C’est une des questions que nous avons posées au Secrétaire exécutif national (SEN) du CDP, le Pr Assimi Kouanda, dans cette longue, mais intéressante, interview qu’il nous a accordée, à notre demande, le mardi 18 dernier.

Il a fallu du temps pour qu’il sorte de sa coquille. Comme son patron Blaise Compaoré, le professeur est la méfiance personnifiée. Il n’a peut-être pas tort, tant il a dû, depuis mars 2012, affronter les quolibets de ses amis… et parfois de la presse qui ne lui a jamais fait de cadeau, comme s’il avait usurpé la place qu’il occupe à la tête du parti présidentiel. Il a donc dû cuirasser sa carapace et appris à parler en tournant, comme on dit, sept fois sa langue, lui qui d’ordinaire se laissait aller, comme dans un amphi théâtre. Il a perdu le naturel de la parole libre et son discours s’est quel que peu appauvri. On peut le regretter.

Cela dit, la première interview qu’il accorde à L’Evénement est digne d’intérêt. Nous avons mené avec le professeur un débat de fonds sur les prétentions du parti qu’il dirige. Le parti qui gouverne le pays depuis bientôt près de trois décennies et qui a remis sur le tapis une question « conflictogène », sans qu’on ne comprenne bien qu’elle en est le fondement politique réel ? Lisez, c’est un entretien pied à pied.

La révision de l’article 37, est-elle toujours à l’ordre du jour ou pas ?

La position du CDP sur cette question a été définie au quatrième congrès tenu en 2009. Depuis, il n’y a pas eu d’instance autre qui soit venue remettre en cause la décision prise à ce congrès. Donc cette position reste celle de notre parti et vous l’avez dit, c’est une question politique puisque sur le plan du fondement juridique, cet article ne faisant pas partie des articles verrouillés, peut être révisé. Nous notons que dans le débat concernant l’article 37, il y a des évolutions qui paraissent très intéressantes. On a commencé par dire que juridiquement, cela n’était pas fondé. Ensuite, on est arrivé à parler de conduite indécente au plan moral. IMG_2990.jpg

Aujourd’hui je constate que sur cette question, il n’y a toujours pas unanimité mais il ya au moins une nette évolution. Actuellement, c’est assez clair que la Constitution ne se limite pas à l’article 37, et que sa meilleure lecture, c’est de la lire intégralement et prendre en compte l’ensemble des dispositions et ne pas considérer seulement les articles que l’on préfère.

On n’a pas bien compris cette partie SEN. Est-ce à dire que vous avez évolué de la volonté de réviser l’article 37 à une révision globale de la constitution ?

Non, quand je parle d’une évolution ce n’est pas nous. Notre position est restée telle. J’ai simplement voulu montrer qu’on est parti d’un point où ceux qui s’opposaient à nous, faisaient croire que juridiquement la modification n’était pas possible, et que progressivement cet argumentaire a été battu en brèche. Je pense que le débat a permis de comprendre qu’il y a d’autres dispositions dans la Constitution et que la limiter à un seul article est une vision réductrice. La meilleure façon de comprendre notre Constitution c’est de considérer l’ensemble de ses dispositions. Donc je pense qu’il ya évolution.

Est-ce que le CDP adhère à cette évolution ?

Je constate cette évolution dans le débat. Ce qui veut dire qu’il y a une meilleure compréhension de la question au niveau de ceux qui débattent sur le sujet et que, d’une présentation inexacte, on a abouti à une présentation qui prend en compte les dispositions de la Constitution indiquant que l’article 37 ne fait pas partie des articles verrouillés. C’est ce que j’ai voulu dire. Et cette évolution me parait intéressante en ce sens que le CDP est resté constant dans sa lecture et sa position sur l’article 37.

