Il a le dos au mur. Il est seul et pour une fois le temps pourrait lui manquer. Peut-il malgré tout rebondir ? A Kosyam, ça ne dort plus. Derrière le rideau de feu des têtes brûlées de son système Kouanda and Coe, il consulte et empile les propositions. Tout serait négociable, Sénat et article 37, mais à des conditions qui ne lui sont pas défavorables.

Les évêques ont explosé le système Blaise Compaoré. L’analyse n’avait sans doute pas besoin d’aller aussi loin dans le procès du régime. Mais les évêques, qui sont des gens extrêmement avisés ont voulu s’épargner de devoir intervenir itérativement dans ce long et pénible débat politique « sur le sexe des anges » du régime de Blaise Compaoré. Depuis 1998, les termes du débat ne se sont pas renouvelés. Blaise Compaoré nous enferme tous dans ses lubies et momifie la politique autour de son « indispensabilité ». Il a réussi au-delà de ses espérances. 

Comment en sortir ? 

Les guignols de la majorité occupent le devant de la scène dans un cirque immuable. Dans les années 1990, c’était un certain Dim Salif, beaucoup on oublié jusqu’à son nom aujourd’hui, puis se sont succédés quelques bouffons de la majorité durant la décennie 2000-2010. Depuis 2012 c’est une nouvelle équipe, Kouanda and Coe, arrivée au crépuscule, mais convaincue de pouvoir retarder longtemps le coucher du soleil avec les mêmes vieilles recettes. Mais comme d’habitude, ce n’est pas à ce niveau là que ça se passe. Il faut donc voir ce qui se prépare à l’arrière boutique.

Blaise continue de régenter l’ensemble du processus. Plus que jamais, il a tout concentré à son niveau et reçoit régulièrement et directement les personnes qui lui paraissent présenter un quelconque intérêt.

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Sur le Sénat. Il n’y serait pas attaché outre mesure, mais voudrait le monnayer. L’intervention des évêques contrarie quelque peu ses plans. Il aurait voulu les utiliser comme intercesseurs auprès de Diabré et de l’opposition. Sauf qu’avec la lettre qu’ils ont produite, les évêques ont tout gâté. C’étaient les seuls qui ont suffisamment de crédit pour conduire pareille intermédiation. Que reste-il comme solution au président ? Un facilitateur extérieur ! Eh oui, pour une fois peut-être Blaise Compaoré devrait aussi y recourir. A la conférence de presse qui a sanctionné la visite de travail de Macky Sall, le président du Sénégal, Blaise Compaoré a ignoré la question sur le Sénat et s’est délecté « de la catastrophe malienne ». C’est le signe qu’il ne veut pas en parler pour le moment.

Quel est l’agenda ?

 Probablement laisser courir la contestation et suivre son ampleur. A Kosyam on est convaincu que la mobilisation ne dépassera pas un certain seuil. L’attitude des syndicats qui refusent toute jonction avec les politiques renforce cette conviction. Du pain béni que le pouvoir ne manquera pas d’exacerber. La première récompense a été un traitement spécial, de la manifestation contre la vie chère et celle par les medias d’Etat et à la clé une offre de négociation du premier ministre. Il y a donc un pari sur l’essoufflement de la mobilisation de l’opposition que l’isolement avec la société civile, notamment les syndicats devrait précipiter.

La mise en place du Sénat va se faire. Le 28 juillet, les Sénateurs territoriaux seront choisis. Le président devrait choisir les siens et les autres organisations sociales en faire de même. L’Eglise catholique n’y sera pas. Sauf si le pouvoir arrivait à dénicher des snipers. Pas directement parmi les prélats, mais dans les laïcs…Les syndicats représentatifs non plus. Mais à ce niveau, trouver des larrons n’est pas la mer à boire. Les Sénateurs représentant les syndicats seront bel et bien désignés. 

Le Sénat devra faire son entrée en début septembre, quelques jours avant la rentrée solennelle de la session budgétaire de l’assemblée nationale. A partir de là, une offre de discussion pourrait être faite à l’opposition, dans un format qui n’est pas encore définitivement arrêté. Des discussions au cours desquelles on devrait tout remettre à plat ; Sénat et le sort à réserver à l’article 37. Certains pensent que le président ne s’opposerait pas alors à une éventuelle dissolution du Sénat.

Quel format et quelle contrepartie ?

 Le débat serait à ce qu’on dit entre une constituante, façon Hermann Yaméogo et une assemblée consultative. Le débat ne serait pas tranché, mais Blaise montrerait encore des réticences pour la constituante. Sauf si évidemment, elle devrait se solder par un bonus de quelques années à la tête de l’Etat pour lui. Une option dont pourrait s’accommoder certains « réformateurs » qui pourraient s’en servir pour refaire leur retard sur les rivaux de tout bord. L’objectif serait de faire mentir Napoléon qui avait proclamé que « la révolution ne bénéficiait jamais à ceux qui l’ont déclenché ». Sauf que l’éventualité d’un bonus pour Blaise Compaoré, même de quelques semaines, après 2015, ne passera pas.

Voilà où on en est à l’entame des vacances gouvernementales. Ce scénario devrait nous conduire jusqu’en début 2014. C’est le scenario optimiste. Seulement, rien ne dit que le mouvement de protestation de l’opposition va s’essouffler. En face, la gouvernance continue de cumuler des raisons de mécontentements. Il n’est pas impossible que les défaillances de la SONABEL, mensonge sans fin sur un service d’électricité qui n’aboutit pas et parallèlement des factures d’électricité qui elles ne baissent jamais ne constitue l’étincelle qui embrase à partir d’un quartier précaire. Les étudiants sont là et leur problème n’a pas évolué depuis le passage mouvementé de Luc Tiao au campus de Ouaga. Si Blaise Compaoré peut, pour son ego, claquer des milliards pour un Sénat auquel il ne tient pas forcément, il lui faudra en trouver tout autant pour les réels problèmes des étudiants et des jeunes. La rentrée c’est pour pas longtemps. Que dire des travailleurs ? Sauf à paralyser le pays, il lui faudra bien « réviser les salaires ». La mise en place du Sénat pourrait enclencher la spirale infernale. 

Tous les scénarios sont sur la table. Le temps n’est plus forcément l’allié de Blaise Compaoré.

Par Newton Ahmed BARRY