Il était la personnalité la plus en vue dans le premier gouvernement de la Transition après Yacouba Isaac Zida. Certains le voyaient comme l’éminence grise, le véritable stratège de la « bande » à Zida, engagée dans une lutte à mort contre les anciens frères d’armes du RSP. Discret, l’homme est cependant d’une redoutable efficacité. Le tombeur de Diendéré et de Bassolet, c’est lui. Bien qu’évincé du gouvernement, il a manœuvré dans l’ombre pour obtenir le sursaut de l’armée contre les putschistes. Les écoutes téléphoniques qui ont révélé les complicités extérieures dans le coup d’Etat manqué, c’est toujours lui qui a, dans le plus grand secret travaillé à réhabiliter les grandes oreilles du bureau de renseignement de la police basé à Gounghin. Il se définit lui-même comme un patriote solidaire de la lutte de son peuple. Son éviction du gouvernement est à ses yeux l’œuvre du général Diendéré qui avait réussi à enfumer le président Kafando. La dernière sortie de l’ASCE/LC est la goutte d’eau de trop. La peinture faite de sa gestion telle qu’il ressort de la conférence de presse du 22 avril de l’institution de Luc Marius Ibriga est inacceptable. Il le lui a fait savoir. On ne bafoue pas impunément l’honneur d’un officier de sa trempe !

denise_auguste_barry.jpgAuguste Denise Barry est un homme branché. Les TICs ça le connait. Véritable ogre de l’information, le colonel ne rate pas une seule publication de la presse nationale. Ceux qui le connaissent le disent très cultivé. Les commentaires de la presse suite à la conférence de presse de Luc Ibriga sont pour lui un désastre sous l’angle de son image. Il avait voulu réagir dans les mêmes formes à travers la presse, mais le ministre de la défense lui aurait opposé un non catégorique. Ce serait un mauvais précédent aurait-il dit. Qu’à cela ne tienne, le colonel va user de son droit de contestation tout de même. Le 27 avril dernier, il est reçu à l’ASCE/LC par le patron de l’institution et l’équipe des enquêteurs, accompagné de son ancien DAF.

Les griefs du colonel Barry
Le colonel Barry critique le rapport de synthèse tant dans la forme que dans le fond. Sur la forme, la procédure de l’audit prévoit que le rapport provisoire soit communiqué aux audités pour recueillir leurs observations. Cela permet aux mis en cause de fournir les explications nécessaires. Or cette formalité n’a pas été respectée en ce qui concerne le colonel Barry qui dit n’avoir à aucun moment reçu communication du rapport. En fait, le rapport a été envoyé au MATDSI et non pas au ministre dont la gestion est mise en cause. Le deuxième problème concerne le champ temporel de l’audit qui s’étend du 1er janvier 2015 au 28 décembre 2015. Or les irrégularités relevées tant dans les marchés, les comptes de dépôts et les régies d’avances ne concernent pas cette période. Elles sont antérieures à la Transition. Une curiosité que relève le colonel Barry non sans ironie en faisant remarquer que les irrégularités en question avaient du reste été déjà constatées par la même ASCE/LC en 2015, ce qui a valu d’ailleurs l’inculpation de Jérôme Bougouma, à l’époque en charge du département. Du reste, insiste le colonel, « il serait souhaitable que les griefs qui sont soulevés dans le rapport concernent des contrats et des dépenses que le colonel Barry a dûment approuvés ou ordonnés ». Enfin pour plus de clarté dans la présentation du rapport, observe le ministre, il aurait fallu faire la part des choses en tenant compte des scissions et recompositions intervenues au sein du ministère. En effet, le MATDS a été scindé en deux en juillet 2015 pour donner le Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation (MATD) et le ministère de la Sécurité (MS). Si l’objectif était de coller au découpage des départements actuels (date de l’audit), observe le colonel Barry, c’est le MATDSI dirigé actuellement par Simon Compaoré qui aurait dû être mentionné sur le rapport communiqué à la presse.
Sur le fond du rapport, les observations portent sur trois points : les marchés publics, les comptes de dépôts et les régies d’avances. Sur les marchés publics, les contrats par entente directe ne peuvent lui être reprochés affirme-t-il, à l’exception du carburant et de l’hélium où il n’y a du reste qu’un seul fournisseur sur le marché. En ce qui concerne les comptes de dépôts, deux rubriques sont concernées. Sur le compte équipement d’urgence, les irrégularités relevées et qui sont de 511 187 800FCFA concernent toutes des contrats de l’année 2014 approuvés par Jérôme Bougouma. Elles ont déjà été constatées antérieurement par l’institution d’Ibriga.
S’agissant du compte appui à la sécurité, sa spécificité fait que depuis 2002, date de sa création, les dépenses qui y sont effectuées ont toujours dérogé à la règle. Toutefois, elles font l’objet d’un contrôle annuel par le ministère de l’Economie et des Finances. Concernant les régies d’avances, le colonel pointe du doigt des problèmes récurrents tels que l’insuffisance des crédits et surtout leur déblocage tardif. Rester l’arme au pied dans ces conditions pourrait entrainer des conséquences infiniment plus dommageables.