Dans un système de démocratie les acteurs peuvent avoir plusieurs lectures sur les questions sociales, culturelles ou politiques, le plus important c’est que cette démocratie fonctionne sur la base des règles convenues consignées au niveau des textes fondamentaux et des lois. Tout ce qui doit être entrepris doit avoir comme fondement et ciment, ces textes et ces lois. Nous sommes différents de ceux qui oublient dans leurs déclarations que seul le peuple est souverain. Au CDP, ce sont les instances habilitées qui se prononcent. Le peuple décide.

Vous avez ouvert plusieurs tiroirs si on peut le dire ainsi. On va essayer de bien comprendre votre pensée SEN. Parce que vous dites que le débat était focalisé sur le fondement juridique et il a évolué. Maintenant il est intéressant parce que la position semble s’élargir sur la possibilité de revoir l’ensemble de la constitution. Je ne sais pas si j’ai bien compris ?

Non. Justement vous n’avez pas bien compris.

Maintenant, je vous pose la question : qu’est-ce que vous avez voulu dire exactement ?

Cela fait la troisième fois que je reviens sur le sujet. Pour ne pas vous laisser emprunter des pistes de déformation de mes propos, je répète que le débat sur l’article 37, de mon point de vue, a évolué. Nos adversaires étaient sur la position selon laquelle la modification de l’article 37 était juridiquement impossible. Donc c’était comme si cet article était un article verrouillé, ce qui n’est pas le cas car d’autres articles indiquent le contraire.

Mais cette analyse demeure toujours.

Même si elle demeure, on constate une évolution qui fait qu’elle n’est plus l’argument essentiel et fondamental développé par les contradicteurs. La lecture était cristallisée sur l’article 37. Aujourd’hui on retrouve dans le débat des références à un certain nombre de dispositions constitutionnelles qui permettent de bien comprendre l’article 37. C’est ce que j’ai voulu dire. Est-ce qu’on s’est bien compris ?

Pas tout à fait, mais continuez !

J’ai voulu indiquer les différentes étapes dans le débat qui a quitté un couloir, un chemin étroit, pour s’ouvrir davantage. De l’étroitesse du point de vue, on a abouti à une meilleure compréhension parce que prenant en compte les autres articles de la Constitution.

Est-ce que cette évolution vous conforte davantage ? Est-ce que vous pensez que l’évolution du débat a permis de mieux comprendre la position du CDP sur la révision de l’article 37 ?

Je crois que c’est une évolution très intéressante. Nous sommes dans un débat où la position du CDP a été définie par ses instances. Quand on convoquera une instance sur l’ensemble de ces questions, elle se prononcera. Au CDP, nous fonctionnons sur cette base qui diffère d’avec l’art de la prestidigitation.

SEN, vous avez dit que le fondement sur lequel vous voulez modifier l’article 37, c’est que les dispositions de la constitution ne l’interdisent pas. Est-ce que cela peut être un argument politique suffisant pour qu’on entreprenne la révision ? Est-ce parce que c’est révisable qu’il faut réviser ?

Quand on est dans un système gouverné par une loi fondamentale, la principale précaution à prendre c’est de s’assurer que l’on n’est pas en porte-à-faux avec cette loi fondamentale. Ça c’est l’essentiel, c’est la règle. Une fois que ce fondement existe, il reste ce que vous appelez l’ensemble de l’argumentaire politique. Il y a des arguments suffisants pour soutenir notre position. Vous vous préoccupez de savoir si la raison est que la Constitution l’autorise. Justement c’est parce que la Constitution, qui est la loi fondamentale, l’autorise. Nous sommes en démocratie et en démocratie, il faut agir conformément à la Constitution et aux valeurs républicaines.

Pour nous il n’y a pas de problème à partir du moment où la Constitution le permet, cela constitue un fondement très important. Nous sommes dans un débat où chacun déroule ses arguments. Nous allons conforter davantage la démocratie, nous allons conforter la possibilité pour le citoyen de s’exprimer sur les grandes questions nationales, ainsi que la stabilité des institutions et pour nous, ce sont autant d’arguments politiques valables sur lesquels nous pouvons échanger à longueur de journées.

