorger. Les armes circulent dans la sous-région. Malgré l’affleurement de l’or qui a enrichi certaines familles dans nos villages, les éleveurs restent avec leur bétail, les mieux nantis financièrement dans nos zones rurales. Acheter une kalash n’est pas hors de portée de la majorité d’entre eux. Si rien ne change, il y a de forts risques de massacres. Sans oublier, les éventuelles vengeances. Quand vous avez brûlé mes biens, tué les miens si j’ai l’occasion de vous rendre la monnaie, personne n’hésitera. En cette matière, c’est comme on dit, « la sorcière oublie vite, pas la mère de la victime ». Personne ne peut dire quand est-ce que la vengeance surviendra, surtout qu’aucun accompagnement psychologique n’est fourni aux victimes.

Par Newton Ahmed Barry

Le 31 décembre macabre de
Zabré
Les faits, leur enchaînement

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Trois faits distincts, dans trois villages de la commune ont conduit au
31 décembre macabre de Zabré. Nous avons pu reconstituer par le menu,
l’engrenage qui a conduit au drame.

Le 31 décembre, c’est l’épilogue macabre au secteur 7 de Zabré. Un groupe de
gens venu de Sangou, de Yorko et de Gon décide, après avoir échoué à brûler le
commissariat de police, « les CRS sont arrivés promptement de Barganse, un autre
village de Zabré », d’aller punir Sambo Bande, considèré comme le chef des peuhls
de Zabré. Il est environ 11 heures, ce jour. Sambo, qui avait quelques jours
auparavant eu une altercation banale avec des jeunes de son quartier qui
refusaient de lui céder le passage alors qu’il était sur sa moto, s’était
préparé et avait pris des dispositions pour sa sécurité. Il avait recruté des
gens, quatre personnes, solidement armées avec des kalash, pour assurer la
protection de sa maison. La foule punitive qui se rue vers sa maison est
accueillie par des tirs de sommation, suffisamment dissuasifs pour la tenir en
laisse. Dans cette foule, certains sont armés avec des fusils de chasse, d’autre
aussi avec des kalash, affirmera le commandant des CRS. La puissance de feu est
tout de même en faveur des protecteurs de Sambo. La foule est donc tenue à bonne
distance. A 500 mètres, croit s’avoir un confrère de radio « Pag layiri ». Un
téméraire qui a voulu s’aventurer est abattu par les gens de Sambo. De cette
première victime, les avis divergent. D’aucuns disent qu’il voulait parlementer.
D’autres pensent qu’il a voulu forcer le passage en faisant confiance à ses gris
gris. Il a été en tout cas abattu.
Le front ne bougera pas jusqu’à l’arrivée
des CRS.

A 14 heures environ, deux cargos de CRS arrivent et investissent les
lieux. Les anges gardiens de Sambo, qui détiennent illégalement des armes de
guerre, et qui craignent d’être arrêtés, s’éclipsent sur deux motos APACHE. La
foule en profite pour envahir la maison, assassiner six des occupants, dont
Sambo, son épouse, une jeune nièce, venue en congé de Noël, son père et sa mère,
tous deux des octogénaires. Le corps de Sambo et celui de la petite écolière
seront brûlés. Les CRS parviennent à sauver deux personnes. L’une d’elles, Issa
Bande, était venue demander de quoi honorer les frais d’hospitalisation de sa
femme admise a l’hôpital. Elle en est sortie traumatisée. Depuis ce jour, Issa
Bande pleure sans s’arrêter.
La question est évidemment celle-ci : Les CRS
sont-ils responsables du massacre ? Aussi longtemps qu’ils n’étaient pas arrivés,
Sambo et ses gardes avaient pu contenir la foule. On peut croire que la
supériorité du feu étant du côte de Sambo, la foule n’aurait rien osé, après
avoir vu la détermination dont il pouvait faire montre. La question posée au
commandant de la section CRS du Boulgou, il a répondu « négatif ». A tout le
moins, ce qui pouvait se produire c’était un massacre. Si la foule décidait,
elle était nombreuse, environ 400 personnes estime un témoin, d’envahir la cour
de Sambo, elle aurait pu, mais le prix allait être monstrueux.

