Le temps s’égrène inexorablement. Nous sommes à 18 mois de la présidentielle de novembre 2015. Officiellement, pour Blaise il n’est pas question d’en parler. Mais officieusement il tisse sa toile. Il consulte. Les dernières nouvelles ne sont pas pour le rassurer…mais tant pis, il en a vu d’autres. 

De sources très introduites, un message presque conjoint de la France et des Etats-Unis aurait été acheminé par les voix habilitées à Blaise Compaoré, pour exprimer leur opposition à la révision de l’article 37. Les Etats-Unis particulièrement considèrent la modification de l’article 37, comme « un coup d’Etat constitutionnel  ». S’il devait se produire, les américains annoncent qu’ils en tireront toutes les conséquences. Lesquelles ? Elles ne sont pas explicitées, selon la source, mais il pourrait s’agir du refus de faire débloquer les financements au niveau de la banque mondiale, le FMI et même la BAD. Dans ces conditions le Burkina ne tiendrait pas, selon notre source, plus de trois mois.

Alassane a aussi…

Le président ivoirien, qui est comme on le sait, un obligé de Blaise Compaoré se trouve de plus en plus embarrassé par l’entêtement de Blaise Compaoré. En attendant d’en savoir plus sur la dernière entrevue entre les deux présidents, après que ADO ait reçu les leaders du MPP et Zéphirin Diabré, le président ivoirien ne cache pas en privé son embarras. Il répète sans cesse à ses visiteurs que « les prétentions de Blaise Compaoré ne passent pas au niveau des partenaires ». Pour l’instant, les mêmes partenaires se gardent bien de réagir. Mais le jour où le rubicond sera franchi, alors là, ils vont se faire entendre.

Blaiso.jpgBlaise aura-t-il les ressources pour rebondir ? que fera-t-il ? (Ph, Dr)

Blaise Compaoré qui a des amis, notamment les Jean Guion et autres, n’ignore rien de tout cela. Il voudrait jouer la carte « du président en osmose avec son peuple », c’est comme par hasard, le titre de l’Edito du journal (Agora hors série 08) de l’excellent Alex Bamba, journaliste professionnel diplômé (d’où ? C’est pas indiqué), c’est comme ça qu’il signe ses articles et se donne des interviews dans son propre journal. « Alex interroge Bamba  ». L’excellent Alex Bamba qui est venu, en pré chevalier, jusqu’à Ouagadougou, déjouer « le complot de silence ourdi par des proches indélicats contre Blaise Compaoré ». Ces Hors séries, justiciers, comme on le sait se distribuent gratuitement sur l’ensemble du territoire, avec des voitures fonds rouge. Rien de moins.

Pour en revenir à notre sujet, Blaise Compaoré reste convaincu que les choses sont toujours sous contrôle. Il ne s’inquiète pas outre mesure du « phénomène MPP », qu’il considère comme un feu de paille. En réponse à la mobilisation du MPP, il a dénoué les cordons de la bourse. 180 milliards pour soulager la souffrance des Burkinabè. Les ministres ont été commis d’aller par Monts et Vallées expliquer la bonne nouvelle au peuple et annoncer la venue très prochaine, du président lui-même. En effet, il est programmé que le président fasse une tournée nationale pour s’adresser directement aux burkinabè. Ce sera sans doute après la Journée nationale du paysan de Fada, prévue pour le week-end du 10 au 13 avril.

Surtout on ne change rien…madame la marquise 

Même si ça valse, ça revient. Le président droit dans ses bottes attend le moment de passer à l’acte. Ou du moins c’est l’impression qu’il donne. Le Sénat, il sera mis en place incessamment. Le référendum, maintenant on parle du mois d’octobre. Le président ne veut rien entreprendre qui entrave le Forum international sur l’Emploi, de l’UA, qu’il va abriter en septembre. Surtout que la voie qui est choisie, le recours à l’article 49 de la constitution, pour convoquer le référendum risque de faire du bruit. Pour les constitutionnalistes ce ne serait rien de moins « qu’une fraude à la constitution ». Il faut donc attendre le bon moment pour lancer les hostilités. Le référendum pourrait donc avoir lieu en octobre ou novembre 2014 et pourrait ne concerner que les burkinabè de l’intérieur. A cette date, la CENI qui a entamé la révision des listes, n’aura pas fini d’enrôler les burkinabè de l’extérieur et publié la liste électorale. Les connaisseurs de la chose électorale pensent qu’une élection ne peut survenir qu’un mois après la publication des listes électorales. Dans ces conditions le référendum pourrait donc se faire sans les burkinabè de l’étranger.

Kadré l’autre Larron…n’aura pas l’âne

 Le président de la Commission de la CEDEAO ne semble pas faire l’unanimité dans la famille présidentielle. « Il ne connait pas le CDP » s’insurgent certains. « Il est trop peureux » renchérissent d’autres. Il suffira « que les blancs rougissent l’œil et il va nous livrer tous » vitupèrent les plus hostiles. Alors, au grand dam de Blaise, la carte Kadré va être remisée au placard. Vraisemblablement, il ne lui reste plus qu’à assumer courageusement son destin. Le scenario de « l’honneur  » ne semble pas le tenter. Il ne veut pas non plus d’une retraite à la Francophonie. Il va demander au peuple de le départager entre lui et lui-même. Car c’est lui qui est aujourd’hui « le problème ».

Il peut pour ce faire compter sur le « Front républicain » et surtout sur le génie politique de Hermann Yaméogo. Premier test qui sera réussi avec brio, on s’en doute, le grand meeting du 12 avril qui se tiendra enfin à Bobo Dioulasso, au stade Wobi. Il sera plein à ras-bord. Puis ce sera les tournées du président. Les foules on devrait les voir, comme au cinéma, dans une mise en scène naturellement soignée. Le peuple veut les feuilles, il devrait en avoir pour son compte. De cette tournée du président on devrait s’en souvenir, comme d’une épopée, dans toutes les chaumières pour des siècles et des siècles.

Par Newton Ahmed BARRY