Cela veut donc dire que le libellé actuel de l’article 37 limite la stabilité et la démocratie ? Est-ce, ce que vous voulez dire ?

Non. Je pense que si vous souhaitez qu’on se comprenne bien, ne dites pas à ma place ce que je n’ai pas dit. Tel qu’il est écrit, je pense qu’il est écrit dans le sens aussi d’offrir une possibilité d’enraciner la démocratie. Je crois qu’il faut s’en tenir à ce que j’ai dit et ne pas vouloir me faire dire ce que je n’ai pas dit.

La raison fondamentale de votre démarche, c’est que l’article est révisable. Cela veut dire que vous pouvez le réviser ou ne pas le réviser. Pourquoi vous faites le choix de réviser ? 

Mais oui, c’est ce que j’ai essayé de vous expliquer. C’est une de nos instances d’abord qui a pris la décision. Pour nous, il s’agit de renforcer la démocratie, de donner aux citoyens la liberté de s’exprimer sur les choix de ses dirigeants comme ils le veulent, quand ils le veulent, de conforter la stabilité et l’enracinement de notre démocratie.

Deuxième élément, vous dites que c’est le congrès qui a décidé. On est tout à fait d’accord sauf que ceux qui étaient à la tête du parti à l’époque disent aujourd’hui qu’ils s’étaient trompés. Vous ça ne vous interroge pas ?

Vous savez, les choses peuvent paraître très simples même si au fond, il y a de la complexité. Toute vie est faite de continuité et de rupture, et toute explication est aussi beaucoup fonction du contexte. Ceux qui disaient ceci hier, ont aujourd’hui une autre lecture. Ils affirment qu’ils se sont trompés. Peut-être continuent-t-ils de se tromper sur plusieurs choses, qui le sait ? C’est vrai que ceux qui ont fait scission dirigeaient le parti, mais c’est le 4ème congrès qui a pris la décision. 

Mais cela ne vous amène pas à une introspection, à vous demander peut-être que pour vous aussi vous êtes en train de vous tromper ?

Peut-être sont-ils encore dans l’erreur ?

C’est vous qui êtes toujours dans la vérité quoi ?

Non. Ce que vous appelez vérité dans l’absolue, moi je suis croyant et je ne crois qu’à la vérité sainte. Mais pour le reste, il faut être attentif, il faut écouter, il faut être ouvert. Il faut réfléchir mais surtout éviter les proclamations quand on peut prendre le temps de bien murir un certain nombre de choses et surtout aussi si l’on veut considérer ceux-là qui collectivement sont avec vous, avant toute décision.

Je vous pose la question d’une autre façon, Professeur, s’il n’y avait pas Blaise aujourd’hui, votre champion, est-ce vous auriez tenu toujours à votre position ?

Merci de faire référence à mon métier d’historien. Dans ce métier là, vous le savez Monsieur Barry, on n’utilise pas trop les « Si ». Je m’efforce de rester proche de ce métier que j’aime beaucoup. Je pense qu’en mettant des « si  » partout, on peut arriver à des déductions qui s’écartent des vérités et des réalités. Moi je préfère m’en tenir au réel.

Ce n’est pas tout à fait des « Si  » Pr, parce que vous êtes historien, vous savez qu’en 1997, lors de la première modification de l’article 37, l’exposé des motifs justifiait, la révision par le souci d’éviter au peuple des candidatures médiocres ? Ce que nous avons souhaité comprendre aujourd’hui par rapport à votre position au niveau du CDP, est-ce qu’il y a une autre raison en dehors de celle qui avait été avancée en 1997 ?

Non, nous n’avons pas cette lecture étroite que la révision concerne un homme et une personne. Ce n’est pas notre lecture puisque cette modification ne se fait pas pour un homme. Si nos détracteurs et nos adversaires utilisent cet argument, c’est pour des raisons politiques. Tout le monde sait où ils veulent en venir.