Vers 16 heures, le massacre est accompli. La foule quitte les lieux et se
répand dans la commune, secteurs et villages, dans une chasse aux peuhls. Les
maisons et les biens sont incendiés. Le gouverneur et les chefs de la sécurité
arrivent sur les lieux à cet instant. C’est l’épilogue macabre d’un scénario qui
s’est écrit sur dix jours en quatre épisodes, dont voici les feuilletons.
Le
20 décembre, dans le village de Yorko, à 7 kilomètres de Zabre, Sabre Yacouba et
Djabo Boukare (bissa), sur une moto, avec un fusil, Calibre 12, investissent le
hameau Peulh voisin a la recherche d’un certain Haaram (peuhl) qu’ils accusent
d’avoir volé leurs bœufs. Ils le trouvent, le battent, lui cassent un bras. La
mère de Haaram est une bissa de Beka. Ce sont ses cris, qui alertent les bissa
de Beka, à quelques encablures de là. Ces derniers arrivent et sauvent leur
neveu, des griffes de Sabre et de Djabo. Haaram, aura la vie sauve, avec un bras
cassé.
Les deux justiciers continuent leur ronde vengeresse et se dirigent
vers une autre concession, à la recherche de Halidou Bande. Ils ne le trouvent
pas chez lui. Ils s’en prennent alors, à un de ses frères présent. Il est battu,
ligoté et transporté comme un colis, chez le conseiller municipal de Yorko.
Sabre et Djabo laissent le malheureux sous la surveillance du Conseiller
municipal et poursuivent leur chemin, direction le village de Sangou. Là bas,
Wendemi Barry et Hamadou Barry ont le malheur de croiser leur chemin. Yacouba
Sabre, dégaine son fusil. Il loge 47 plombs dans le corps de Wendemi et 24 dans
celui de Hamadou (rapport médical). Wendemi Barry a aussi pour mère, une bissa
de Beka. Celle-ci alertée, appelle ses frères de Beka au secours. Ce sont eux
qui viendront encore au secours des deux malheureux.
Halidou Bande est
informé, que Sabre et Djabo sont à sa recherche. Il va prévenir la gendarmerie
de Zabré. Deux gendarmes sont dépêchés, pour remettre une convocation aux deux
justiciers. Ils n’y parviendront pas.

Quand les gendarmes rebroussent chemin, Sabre et Djabo ressortent. Deux
autres Bissa, Danga Daouda et Danga Ali se joignent à eux. Cette fois, il
veulent en finir avec Halidou Bande et les siens qui ont osé prévenir les
gendarmes. Quand les quatre arrivent dans la concession de Bande, tout imbus de
leur force et tirant des salves, ils tombent dans un guet-apens. Le Hameau peuhl
s’était organisé, avec l’appui de quelques voisins bissa, pour les attendre. Mis
en déroute, trois assaillants arrivent à fuir. Yacouba Sabre, le chef de
l’expédition est maîtrisé. Il est ligoté et transporté à la gendarmerie. Les
gendarmes le mettent en garde a vue. Une autre source affirme que aussitôt
receptionné, les gendarmes le déferrent a Tenkodogo. Mais la suite du récit
permet de douter de cette version. Le commandant de la gendarmerie de Zabré
dépêche dans le village quatre éléments pour prévenir toute expédition punitive
contre le hameau peuhl de Yorko. Mais sur place, la situation était calme. Les
gendarmes vont voir le conseiller municipal Bissa, Ganga Issaka pour lui
demander de s’investir, pour prévenir tout trouble a l’ordre public et
retournent a leur base, en convoquant les parties pour le lendemain a la
gendarmerie.
Le 21 décembre, la caserne de gendarmerie est investie par un
groupe de Bissa de Yorko venus exiger la relaxe de Yacouba Sabre. Ce dernier qui
se plaignait de malaises est conduit par deux fois par les gendarmes à
l’hôpital. A la deuxième extraction pour les soins, ses partisans qui ont
encerclé la brigade, refusent qu’il rejoigne sa cellule. Les gendarmes n’ont
d’autre choix que de s’y plier. Fort de cette victoire, ces partisans
préviennent « qu’ils vont finir avec les peuhls… ». Les menaces sont proférées
en Bissa. Bande Halidou les traduit pour les gendarmes. Ces derniers le
tranquillisent et lui disent qu’ils n’oseront pas. Fin du premier épisode. Le 24
décembre, à Gon, un village devenu le secteur 7 de Zabré, Sambo Bande, un
notable peuhl de Zabré, considèré comme le chef peuhl de la commune, a une
altercation avec un groupe de jeunes bissa qui lui refusent le passage, alors
qu’il se rend au centre ville. Intrigué, ce dernier se gare et entreprend de
s’expliquer avec eux. Le ton monte et Sambo administre une gifle à un des
jeunes, dont il n’a pas supporté l’outrage. Ce dernier hurle et les gens
accourent. La foule menace de s’en prendre à Sambo qui fuit chez les gendarmes.
Il porte plainte et une convocation est adressée aux jeunes à l’origine de
l’altercation. Ceux-ci refusent de se rendre à la convocation. Les gens du
village (Gon secteur 7), en représailles, décident d’aller s’en prendre à Sambo.
Le chef de canton de Zabré et le notable Ousmane alias Sababou, intercèdent. Les
gens acceptent. On croyait l’incident clos. Erreur. Fin du deuxième épisode.

