La réunion du bureau politique annoncée comme houleuse a tenu toutes ses promesses. Salif Diallo a retrouvé sa verve et Roch son cran. Ce sont eux qui ont été les vrais animateurs du BPN dan la salle du CENASA. Assimi Kouanda et les autres se sont défendus comme ils ont pu, dans une arène globalement hostile. La fracture s’est encore un peu plus élargie.

 

Dans l’agenda de la rencontre, dans la salle du CENASA, ce samedi 09 septembre 2012, il était prévu une pause à 11 heures, pour permettre à la presse de faire des photos. Mais les organisateurs n’avaient pas compté avec les honorables membres du « Front de refus ». A l’ordre du jour de la réunion du bureau politique national, il y avait quatre points, dont le bilan des activités menées depuis la tenue du dernier congrès, en mars dernier. Un point de discorde supplémentaire venu aggraver le cas d’un secrétariat exécutif considéré comme congénitalement illégitime. La mise en place de la nouvelle direction du CDP, en mars dernier, était restée en travers de la gorge d’un grand nombre de militants, dont les membres du fameux « Conseil national ». Annoncée à la fin du congrès, après des heures d’attente, la composition et la structuration du nouvel exécutif du CDP, avait surpris et tétanisé les congressistes. « C’est ainsi qu’on a toujours procédé au CDP », justifie un membre du nouveau Secrétariat exécutif national (SEN), un des deux rescapés de l’ancienne équipe dirigeante. Sauf que cette fois, la chose n’est pas passée et la première réunion d’une instance nationale, comme le BPN, offrait une bonne tribune pour l’expression des frustrations accumulées. Roch Marc Christian Kaboré disait à ceux qui venaient se plaindre à lui, de le faire dans les instances du parti. Le message est visiblement bien passé. Le BPN a été vraiment houleux.

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Assimi Kouanda passablement énervé

Finalement, avec la torture des événements, c’est trente minutes après l’heure prévue, que la presse a été autorisée à entrer dans la salle. Asssimi Kouanda, le Secrétaire exécutif du parti, répondait aux salves qu’il venait d’encaisser. Le visage ruisselant de sueur, malgré le fèfè au maximum, on le sentait piqué au vif. « Nous ne sommes pas des martiens… » Répond-il à la critique sur la légitimité des membres de son bureau. « Il faut qu’on se respecte… » enjoint-il ses camarades, dans une colère contenue. Avec la présence de la presse, Kouanda, aidé par son naturel pondéré et affable, n’a pas beaucoup d’efforts à faire pour se contenir. Mais ceux qui l’ont connu professeur à l’université, savent ses tics, quand il est énervé. Les mots choisis permettent de deviner la causticité des interventions antérieures. Un confrère de L’Observateur Paalga, qui a pu déjouer la vigilance du service d’ordre du parti, a eu le bonheur d’entendre les premiers mots de Salif Diallo, avant de se faire répérer et renvoyer de la salle. Une fois dehors et en petit comité, il avoue : « c’est houleux. Les propos de Salif Diallo sont trop durs. C’est vraiment vrai qu’il y a la crise au CDP ».

Gorba, c’est le surnom de Salif Diallo, « était venu pour faire la bagarre », assure, un responsable du service d’ordre. « Il n’est pas rentré comme les autres par les portes latérales. Il est passé par l’entrée principale, en saluant tout le monde. On a alors compris, qu’il n’allait pas se taire cette fois ». Depuis son retour de Vienne et malgré sa réhabilitation, Salif Diallo s’était montré trop discret. Au congrès dernier, lui qui d’habitude, animait l’instance, avait fait profil bas. La manière dont le nouveau bureau exécutif du parti a été formé, a fait faire un tour à son sang et réveillé le baroudeur. Quand il a pris la parole au CENASA, il a commencé d’abord par apostropher le présidium : « Je n’ai pas peur de vous dire la vérité (…) C’est un putsch que la FEDAP/BC a perpétré pour prendre la tête du CDP. Une association apolitique qui s’empare des instances dirigeantes d’un parti politique, par la cooptation (…) d’inconnus … » 

La salle silencieuse boit les paroles de Gorba. Alertés, ceux qui étaient dehors accourent et s’agglutinent aux portes. Quand il finit, contrairement à la règle au BPN, il est applaudi. Coïncidence, au même moment le courant se coupe au CENASA. Beaucoup en profitent pour sortir et lancer les « tweet ».