Vous faites des insinuations Pr ?

Non. Je dis simplement que la démarche n’est pas comme cela. En tout cas ce n’est pas notre lecture. Mon cher Germain soutient que dans l’exposé des motifs de 1997, c’était cet argument. Je ne crois pas de mon point de vue que ce fut l’unique, le seul argument. Peut-être qu’il a été question dans le contexte de l’époque de ne pas limiter les mandats présidentiels, mais je ne crois pas que l’argumentaire essentiel fut centré sur un homme, sur une personne. 

C’était le seul argumentaire. Je vous rappelle que j’ai été à l’Assemblée Nationale en tant que représentant de la société civile. J’avais été exprimer la position d’une organisation sur cette question. Donc c’est une question que je connais très bien.

Je vous ai simplement dit, j’insiste et je répète que ce n’est pas l’argumentaire unique. Vous savez que dans une infinité d’arguments, on peut en choisir un pour étayer ceci ou cela.

Est-ce qu’on peut imaginer SEN en 2015 que le CDP puisse avoir un autre candidat que Blaise Compaoré ?

Le CDP, comme je vous l’ai déjà dit, ne décrète pas celui qui va être président, au mépris du peuple qui doit l’élire. Pour nous, il y a des démarches pour désigner le candidat. Un congrès sera réuni en temps opportun afin de choisir notre candidat, et en 2015 vous verrez qui est le candidat du CDP.

C’est donc possible que ce soit quelqu’un d’autre que Blaise Compaoré en 2015 ?

Je vous demande d’attendre 2015, c’est dans quelques mois.

Sauf que vous avez dans plusieurs de vos marches, plusieurs de vos manifestations exigé à la limite que Blaise se représente en 2015.

Etant un collaborateur du Président Blaise Compaoré, je ne l’ai pas entendu se prononcer sur cette question. Et le CDP, mon parti ne s’est pas encore exprimé sur le sujet. Il convoquera en temps opportun ses instances pour le faire.

Mais quand il dit à Dori qu’il veut demander un référendum pour l’article 37, vous voulez dire, qu’il veut le faire juste comme ça ?

Je crois que vous avez affaire à deux groupes et je souhaiterais que vous fassiez l’effort d’être le plus objectif possible. Chacun sort ses arguments et comme je le disais tout à l’heure, moi je ne fais pas d’insinuation. Je pense que dans la position du Président du Faso, garant de la Constitution, de la stabilité, du bon fonctionnement des institutions, si sur une question aussi importante qui intéresse les Burkinabè, il n’y a pas d’accord, s’il y a des perceptions différentes, pour peu qu’on soit démocrate, on ne peut que s’en référer au peuple. Et à partir de là, je ne déduis pas que vouloir demander au peuple de trancher implique ou induit ceci ou cela.

J’affirme simplement que le peuple est souverain. Comme on le dit, c’est en son nom qu’on gouverne, c’est en son nom que l’on s’oppose. Donnons lui donc la parole. D’ailleurs, dans beaucoup de démocraties on estime que sur ces questions-là, il faut consulter le peuple pour éviter, comme je le dis avec certains de vos collègues ou collaborateurs, qu’on s’enferme dans une démocratie à éclipse.

On parle de référendum sur la loi constitutionnelle. Pensez-vous pouvoir aller directement au référendum ou vous êtes obligés de passer par l’Assemblée Nationale ?

Je ne suis pas un juriste, mais à écouter les juristes, il ya plusieurs possibilités. Il y a au moins deux qui sont toutes légales. En temps opportun on vous précisera notre choix.

Sauf que dans la Constitution à laquelle vous vous référez les deux sont liées. On ne peut pas faire un référendum constitutionnel sans passer par l’Assemblée Nationale. Ou bien vous avez une autre disposition qui vous permet de le faire dans le cadre de la Constitution ?