Le 29 décembre, dans la matinée, au village de Sangou. Le jeune berger
Jacques Barry, 17 ans, sort ses animaux pour la pâture du matin. Il croise son
voisin, Tobagoure Boussim, un bissa. De la description de Jacques Barry,
Tobagoure portait un gourdin et un fusil de chasse. Le petit berger, sentant les
intentions non catholiques de son vis-à- vis entreprend de fuir. Ce dernier le
somme de s’arrêter sinon « il l’abat avec son fusil ». Le petit obtempère.
Tobagoure lui assène un coup de gourdin à la tête. Quand le petit Jacques
revient à lui, il se traîne jusqu’e chez lui, avec « du sang partout ». Son oncle,
Souleymane qu’il trouve à la maison, le transporte directement au commissariat
de police. Vu l’état de l’enfant, les policiers somment l’oncle Souleymane de le
conduire à l’hôpital. Après les soins, une convocation est émise pour Tobagoure.
Une précision a ce niveau. Le frère de Tobagoure, Pierre Boussim, un agent de la
Sonabel à Ouaga régulièrement cité dans les récits avec le professeur Boussim
Lecourou, tous deux accusés par certains d’être ceux qui ont soufflé sur les
braises, Pierre Boussim, donc, que nous avons rencontré à Ouaga, affirme que son
demi-frère, Tobagoure ne portait pas de fusil. Il a soutenu également que le
troupeau du berger Jacques Barry était allé ravager des arbustes plantés par
Tobagoure. Ce que démentent diverses sources. Pierre Boussim a en outre affirmé
que les policiers qui ont procédé a l’arrestation de Tobagoure, sont venus aux
environ de 3 heures du matin. Il dit avoir été prévenu par son épouse, en congé
dans sa belle famille. Toutes les vérifications attestent que cette affirmation
est fausse. Les deux policiers ont quitté le commissariat a 5h15 mn. Ils sont
arrivés devant la porte de Tobagoure à 6 h passée. Une précision confirmée par
d’autres sources témoins, qui situent elles le début de l’interpellation de
Tobagoure à 7h. Les policiers étaient également en tenue, contrairement aux
allégations qui ont été diffusées, immédiatement après les faits. En considérant
ces éléments, la thèse de la méprise ne peut pas prospérer. Il faut craindre une
agression caractérisée contre les forces de l’ordre dans l’exercice de leur
mission. Pierre Boussim, agent de la SONABEL qui a suivi les événements depuis
Ouagadougou, au téléphone, est-il aussi celui qui a instruit les attitudes sur
le terrain ? Il s’en défend. Le professeur Lecourou Boussim, lui, était sur
place. Il nous a été impossible de le joindre.

Pour en revenir au récit, la convocation de la police parviendra
difficilement à Tobagoure. Quand finalement dans la nuit, elle le lui est
notifiée, il dit avoir pris l’engagement d’aller répondre le lendemain 30
décembre. Le 30 décembre, tôt le matin, deux éléments de la police, sont envoyés
pour interpeller Tobagoure. Les choses se passent mal. Un des policiers est
molesté gravement. Des coups lui sont assenés a la tête et son fusil lui est
retiré. L’autre a pu prendre la fuite. Les cris des femmes de la cours alertent
les voisins, qui accourent nombreux. La femme de Pierre Boussim lui donne
l’alerte au téléphone pour lui dire qu’on est venu « tuer Tobagoure ». C’est elle
également qui lui dira que la personne maîtrisée serait un policier. Il dit
alors avoir ordonné de « cesser les sévices » dès qu’il a su que c’était un agent
de la police. Cette affaire aussi se termine à la gendarmerie. A l’initiative de
Pierre Boussiam qui a fait une descente express a Sangou, son village ou il
projetait de passer le réveillon, le policier blessé que les populations
continuaient de séquestrer, même quand ils n’ont plus eu de doute sur son
identité, est restitué a sa hiérarchie. Le même Boussiam, accompagné du CVD du
village, decide d’aller rendre l’arme du policier à la gendarmerie. Les choses
se passent mal là bas. Les gendarmes sur instruction refusent de réceptionner
l’arme. Les villageois de Sangou se révoltent et se dirigent vers le
commissariat qu’ils décident de saccager. Pierre Boussiam ayant échoué a les en
dissuader se serait retiré, dit-il, vers la mairie, située non loin du
commissariat, pour verser des larmes. Ce jour là, le commissariat ne sera pas
saccagé. Mais en représailles, les concessions des peuhls de Sangou, seront
incendiées. Une précision qui permet de comprendre l’incident de Sangou. Les
deux familles Boussim et Barry cohabitent depuis près d’un siècle. Une des
tantes aux Boussim, une Gouba de la famille royale de Zabré, a même été mariée
dans la famille des Barry, elle est décédée, il y a quelques années. Les deux
familles entretiennent donc des liens étroits. Pierre Boussim, contrairement a
ce que dit son prénom, se serait converti a l’islam par les soins du patriarche
Barry. C’est à lui aussi, dit-il que je dois « d’être en vie. Il m’a soigné quand
j’étais petit, d’une maladie grave ». Mais la cohabitation a ses aléas. Oumarou
Barry, le père du petit Jacques, a pris la femme du frère de Tobagoure, émigré
au Gabon. A cela, il faut ajouter les amours déçues d’une des filles Boussim,
Hélène dite Bokangou, avec un de la famille Barry. Dès lors, les relations se
sont détériorées, inexorablement. Les incidents se sont multipliés. Le dernier
acte, celui du 29 décembre entre Tobagoure et le petit Jacques, fils du même
Oumarou qui a fait cocu son frangin du Gabon, a été le dernier de la série. Fin
donc de l’épisode trois.

