En l’espace d’une semaine, d’un vendredi à un autre, le Burkina a fait face à deux attaques majeures. L’attaque Djihadiste de Splendid-Capuccino et le raid commando sur Yimdi. Deux attaques qui ont, pour le moins, définitivement orienté, (momentanément il faut l’espérer), le cours du quinquennat de Roch Kaboré. L’attaque de Yimdi est d’une autre nature que celles des djihadistes, mais indique clairement une des menaces auxquelles le nouveau régime devrait faire face.

militaires5.jpgJusqu’en septembre 2015 et malgré le vent débout des « anti-RSP  », il avait été convenu que ce serait au nouveau pouvoir, sorti des urnes, de décider du sort de l’ancien régiment de sécurité présidentielle. Le coup d’Etat du 17 septembre a changé la donne. La transition a finalement dissout le RSP sans se soucier « du service après-vente  » d’une telle entreprise. Le gouvernement, sorti des urnes le 29 novembre 2015, hérite malgré tout, de la gestion des suites de cette dissolution. L’attaque de Yimdi en est une des manifestations de cette équation RSP, non résolue. L’autre c’est évidemment les déserteurs du régiment dont on ne connait pas forcément le nombre, mais dont la présence à Abidjan constitue un sérieux problème pour le nouveau pouvoir à Ouaga.

Yimdi on s’y attendait !
Début décembre 2015, alors que le pays attendait la confirmation de l’élection, au premier tour, de Roch Kaboré, une information a circulé faisant le buzz, mais sur laquelle ni la justice militaire, ni la hiérarchie de l’armée n’ont été véritablement très claires. C’est surtout le premier ministre sortant, Yacouba Zida, qui en a parlé plus explicitement. Pour lui, une tentative de libération des généraux Bassolet et Diendéré, par des éléments de l’ex RSP avait été éventrée. C’est lui qui en donne le scénario. Une cinquantaine d’éléments de l’ex régiment se réunissaient dans une Cour au quartier Tengandogo, non loin de l’hôpital Blaise Compaoré, dans le but de fomenter la libération des généraux incarcérés après s’être procuré des armes, en cassant évidemment les dépôts de l’armée. Informé par une taupe au sein des conspirateurs, il a été décidé de lui remettre un enregistreur, pour capter les conversations pour servir de pièces à conviction. A la réunion qui a suivi, la taupe a enregistré les échanges et est venue les livrer au commanditaire. C’est sur la foi de cet enregistrement que les conspirateurs ont été cueillis ou du moins certains d’entre eux. A l’époque les sources avaient parlé d’une dizaine d’interpellation. Malgré ces arrestations Yimdi a été tout de même attaqué avec succès. Que s’est-il passé ?
Les enquêtes se poursuivent et il n’est pas sûr qu’on en sache un jour le fin mot de cette histoire. Selon les sources, ce ne serait pas une attaque en règle, mais plutôt une ruse commando qui a permis aux assaillants, dont certains sont préposés à la garde du dépôt de réussir l’attaque. Les assaillants, frères d’armes des gardes sont arrivés sans éveiller les soupçons. Ils ont pu pénétrer l’enceinte du dépôt, ont ligoté certains gardes et se sont saisis d’une quantité non identifiée d’armes. Ils n’auraient pas pu, par contre, avoir accès aux munitions qui ne sont pas stockés aux mêmes endroits que les armes. Sur cette question d’accès aux armes, une autre source prétend que les assaillants n’ont pu saisir que les armes de la garde et les « Bonnes de guerre» (les armes usées) entreposées dans les magasins de réparation. Les assaillants n’ont pas eu le temps de défoncer les murs de bétons pour  accéder aux vraies armes, puisque l’alerte a été très vite donnée. Aussitôt on a pu remonter la piste des assaillants et identifier les sept auteurs de l’attaque qui ont été pris en chasse et pour l’essentiel capturés. Un seul est annoncé mort pour avoir voulu résister.

Il se pose alors la question de savoir à quoi ont servi les arrestations préventives ?
Elles n’ont pas pu empêcher l’attaque de Yimdi. Or justement dans le plan des conjurés, il fallait d’abord se procurer des armes avant d’aller libérer les généraux. Dans l’enregistrement obtenu par le mouchard, il est clairement dit que les éléments « veulent bien agir, mais ils n’ont pas l’armement nécessaire  ». Dès lors, qu’elles sont les dispositions qui ont été prises pour sécuriser le principal dépôt d’armes du pays ?
La réponse à cette question peut aider à éclairer le mystère. La garde du dépôt est restée, comme on le sait, entre les mains des « RSP pro-Zida  ». Du moins les éléments du RSP pro-Zida n’ont pas été soustraits de la garde du dépôt. Quel rôle ces éléments ont-ils joué dans les attaques ? On est intéressé à le savoir. En fonction de la réponse on peut savoir si c’était une vacherie ou pas de la transition. On peut d’autant se le demander que cette attaque arrive au moment où le nouveau pouvoir montre des signes de méfiances vis-à-vis de Zida. Yimdi serait-il un contre feu supplémentaire pour contrarier l’étau qui se resserre autour du généralissime de la transition ? Les jours à venir nous le diront. Pour le nouveau pouvoir, et en attendant de savoir qui actionne quoi, cette attaque de Yimdi lui rappelle qu’il doit s’occuper « de service après-vente  » du RSP dissout. Comment ? C’est là l’intérêt. Les procédures judiciaires, pour paraphraser un procureur burkinabè « doivent aboutir à la paix  ». Il y a, en ce qui concerne cette affaire, des centaines de personnes qui sont concernées. Avec ce nombre, est-ce que la seule prison est une solution viable ? C’est aux nouvelles autorités bien évidemment de répondre.

Par Newton Ahmed BARRY