Non, mais je crois que pour ce qui est de la Constitution, parmi ceux qui sont chargés de nous aider à bien la comprendre et l’expliquer, il y a les juristes, qui peuvent être consultés afin d’apporter de l’éclairage pour opérer les choix les plus conformes. Je ne parle pas de ceux qui à la limite ont tendance à renier le droit à cause de leur position politique. Je parle de ceux qui peuvent aider et je crois que le Burkina regorge de tels juristes.

Avez-vous déjà consulté ces juristes (dit neutres) ou pas ?

Non, quand nous aurons fait et terminé ces consultations, vous serez informés.

Pour l’instant vous ne les avez pas consultés ?

Vous savez quand vous avez une responsabilité vous consultez. Beaucoup consultent les philosophes, les sociologues, les anthropologues, les juristes, et d’autres spécialistes sur toutes les questions en rapport avec la société, le fonctionnement des institutions et de l’Etat. Donc ce n’est pas parce qu’on les a consulté une fois qu’il ne faut pas le refaire. Ce sont des experts qui ont leurs avis, mais il y a les contre-expertises également. Cela demande beaucoup de consultations. Ce ne sont pas des domaines où il y a comme un verdict divin.

La religion du CDP n’est pas encore faite sur le référendum ou sur la façon de faire le référendum ?

Soyez très patient, je vous appellerai le moment venu pour vous informer.

Est-ce que vous avez déjà décidé de la voie du référendum ?

Je vous ai dit simplement d’être patient, nous avons nos méthodes, nos approches et je vous assure que nous vous le ferons savoir.

Quel est le deadline pour vous en ce qui concerne le référendum ? Dans combien de temps pensez-vous, vous prononcer définitivement sur la question ?

M. Barry, je vous ai lu parfois sur des sujets très intéressants concernant mon parti. Je vous ai également lu sur des choses moins intéressantes. Je peux simplement vous dire que quand vous reviendrez pour que nous discutions, je pourrai parler de chronogramme. Nous n’avons peut-être pas la même manière de conduire les choses et le problème c’est de vouloir nous arrimer. 

Est-ce que aujourd’hui vous pouvez nous dire que pour le référendum c’est acté, mais qu’il reste le mode opératoire qui n’est pas encore choisi ? 

Ça c’est une insistance sur une question à laquelle j’ai répondu trois fois.

Peut-être que je n’ai pas bien compris.

Vous avez très bien compris. Seulement vous voulez que je dise ce que je n’ai pas dit. Quand on voudra porter nos choix à la connaissance de l’opinion, je me ferai le plaisir de vous appeler.

Vous ne trouvez pas que le temps presse ? 2015 est presque arrivé.

Nous, nous avons notre calendrier, notre temps, notre façon d’aborder les questions. Ce ne sont pas les autres qui doivent nous dicter ce temps. Soyez patients.

Vous êtes aussi de plus en plus seul. Votre partenaire au gouvernement, l’ADF/RDA, répète sans cesse qu’il n’est pas question d’aller au référendum. Cela ne vous gêne pas d’être ainsi seul ?

Ça dépend de comment vous comptez. Si pour vous les partis qui ont des députés, des conseillers municipaux qui participent au gouvernement ne sont pas à prendre en considération, nous n’avons pas la même lecture que vous. Vous, vous avez une comptabilité qui vous est propre. Nous, nous trouvons que nous ne sommes pas seuls, même si l’ADF/RDA ne participe pas au gouvernement. L’ADF/RDA a toujours exprimé sa position et nous la respectons. Il n’ya ni changement ni innovation dans ce que vous rappelez.

Cela ne vous gêne pas ?

Je crois que c’est un parti politique. Ce n’est pas une affaire qui se ramène à des individus. Chaque parti politique est libre d’avoir des points de vue. Et pour nous, nous respectons le point de vue de l’ADF/RDA.

L’ensemble de la construction de l’argumentaire c’est que vous souhaitiez avoir un consensus assez large autour de la question. Sauf que visiblement vous n’arrivez pas à le réunir en dehors de votre famille politique. Et même certains de votre famille politique disent non. Cela ne vous questionne pas ?