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C’est véritablement le tournant de la réunion. On ne parle plus que de l’intervention de Salif Diallo. Les jeunes du parti qui assurent la logistique commentent et approuvent. Beaucoup sont amères. Leur dévouement pour le parti, depuis sa création n’a pas été payé en retour. Ils sont même très précis dans leur critique : « regardez l’adjoint de François Compaoré dans le secrétariat exécutif, le jeune Yago Alpha, qui le connait vraiment ? » peste S B. Un autre camarade ironise « pour le présenter aux militants de sa région, il faut évoquer son père ». Yago Alpha, dit-on, doit sa promotion fulgurante dans les instances du CDP à sa femme. Il a épousé une nièce de Blaise Compaoré. Une pratique que fustigeait justement Salif Diallo. Dehors donc, c’est le buzz, autour des propos de Gorba. Dans la salle, la réunion se poursuit, mais a perdu de sa sérénité. Le bilan des activités ne passe pas pour nombre de membres du BPN. Le nouvel exécutif est accusé d’en faire à sa tête en excluant « les conseillers » de faire des activités non ordonnées par les instances habilitées etc. La barque de la nouvelle direction a été donc bien chargée. Mais s’ils s’y attendaient quelque peu, en raison des informations qui avaient fuité dans la presse, les membres du nouveau bureau étaient loin d’imaginer que la charge serait aussi frontale et brutale.

 

A chacun selon son tempérament

Il a fallu donc répondre aux charges. Kouanda en premier, a tenté de rassurer et de s’excuser même parfois. Il n’est pas question dit-il de nier « les contributions des équipes précédentes. Le bureau actuel ne peut pas réussir seul ». Puis c’est à Alain Yoda de venir à sa rescousse. Pour avoir participé à toutes les équipes dirigeantes du CDP, depuis sa création en 1996, il rassure les camarades : « nous n’avons rien changé dans le fonctionnement du CDP » et à Salif Diallo, il lui rappelle que « les directions du CDP n’ont jamais été élues. C’est par la cooptation que les gens ont toujours été choisis. Le nouveau bureau a donc gardé les pratiques du parti »

 

Un ressort est cassé

La réunion du BPN du 9 juin a étalé au grand jour ce que la presse annonçait depuis des mois. Les premiers édifiés ce sont les militants du parti eux-mêmes. Le droit à l’information n’est pas encore acquis, dans le fonctionnement du premier parti du pays. Les militants sont les derniers à savoir ce qui s’y passe réellement. CDP INFO, l’organe officiel d’information du parti, plus Pravda qu’autre chose, dans sa dernière livraison (n°93 de mai 2012) indiquait à sa Une que « les bases étaient galvanisées avec les rencontres du SEN », passant royalement sous silence les heurts dans certains secteurs de Ouagadougou et les rencontres houleuses, comme celles de Ouahigouya. Dans la capitale du Yatenga un militant regardant les envoyés du SEN droit dans les yeux leur a tenu le propos suivant : « Où est Salif ? (allusion à Salif Diallo). Nous, c’est à cause de lui que nous avons rejoint le CDP. Si Salif n’est pas parmi vous, pour nous, vous n’êtes rien ».

Cette réunion du BPN va marquer sans aucun doute un tournant dans la vie du CDP. La rupture est consommée. Pour s’en convaincre, il fallait faire attention à comment les gens étaient installés dans les premiers rangs. Sur la rangée du milieu et de façon compacte, le groupe à François Compaoré. Il est assis bien entouré par ses lieutenants. Sur une des rangées latérales, les frondeurs. Pas ensemble de façon compacte, mais en queue leu-leu sur la même rangée. Roch, impassible, à la première rangée séparé de Bongnessan de quelques chaises. Derrière eux, Salif Diallo, en simple bras de chemise grise, mâchouille son chuwing gum, savourant la tambouille qu’il a provoquée dans la salle. A ses côtés, Jean Marc Palm, une vieille amitié des soirées veillées débats révolutionnaires.

Contrairement aux habitudes dans les réunions du parti, ce BPN restera dans les annales. Aucune question n’a été éludée. Sur les rumeurs de scission, Roch interpellé, dit une source, a refusé d’infirmer ni de confirmer. Une autre source dit plutôt que c’est à Assimi Kouanda que la question a été adressée. Il aurait répondu, qu’il a entendu comme tout le monde. Signe des temps incontestablement. En d’autres temps, les intéressés auraient été sommés d’infirmer les allégations et de faire leur autocritique. Mais visiblement le bureau de Kouanda n’a plus cette force. Il est obligé d’encaisser, avec peut-être le secret espoir, que les frondeurs se décideront à aller voir ailleurs. S’ils devaient rester après l’épisode du CENASA, c’est sûr, ils vont mutuellement se pourrir la vie, surtout à l’approche d’échéances aussi importantes que les élections couplées de décembre 2012. Le rendez vous est capital et explique sans doute l’OPA de la FEDAP/BC. Il s’agit d’abord de mettre en place, une majorité cohérente à l’assemblée nationale qui servira de tremplin pour la conquête de Kosyam en 2015, au prochain candidat du CDP à la présidentielle. Comme c’est maintenant sûr que ça ne peut pas être Blaise Compaoré, la suite est facile à deviner. Pour cela il faut surmonter le boulet des « conseillers ». Blaise qui est le seul instigateur de la situation présente, doit donc descendre une fois de plus dans l’arène. En nommant Assimi Kouanda, qui n’est candidat à rien, il voulait s’assurer la possibilité de régler à sa convenance, son après règne. Les choses ne se passent manifestement pas comme il l’avait prévu. Un souci supplémentaire au moment où il rencontre des revers dans ses médiations.

Par Newton Ahmed Barry