Le 31 décembre, le 31 macabre de Zabré. Les mécontents de ces trois
villages, Yorko, Sangou et Gon (secteur 7 de Zabré) se retrouvent pour demander
le départ du commissaire de police Émile Kafando et de ses hommes, accusés de
prendre parti pour les peuhls, avec les convocations itératives. Déjà, la
veille, plusieurs hameaux peuhls avaient été passés par les flammes. De
Bargansi, ou les CRS avaient été appelés au secours, ils foncent sur Zabré, pour
empêcher l’incendie du commissariat. Face à l’échec de leur tentative à détruire
le commissariat, les assaillants mettent le cap sur la maison de Sambo. Ce
dernier, après l’incident du 24 décembre avait pris ses précautions. La suite
vous l’avez déjà lue .

Par Newton Ahmed Barry

 

Le drame de Zabré semble, par les premiers mots des autorités compétentes, montrer que la prise de conscience se fait jour. Pour la première fois et publiquement, un ministre de la République a reconnu que les « violences étaient dirigées contre une communauté. Que dans le droit burkinabè la responsabilité collective n’existait pas. Qu’une communauté ne pouvait pas être tenue pour responsable des faits d’un de ses membres ». Enfin on y est. Nous avons mené nos enquêtes à Ouagadougou, Zabré, Tenkodogo et Youga. Deux journalistes de L’Evénement se sont investis chacun de son côté. Nous avons produit deux enquêtes, parfois divergentes sur des détails, (important quand même) mais pour l’essentiel se rejoignant. Nous avons, parce que pour l’instant et à chaud les « vérités » sont à établir, laissé les détails divergents des deux enquêtes. La justice qu’on a promise, prompte cette fois, nous édifiera.


CPL de Tenkodogo: Koumba Barry, octogénaire, perdue, dépassée

Dans la grande ville de Tenkodogo, en ce début de l’année 2013, peu se doute de la présence du camp des réfugiés peuhls de Zabré.

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En regardant la mamie Koumba perdue au milieu de la foule des enfants réfugiés, se chamaillant pour des peccadilles, on aperçoit une détresse solitaire. 80 ans, elle était dans sa case, dans son village de Bargansi, égrainant, c’est la période, les étoupes de coton, pour les enfiler ensuite. Assise, indifférente au monde qui l’entoure, elle ronge ses ongles. Je vais vers elle. Lui demande à quoi elle pense. Elle me regarde et me répond, « je n’ai pas eu le temps de ranger mes pelotes de coton ». Elle soupire un instant et dit : « peut-être qu’ils les ont brûlées« . Et comme si elle refusait de l’envisager, elle demande : « qu’en penses-tu ? ». Je suis obligé d’éluder la question. Chez elle, tout est parti en flamme. Et ton mamy ? « Il a eu la chance. Il est mort à temps ». Si seulement la horde des furieux destructeurs, et tous ceux qui poussent à cette folie pouvaient voir Koumba dans cette situation qu’elle n’avait jamais imaginée, même dans ses cauchemars.

 

Il faut prendre une décision

Les choses ne peuvent plus continuer ainsi. Pour une fois, officiellement, un ministre a reconnu le drame d’une communauté nationale. En cette année 2012, il y a eu Nagrin dans le département de Ziga. Des familles peuhls ont été empêchées de rejoindre leur village. Ces familles, nous l’avions révélé, sont, ironie du sort, celles du ministre Koumba Barry Boly. Une des excellentes ministres, en tout cas saluée comme telle par beaucoup d’observateurs du gouvernement Tiao. La situation est pendante devant la justice. Cette famille de plusieurs ménages, avec plus de 400 têtes de bœufs erre entre Louda et Nagrin. Le conseiller municipal qui avait proféré des menaces de mort, n’a jamais été inquiété.