Cela dépend de comment vous voyez les choses. Puisque si je m’en tiens à ce que vous dites, vous affirmez un certain nombre de choses, peut-être que nous n’avons pas les mêmes informations que vous et nous, en tant que responsable politique, nous nous en tenons à ce que le peuple souhaite. Et de ce point de vue-là, le CDP n’est pas la seule formation à estimer que s’il y a désaccord au sein de la classe politique, il faut que ce soit le peuple qui tranche à travers les urnes. Cette voie est en démocratie, celle qui confère au peuple tous ses attributs et son pouvoir de décision.

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 Quand la loi africaine sur la démocratie dit qu’en ce qui concerne les révisions constitutionnelles, il faut d’abord qu’il y ait au préalable un consensus, vous vous dites que cela n’est pas important ?

Nous sommes dans un débat dans lequel chacun des camps a planifié la programmation de ses arguments. Et chaque fois qu’on passe une étape, il y a toujours un nouvel argumentaire qui apparait. D’ailleurs, c’est bien pour cela qu’il faut que les références soient les peuples. Ce sont les peuples qui ont conféré la légitimité et la légalité aux Etats pour prendre les décisions que vous évoquez. On ne peut donc pas dire que les peuples n’ont plus rien à y voir.

Cette disposition ne vous contredit pas ?

Je vous le répète, je ne suis pas un juriste. Mais je pense que l’argumentaire qui est évoqué autour de cette question ne me parait pas être suffisamment solide et qu’il y a d’autres argumentaires qui montrent que dans ces genres de questions, c’est la décision du peuple qui prime.

Donnez-nous ces argumentaires ?

On a beaucoup d’exemples forts en Afrique qui peuvent montrer justement qu’il y a plusieurs possibilités de lectures.

Laquelle retenez-vous ?

Non je dis seulement qu’il y en a plusieurs et toutes peuvent être aussi intéressantes les unes que les autres.

Les autres ne sont que des commentaires SEN, il s’agit là d’une loi supranationale. Elle, elle est concrète, elle existe. Le reste n’est que du commentaire. Il n’y a pas d’autres lois. Il n’y a que cette loi et elle s’impose.

Nous sommes sur le terrain, nous suivons ce qui se dit, ce qui se fait, nous avons également les lectures et je vous ai dit qu’il y a plusieurs lectures. Pourquoi voulez-vous m’en imposer une seule ? Je ne m’enferme pas dans un tel carcan, je préfère regarder toutes les lectures possibles.

Laquelle parait concilier votre position ?

J’ai déjà répondu à cette question. Je ne vais pas revenir là-dessus.

Tout récemment vous avez en quelque sorte, posé la question de confiance aux députés de votre parti à la suite des démissions. Pourquoi vous n’avez pas posé la question de confiance directement à l’Assemblée nationale ? Nous étions visiblement dans une période de trouble et vous vous êtes simplement adressé aux députés de votre parti. Je crois qu’à ce niveau la question devrait être posée à la représentation nationale pour s’assurer qu’on a encore les moyens de gouverner ?

C’est pour vous dire que pour nous, personne n’est troublée et quand nos ex-camarades ont fait scission, vous avez suivi notre communiqué…

Vous avez dit que c’était un « non événement »

Le moment viendra où on parlera de tout cela, mais vous savez que notre peuple, le peuple burkinabè, est d’une très grande maturité politique. Il faut que les acteurs fassent l’effort d’œuvrer à la promotion des idéaux pour lesquels nous nous sommes engagés, en évitant que nos ambitions personnelles en arrivent à nous faire oublier ce qui est essentiel et important pour la nation.

SEN, c’est pas interdit, les ambitions personnelles ?