Ingratitude et acharnement
C’est précisément dans le souci de la bonne gouvernance qu’une conférence d’orientation stratégique fut conçue et tenue dès janvier 2015, deux mois seulement après l’insurrection. Son intitulé en dit long sur les ambitions de son concepteur : « imposer concomitamment une gestion rigoureuse des ressources financières, un management vertueux des ressources humaines avec des obligations de résultats, une moralisation de tous les secteurs relevant des compétences du MATDS pour un service public de qualité au profit des citoyens». Dans la ligne de cette orientation, le colonel rappelle l’impulsion qu’il a donnée en réactivant les structures de contrôle de son ministère, toute chose ayant valu au ministère l’admiration de nombre de Burkinabè, notamment dans le domaine de la lutte contre l’insécurité. Tout cela dans un contexte où le ministère trainait des arriérés d’impayés de plus de 7 milliards sur des marchés conclus par l’équipe précédente. Je n’ai pas pris un seul franc du Trésor public s’indigne le colonel Barry. Mieux il affirme avoir veillé personnellement à ce que les ressources soient gérées avec la plus grande rigueur. Toutefois, il se dit prêt à répondre devant la justice s’il le faut, pour les fautes de gestion qui lui seraient imputables.
Que pense l’équipe d’audit des observations du colonel Barry ? En attendant que l’ASCE/LC se prononce sur la question, des informations dont nous disposons, il ressort que : l’équipe d’audit a reconnu que la façon dont les données ont été présentées dans le rapport de synthèse est anormale. Le chef de l’équipe dit n’avoir vu ledit rapport que le 27 avril dernier lors de la rencontre avec le colonel Barry. Il était en mission à l’extérieur lors de la conférence de presse. Il a regretté le fait que le colonel Barry n’ait pas reçu le rapport provisoire de l’ASCE/LC. Il en impute toutefois la responsabilité aux services de Simon Compaoré qui n’ont pas fait suivre.
Chose curieuse, elle a reconnu que les réponses élaborées par les services techniques de Simon, reçues dès le 12 avril à l’ASCE/LC, soit 10 jours avant la conférence de presse n’ont pas été prises en compte pour l’occasion. Quelles en sont les raisons? Contacté, le contrôleur général estime que les réponses sont arrivées hors délai. Toutefois, elles seront transmises à l’équipe qui a réalisé l’audit afin qu’elle en tienne compte dans le rapport définitif destiné au chef de l’Etat. Dans la foulée, il nous annonce qu’une réponse est en préparation portant sur les griefs du colonel Barry. Il rassure cependant qu’il n’y a aucune intention malveillante à son égard. En dehors de l’amalgame et la confusion temporelle sur les imputations attribuées au MATDS, du côté du contrôle d’Etat, on estime que la responsabilité du colonel Barry demeurera entière dès lors qu’il a pris la décision d’ordonner des paiements sur des engagements financiers irréguliers. Un précédent audit ayant révélé l’existence de marchés frauduleux (surfacturations) sous Bougouma, la bonne pratique aurait été d’arrêter de payer. Certes le rapport final reflètera mieux la situation après analyse de l’ensemble des arguments produits par le colonel. Le président du Faso agissant en sa qualité de ministre de tutelle se serait personnellement engagé à ce que les observations du colonel Barry soient examinées dans l’intérêt de la manifestation de la vérité. Il faut espérer pour les Burkinabé un retour d’information à la hauteur de la situation. Qu’on le veuille ou pas, Auguste Denise Barry est perçu par nombre de citoyens comme un héros. Ils sont forcément intéressés par le fin mot de l’histoire !

Par Germain B. NAMA