En juillet, il y a eu le conflit de Saré Peuhl, dans la commune de Gombousgou. Les deux jeunes bergers qui avaient eu l’altercation avec le bissa, Wendepasere, et qui avaient fui, pour sauver leur vie, ont été convaincus de revenir, pour la bonne administration de la justice. Ils se sont présentés aux autorités judiciaires et ont demandé leur protection. Rien n’a été fait. Les mis en cause, ceux qui ont sévi contre les gens de Saré Peuhl, n’ont jamais été entendus. Le jugement n’aura peut-être jamais lieu. C’est l’impunité contre la tranquillité, pour les peuhls.

En août, a Kanchari, même situation, même drame. Des agriculteurs Haoussa/gourmantche se sont déchaînés contre tous les peuhls de la région, parce que un d’eux a eu une rixe mortelle avec un berger Peulh.

En août dernier, à Gaoua, une affaire de meurtre, peut-être rituel, se solde par une vendetta, contre les mossis et les peuhls. Mais ce sont les peuhls qui en paient le plus lourd tribut. Des centaines de personnes seront déportées à Bobo Dioulasso, des semaines durant, avant d’être ramenées chez elles.

Le dernier acte vient de se jouer dramatiquement à Zabré. Dans toutes ces situations, ce qui revient, c’est « qu’on ne veut plus de peuhl, chez nous ». Le propos est très explicite. Les gens ne s’en cachent pas. Ils savent qu’ils ne courent aucun risque. La haine ethnique n’est pas délit, dans notre pays. Certains hommes politiques ont même fait campagne sur ce thème, au su et vu de toutes les autorités, qui s’en amusent.

Maintenant que les choses prennent des tournures, grosses de danger, que faut-il faire ? Parquer tous les peuhls dans une partie du territoire et les autres ethnies, agriculteurs, pour l’essentiel, dans une partie du pays ?

Convoquer les états généraux et affirmer le droit national sur le droit coutumier, notamment sur la question foncière ?

Le gouvernement n’a plus le choix. Il a décidé, cette fois, que ce ne sera plus l’impunité contre le pardon. Mais il faut faire plus. Dans toutes les contrées de notre pays, les féodalités locales sont celles qui commandent. Ce qui est arrivé au policier, à Sangou est symptomatique du peu de considération que les populations ont pour les institutions publiques. Partout, les gens pensent que selon leur gré, ils peuvent faire partir un agent de l’administration publique. Et partout ça marche. Les fonctionnaires sont obligés de se faire petits et de ne pas aller contre les intérêts locaux et féodaux. Pour l’instant c’est le maillon faible de la population, les peuhls, deuxième numériquement en importance, après les mossi, mais du fait de la pratique de l’élevage transhumant, se retrouvant minoritaire un peu partout dans le pays.

peulhs.jpg

Il faut faire vite aussi, parce que, comme on l’a vu avec le cas de Sambo, à Zabré, il n’est pas sûr que les faibles continuent d’attendre comme des poulets, qu’on vienne les égorger. Les armes circulent dans la sous-région. Malgré l’affleurement de l’or qui a enrichi certaines familles dans nos villages, les éleveurs restent avec leur bétail, les mieux nantis financièrement dans nos zones rurales. Acheter une kalash n’est pas hors de portée de la majorité d’entre eux. Si rien ne change, il y a de forts risques de massacres. Sans oublier, les éventuelles vengeances. Quand vous avez brûlé mes biens, tué les miens si j’ai l’occasion de vous rendre la monnaie, personne n’hésitera. En cette matière, c’est comme on dit, « la sorcière oublie vite, pas la mère de la victime ». Personne ne peut dire quand est-ce que la vengeance surviendra, surtout qu’aucun accompagnement psychologique n’est fourni aux victimes.

Par Newton Ahmed Barry

Le 31 décembre macabre de
Zabré
Les faits, leur enchaînement

zabre.jpg

Trois faits distincts, dans trois villages de la commune ont conduit au
31 décembre macabre de Zabré. Nous avons pu reconstituer par le menu,
l’engrenage qui a conduit au drame.

