C’est la foire d’empoigne et une course aux alliances. Les buts de chacun sont gardés bien secrets. Il est possible que nous assistions à des retournements de situation.

Les gestes se suivent et parfois déroutent. Pas seulement les observateurs avertis, mais même les acteurs. La veille de la visite du CDP à l’UPC, le Front républicain tient une réunion bilan des concertations tous azimuts qu’il vient de conduire. Les responsables du CDP présents, avaient déjà pris l’initiative de rencontrer le lendemain, le chef de file de l’opposition.

A la réunion bilan l’information n’est pas donnée. Il semble qu’en aparté certains responsables politiques du Front ont été individuellement informés. Mais le gros des membres est tenu dans l’ignorance. C’est par la voie de la presse qu’ils l’apprendront. Il n’en fallait pas plus pour dérouter bon nombre de membres qui se demandent si finalement l’entente ou la sortie de crise ne se fera pas à leur détriment.

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Le CDP envisage t-il une autre solution ? 

La visite surprise à l’UPC relance les spéculations. De source bien informée, à cette visite, le CDP n’a fait aucune annonce. Il n’aurait à aucun moment évoqué les questions qui fâchent. Cependant, au détour des conversations, des noms d’oiseaux, bien choisis ont été adressé au MPP. Le CDP est venu ce jour pour une visite de « courtoisie républicaine » à son principal opposant. Un premier pas, inédit et louable, qui devrait, on s’en doute, annoncer d’autres contacts sur des sujets plus sérieux. Mais quand ? C’est la question que tout le monde se pose.

Il est vrai que dans la situation présente, on finit par perdre son latin politique, tant la lecture des actes du premier responsable du pays est mal aisée à faire. Le président, tel un sniper, apparait sporadiquement pour compliquer davantage la donne et disparaitre dans son mutisme favori. Sur quelle position est-il depuis sa sortie controversée de Washington ?

La logique de l’homme fort ?

Toutes les sources disent que Blaise Compaoré, en fait, envisage tout sauf s’en aller en 2015 du pouvoir. Il est possible qu’il renonce au référendum contre un bricolage, quel qu’il soit qui lui garantirait un maintien à la tête de l’Etat pour quelques années de plus. Est-ce ce scenario dont le CDP a reçu mandat de négocier avec les acteurs de la scène politique nationale ? Certains le croient.

Au CDP de démarcher les partis représentés à l’assemblée nationale en commençant par le premier d’entre eux, l’UPC. Aux amis du président, dont Alassane Ouattara, de s’occuper du principal ennemi du régime, le MPP. Il faut que Roch et Salif acceptent ne pas entraver une possibilité d’arrangement. Un compromis qui consisterait à trouver un « lenga » au président. 

L’idée qui est avancée c’est que le système actuel ne se maintiendra pas si Blaise Compaoré devait quitter la scène sans avoir eu le temps de désamorcer les pièges dont il recèle et sur lesquelles il est bâti. Il semble que ce soit le seul à détenir l’antidote du système construit à son image.

La préoccupation qui est mise en avant c’est celle de la stabilité du Burkina. Blaise est convaincu qu’après lui, le pays va sombrer. Il faut donc qu’il reste pour préparer « l’après Blaise ». Il lui faut forcément dans l’intérêt de notre pays et même de la sous région qu’on accorde un mandat supplémentaire à Blaise pour désamorcer un système qu’il a mis plusieurs décennies à amorcer.

Où la logique de l’homme fort se mort la queue ! 

La situation est on ne peut plus Kafkaïenne. La construction de la rhétorique du maintien au pouvoir souffre de trop de handicaps. Il faut du « temps à l’homme fort pour construire des institutions fortes » et il lui en faut encore pour « désamorcer les institutions qui ont été construites à son image et à son service, pour éviter le chaos de son départ ». La problématique de l’homme est donc insoluble.

Seul garant du système et des institutions, il doit pour ainsi dire ne jamais partir pour éviter que les choses ne s’écroulent.

C’est le dilemme de la situation actuelle du Burkina. Avec Blaise c’est problème. Sans Blaise C’est problème. Cette situation avait été déjà prédite par l’ONG International Crisis Group qui dans un rapport paru en 2013 avait conclu au dilemme suivant « Blaise Compaoré au pouvoir depuis un quart de siècle va-t-il chercher à se maintenir ou va-t-il laisser la main ? Dans les deux cas le risque qu’une crise politique et sociale survienne est réelle ».

Plus l’échéance de 2015 approche plus cette prédiction se révèle vraie. Mais le rapport de International Crisis Group concluait quand même qu’il était préférable que Blaise ne cherche pas à s’accrocher au pouvoir mais qu’il facilite une transition apaisée. On ne peut pas dire pour l’instant que le président œuvre vraiment à une transition apaisée.

Par Newton Ahmed BARRY