On attendait quelque chose à cette rentrée politique. On a eu deux événements. Le projet avorté d’une proposition de loi du CDP et cette exhortation au dialogue de Blaise Compaoré. Les deux ont surpris. La première initiative a fait long feu. La seconde initiative qui a tout aussi surpris, est désormais à l’œuvre. Quel sera le sort de cette seconde initiative ? Les conjectures vont bon train et chacun y va de son commentaire.

A ce stade on peut examiner les conditions, les acteurs et les sujets. D’abord les conditions. Le président a pris l’initiative de convoquer les composantes de la classe politique pour les enjoindre d’imaginer un cadre de dialogue et de se retrouver pour s’entendre sur les sujets de la crise actuelle.

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Le président, ce faisant, se place au dessus des partis politiques. Il renvoie les partis dos à dos et se dédouane de toute implication dans la crise politique qui secoue le pays. Il s’en suit que c’est finalement un différend de la classe politique qui n’arrive pas à s’entendre sur la question de l’article 37. Il leur demande donc d’aller s’entendre. Blaise Compaoré qui est au dessus de la mêlée avisera selon les résultats au moment venu.

Quels sont les acteurs ? Le président a décidé de convier seulement les politiques. Dans l’échiquier politique actuel, il y a trois composantes, dont deux se confondent. Il s’agit de l’opposition regroupée au sein du CFOP, de la majorité présidentielle et du Front républicain qui est une entité hybride où se retrouvent la plupart des composantes de la majorité présidentielle à l’exception de l’ADF/RDA. Les acteurs qui doivent s’entendre ne sont pas en réalité trois, mais deux.

Quels sont les sujets du dialogue ? Le sujet principal c’est la suppression de la limitation des mandats présidentiels. C’est le sujet principal, les deux autres n’étant que les modalités de l’accomplissement du principal.

S’il n’y avait pas l’intention de réviser l’article 37, les deux autres sujets ne se seraient pas posés.

Le Sénat et le référendum qui sont en passe d’éclipser le sujet principal, sont en réalité les adjuvants du premier. Mais les partisans de la révision de l’article 37 ont réussi le tour de force à en faire des sujets autonomes de la crise.

C’est donc autour de cette principale question qu’il faudra s’entendre. Si les acteurs politiques s’entendent pour réviser l’article 37, ils pourront alors choisir les modalités de la révision, conformément à la Constitution. S’ils ne s’entendent pas alors le président va user de ses prérogatives pour les départager. Il pourra donc faire usage, même si c’est une vraie fraude à la Constitution, des prérogatives que lui confère l’article 49 de la Constitution. Tout laisse croire qu’on est dans le scénario des partisans de Gbagbo « on révise ou on révise ».

Du même coup aussi, le président satisfait aux dispositions des conventions et traités des organisations africaines qui conditionnent les révisions constitutionnelles à une concertation des acteurs politiques et au référendum.

Au passage il pense ce faisant, qu’il pourrait être absout « d’entraver l’alternance ». Puisque la charte africaine sur cette question indique clairement que toute révision constitutionnelle qui vise à empêcher la survenue d’une alternance est proscrite.

Le médiateur Blaise Compaoré a des ressources inépuisables. Après la médiation chez les autres, le voilà médiateur chez lui dans un sujet qui le concerne au premier chef. S’il y arrive, il faudra vraiment l’instituer titulaire de chaire dans la médiation.

Que peut-il se passer au cas où une entente se fera sur le maintien de l’article 37 en l’état ? Quelle contrepartie les mouvances présidentielles vont demander et qu’est-ce que l’opposition réunie au sein du CFOP est prête à concéder ? Ce scénario à peu de chance de se poser, mais il ne faut pas l’exclure d’emblée.

Si le président tient au dialogue, ce n’est pas pour abdiquer de son intention de rester après 2015 au pouvoir, c’est pour se donner les moyens de rendre moins contestable le passage en force qu’il va opérer. Sinon il sait qu’il lui suffit de dire qu’il n’est pas concerné par l’après 2015 et tout de suite la crise est terminée. 

Newton Ahmed BARRY