Le 31 décembre, c’est l’épilogue macabre au secteur 7 de Zabré. Un groupe de
gens venu de Sangou, de Yorko et de Gon décide, après avoir échoué à brûler le
commissariat de police, « les CRS sont arrivés promptement de Barganse, un autre
village de Zabré », d’aller punir Sambo Bande, considèré comme le chef des peuhls
de Zabré. Il est environ 11 heures, ce jour. Sambo, qui avait quelques jours
auparavant eu une altercation banale avec des jeunes de son quartier qui
refusaient de lui céder le passage alors qu’il était sur sa moto, s’était
préparé et avait pris des dispositions pour sa sécurité. Il avait recruté des
gens, quatre personnes, solidement armées avec des kalash, pour assurer la
protection de sa maison. La foule punitive qui se rue vers sa maison est
accueillie par des tirs de sommation, suffisamment dissuasifs pour la tenir en
laisse. Dans cette foule, certains sont armés avec des fusils de chasse, d’autre
aussi avec des kalash, affirmera le commandant des CRS. La puissance de feu est
tout de même en faveur des protecteurs de Sambo. La foule est donc tenue à bonne
distance. A 500 mètres, croit s’avoir un confrère de radio « Pag layiri ». Un
téméraire qui a voulu s’aventurer est abattu par les gens de Sambo. De cette
première victime, les avis divergent. D’aucuns disent qu’il voulait parlementer.
D’autres pensent qu’il a voulu forcer le passage en faisant confiance à ses gris
gris. Il a été en tout cas abattu.
Le front ne bougera pas jusqu’à l’arrivée
des CRS.

A 14 heures environ, deux cargos de CRS arrivent et investissent les
lieux. Les anges gardiens de Sambo, qui détiennent illégalement des armes de
guerre, et qui craignent d’être arrêtés, s’éclipsent sur deux motos APACHE. La
foule en profite pour envahir la maison, assassiner six des occupants, dont
Sambo, son épouse, une jeune nièce, venue en congé de Noël, son père et sa mère,
tous deux des octogénaires. Le corps de Sambo et celui de la petite écolière
seront brûlés. Les CRS parviennent à sauver deux personnes. L’une d’elles, Issa
Bande, était venue demander de quoi honorer les frais d’hospitalisation de sa
femme admise a l’hôpital. Elle en est sortie traumatisée. Depuis ce jour, Issa
Bande pleure sans s’arrêter.
La question est évidemment celle-ci : Les CRS
sont-ils responsables du massacre ? Aussi longtemps qu’ils n’étaient pas arrivés,
Sambo et ses gardes avaient pu contenir la foule. On peut croire que la
supériorité du feu étant du côte de Sambo, la foule n’aurait rien osé, après
avoir vu la détermination dont il pouvait faire montre. La question posée au
commandant de la section CRS du Boulgou, il a répondu « négatif ». A tout le
moins, ce qui pouvait se produire c’était un massacre. Si la foule décidait,
elle était nombreuse, environ 400 personnes estime un témoin, d’envahir la cour
de Sambo, elle aurait pu, mais le prix allait être monstrueux.

Vers 16 heures, le massacre est accompli. La foule quitte les lieux et se
répand dans la commune, secteurs et villages, dans une chasse aux peuhls. Les
maisons et les biens sont incendiés. Le gouverneur et les chefs de la sécurité
arrivent sur les lieux à cet instant. C’est l’épilogue macabre d’un scénario qui
s’est écrit sur dix jours en quatre épisodes, dont voici les feuilletons.
Le
20 décembre, dans le village de Yorko, à 7 kilomètres de Zabre, Sabre Yacouba et
Djabo Boukare (bissa), sur une moto, avec un fusil, Calibre 12, investissent le
hameau Peulh voisin a la recherche d’un certain Haaram (peuhl) qu’ils accusent
d’avoir volé leurs bœufs. Ils le trouvent, le battent, lui cassent un bras. La
mère de Haaram est une bissa de Beka. Ce sont ses cris, qui alertent les bissa
de Beka, à quelques encablures de là. Ces derniers arrivent et sauvent leur
neveu, des griffes de Sabre et de Djabo. Haaram, aura la vie sauve, avec un bras
cassé.
Les deux justiciers continuent leur ronde vengeresse et se dirigent
vers une autre concession, à la recherche de Halidou Bande. Ils ne le trouvent
pas chez lui. Ils s’en prennent alors, à un de ses frères présent. Il est battu,
ligoté et transporté comme un colis, chez le conseiller municipal de Yorko.
Sabre et Djabo laissent le malheureux sous la surveillance du Conseiller
municipal et poursuivent leur chemin, direction le village de Sangou. Là bas,
Wendemi Barry et Hamadou Barry ont le malheur de croiser leur chemin. Yacouba
Sabre, dégaine son fusil. Il loge 47 plombs dans le corps de Wendemi et 24 dans
celui de Hamadou (rapport médical). Wendemi Barry a aussi pour mère, une bissa
de Beka. Celle-ci alertée, appelle ses frères de Beka au secours. Ce sont eux
qui viendront encore au secours des deux malheureux.
Halidou Bande est
informé, que Sabre et Djabo sont à sa recherche. Il va prévenir la gendarmerie
de Zabré. Deux gendarmes sont dépêchés, pour remettre une convocation aux deux
justiciers. Ils n’y parviendront pas.

Quand les gendarmes rebroussent chemin, Sabre et Djabo ressortent. Deux
autres Bissa, Danga Daouda et Danga Ali se joignent à eux. Cette fois, il
veulent en finir avec Halidou Bande et les siens qui ont osé prévenir les
gendarmes. Quand les quatre arrivent dans la concession de Bande, tout imbus de
leur force et tirant des salves, ils tombent dans un guet-apens. Le Hameau peuhl
s’était organisé, avec l’appui de quelques voisins bissa, pour les attendre. Mis
en déroute, trois assaillants arrivent à fuir. Yacouba Sabre, le chef de
l’expédition est maîtrisé. Il est ligoté et transporté à la gendarmerie. Les
gendarmes le mettent en garde a vue. Une autre source affirme que aussitôt
receptionné, les gendarmes le déferrent a Tenkodogo. Mais la suite du récit
permet de douter de cette version. Le commandant de la gendarmerie de Zabré
dépêche dans le village quatre éléments pour prévenir toute expédition punitive
contre le hameau peuhl de Yorko. Mais sur place, la situation était calme. Les
gendarmes vont voir le conseiller municipal Bissa, Ganga Issaka pour lui
demander de s’investir, pour prévenir tout trouble a l’ordre public et
retournent a leur base, en convoquant les parties pour le lendemain a la
gendarmerie.
Le 21 décembre, la caserne de gendarmerie est investie par un
groupe de Bissa de Yorko venus exiger la relaxe de Yacouba Sabre. Ce dernier qui
se plaignait de malaises est conduit par deux fois par les gendarmes à
l’hôpital. A la deuxième extraction pour les soins, ses partisans qui ont
encerclé la brigade, refusent qu’il rejoigne sa cellule. Les gendarmes n’ont
d’autre choix que de s’y plier. Fort de cette victoire, ces partisans
préviennent « qu’ils vont finir avec les peuhls… ». Les menaces sont proférées
en Bissa. Bande Halidou les traduit pour les gendarmes. Ces derniers le
tranquillisent et lui disent qu’ils n’oseront pas. Fin du premier épisode. Le 24
décembre, à Gon, un village devenu le secteur 7 de Zabré, Sambo Bande, un
notable peuhl de Zabré, considèré comme le chef peuhl de la commune, a une
altercation avec un groupe de jeunes bissa qui lui refusent le passage, alors
qu’il se rend au centre ville. Intrigué, ce dernier se gare et entreprend de
s’expliquer avec eux. Le ton monte et Sambo administre une gifle à un des
jeunes, dont il n’a pas supporté l’outrage. Ce dernier hurle et les gens
accourent. La foule menace de s’en prendre à Sambo qui fuit chez les gendarmes.
Il porte plainte et une convocation est adressée aux jeunes à l’origine de
l’altercation. Ceux-ci refusent de se rendre à la convocation. Les gens du
village (Gon secteur 7), en représailles, décident d’aller s’en prendre à Sambo.
Le chef de canton de Zabré et le notable Ousmane alias Sababou, intercèdent. Les
gens acceptent. On croyait l’incident clos. Erreur. Fin du deuxième épisode.

Le 29 décembre, dans la matinée, au village de Sangou. Le jeune berger
Jacques Barry, 17 ans, sort ses animaux pour la pâture du matin. Il croise son
voisin, Tobagoure Boussim, un bissa. De la description de Jacques Barry,
Tobagoure portait un gourdin et un fusil de chasse. Le petit berger, sentant les
intentions non catholiques de son vis-à- vis entreprend de fuir. Ce dernier le
somme de s’arrêter sinon « il l’abat avec son fusil ». Le petit obtempère.
Tobagoure lui assène un coup de gourdin à la tête. Quand le petit Jacques
revient à lui, il se traîne jusqu’e chez lui, avec « du sang partout ». Son oncle,
Souleymane qu’il trouve à la maison, le transporte directement au commissariat
de police. Vu l’état de l’enfant, les policiers somment l’oncle Souleymane de le
conduire à l’hôpital. Après les soins, une convocation est émise pour Tobagoure.
Une précision a ce niveau. Le frère de Tobagoure, Pierre Boussim, un agent de la
Sonabel à Ouaga régulièrement cité dans les récits avec le professeur Boussim
Lecourou, tous deux accusés par certains d’être ceux qui ont soufflé sur les
braises, Pierre Boussim, donc, que nous avons rencontré à Ouaga, affirme que son
demi-frère, Tobagoure ne portait pas de fusil. Il a soutenu également que le
troupeau du berger Jacques Barry était allé ravager des arbustes plantés par
Tobagoure. Ce que démentent diverses sources. Pierre Boussim a en outre affirmé
que les policiers qui ont procédé a l’arrestation de Tobagoure, sont venus aux
environ de 3 heures du matin. Il dit avoir été prévenu par son épouse, en congé
dans sa belle famille. Toutes les vérifications attestent que cette affirmation
est fausse. Les deux policiers ont quitté le commissariat a 5h15 mn. Ils sont
arrivés devant la porte de Tobagoure à 6 h passée. Une précision confirmée par
d’autres sources témoins, qui situent elles le début de l’interpellation de
Tobagoure à 7h. Les policiers étaient également en tenue, contrairement aux
allégations qui ont été diffusées, immédiatement après les faits. En considérant
ces éléments, la thèse de la méprise ne peut pas prospérer. Il faut craindre une
agression caractérisée contre les forces de l’ordre dans l’exercice de leur
mission. Pierre Boussim, agent de la SONABEL qui a suivi les événements depuis
Ouagadougou, au téléphone, est-il aussi celui qui a instruit les attitudes sur
le terrain ? Il s’en défend. Le professeur Lecourou Boussim, lui, était sur
place. Il nous a été impossible de le joindre.

Pour en revenir au récit, la convocation de la police parviendra
difficilement à Tobagoure. Quand finalement dans la nuit, elle le lui est
notifiée, il dit avoir pris l’engagement d’aller répondre le lendemain 30
décembre. Le 30 décembre, tôt le matin, deux éléments de la police, sont envoyés
pour interpeller Tobagoure. Les choses se passent mal. Un des policiers est
molesté gravement. Des coups lui sont assenés a la tête et son fusil lui est
retiré. L’autre a pu prendre la fuite. Les cris des femmes de la cours alertent
les voisins, qui accourent nombreux. La femme de Pierre Boussim lui donne
l’alerte au téléphone pour lui dire qu’on est venu « tuer Tobagoure ». C’est elle
également qui lui dira que la personne maîtrisée serait un policier. Il dit
alors avoir ordonné de « cesser les sévices » dès qu’il a su que c’était un agent
de la police. Cette affaire aussi se termine à la gendarmerie. A l’initiative de
Pierre Boussiam qui a fait une descente express a Sangou, son village ou il
projetait de passer le réveillon, le policier blessé que les populations
continuaient de séquestrer, même quand ils n’ont plus eu de doute sur son
identité, est restitué a sa hiérarchie. Le même Boussiam, accompagné du CVD du
village, decide d’aller rendre l’arme du policier à la gendarmerie. Les choses
se passent mal là bas. Les gendarmes sur instruction refusent de réceptionner
l’arme. Les villageois de Sangou se révoltent et se dirigent vers le
commissariat qu’ils décident de saccager. Pierre Boussiam ayant échoué a les en
dissuader se serait retiré, dit-il, vers la mairie, située non loin du
commissariat, pour verser des larmes. Ce jour là, le commissariat ne sera pas
saccagé. Mais en représailles, les concessions des peuhls de Sangou, seront
incendiées. Une précision qui permet de comprendre l’incident de Sangou. Les
deux familles Boussim et Barry cohabitent depuis près d’un siècle. Une des
tantes aux Boussim, une Gouba de la famille royale de Zabré, a même été mariée
dans la famille des Barry, elle est décédée, il y a quelques années. Les deux
familles entretiennent donc des liens étroits. Pierre Boussim, contrairement a
ce que dit son prénom, se serait converti a l’islam par les soins du patriarche
Barry. C’est à lui aussi, dit-il que je dois « d’être en vie. Il m’a soigné quand
j’étais petit, d’une maladie grave ». Mais la cohabitation a ses aléas. Oumarou
Barry, le père du petit Jacques, a pris la femme du frère de Tobagoure, émigré
au Gabon. A cela, il faut ajouter les amours déçues d’une des filles Boussim,
Hélène dite Bokangou, avec un de la famille Barry. Dès lors, les relations se
sont détériorées, inexorablement. Les incidents se sont multipliés. Le dernier
acte, celui du 29 décembre entre Tobagoure et le petit Jacques, fils du même
Oumarou qui a fait cocu son frangin du Gabon, a été le dernier de la série. Fin
donc de l’épisode trois.

Le 31 décembre, le 31 macabre de Zabré. Les mécontents de ces trois
villages, Yorko, Sangou et Gon (secteur 7 de Zabré) se retrouvent pour demander
le départ du commissaire de police Émile Kafando et de ses hommes, accusés de
prendre parti pour les peuhls, avec les convocations itératives. Déjà, la
veille, plusieurs hameaux peuhls avaient été passés par les flammes. De
Bargansi, ou les CRS avaient été appelés au secours, ils foncent sur Zabré, pour
empêcher l’incendie du commissariat. Face à l’échec de leur tentative à détruire
le commissariat, les assaillants mettent le cap sur la maison de Sambo. Ce
dernier, après l’incident du 24 décembre avait pris ses précautions. La suite
vous l’avez déjà lue .

Par Newton Ahmed Barry