Je n’ai pas dit ça ! C’est parce qu’ils ont des ambitions qu’ils s’engagent. Les professionnels des métiers, c’est parce qu’ils ont de l’ambition et de l’amour pour faire évoluer les choses qu’ils s’engagent. Toute personne qui s’engage, je pense, a, quelque part, une ambition. Cela me semble être quelque chose d’inhérent à la société elle-même. Vous connaissez bien l’histoire de ce parti, ainsi que l’itinéraire de ses principaux acteurs. En réalité nous avons eu une rencontre avec le groupe parlementaire CDP qui a pris la décision de montrer que ses membres soutiennent les institutions de la 4ème République et qu’ils demeurent attachés au CDP.

Est-ce vraiment un problème de soutien aux institutions ? Même les partis de l’opposition soutiennent les institutions.

C’est sûr que tous les partis représentés à l’Assemblée Nationale se disent républicains. Mais est-ce que tous soutiennent les institutions de la République ? Cela peut être encore discutable au regard de certains discours tenus et qui ne vont pas toujours dans ce sens.

Pourquoi les députés se sentaient-ils obligés de témoigner leur allégeance à Blaise Compaoré ?

Avez-vous lu le texte de leur communiqué ? En le relisant, vous comprendrez que les députés ont affirmé leur appartenance au CDP. C’était un de leurs arguments. C’est vous plutôt qui parlez d’allégeance. Les députés ont exprimé leur loyauté et leur fidélité aux institutions et au CDP.

Si c’était le cas de l’institution, on aurait dû le poser directement à l’Assemblée nationale ?

Non, l’Assemblée Nationale par la suite l’a démontré par des actions de vote.

Vous aurez pu poser la question de confiance. Cela n’est pas exclu.

Les députés ont choisi de faire ce qu’ils ont fait. 

C’est vous qui leur avez demandé ou ce sont eux qui ont choisi ?

Le groupe parlementaire est libre d’initier les méthodes et les approches appropriées à chaque situation.

Mais une démarche aussi importante revient à la direction du parti

La rencontre s’est tenue au siège du parti et les réunions du groupe parlementaire aussi se font au siège.

Les réunions du groupe parlementaire se font à l’Assemblée nationale ou au siège du parti ?

C’est le groupe parlementaire CDP. Les députés tiennent leurs réunions à l’Assemblée Nationale et, en tant qu’élus du CDP, ils organisent aussi des rencontres au siège du parti. Cela est normal.

Parlons maintenant de la médiation. D’abord qu’est-ce que vous pensez de la médiation ? Dans quel esprit êtes-vous partis dans cette médiation ?

Je crois en tant que citoyen que, quand de bonnes volontés se saisissent d’une question importante de la vie politique nationale et cherchent à trouver une voie par le dialogue, la concertation, il faut saluer leur initiative. Et si ces personnes ont davantage de l’expérience dans la gestion des affaires de l’Etat, si ce sont des personnes de dialogue et d’échanges qui ont de lourdes responsabilités dans la conduite de fidèles religieux, si ce sont des personnes dont l’ambition est d’être utiles à notre pays, nous devons les encourager et marquer notre disponibilité. C’est ce que nous avons fait en allant à cette médiation, invités par le groupe de médiateurs. Ils ont adressé une lettre à laquelle nous avons répondu. Nous sommes allés avec la conviction qu’il s’agit de Burkinabè dont l’expérience, le talent, la conviction et la volonté pourraient être d’une grande contribution pour la paix dans notre pays.

Qu’est-ce que vous avez fait pour que cela réussisse ?

Nous avons souhaité que la concertation se poursuive. Nous avons été d’une ouverture d’esprit et d’une disponibilité totales pour ce dialogue.

Etait-ce difficile d’accéder à la demande de l’opposition par rapport au mandat ? Parce que la question de fond concerne quand même, au premier chef, Blaise Compaoré ?

Mais pourquoi c’est l’opposition qui doit nous demander un mandat ? Puisque ce n’est pas elle qui nous invite. Nous avons répondu à une invitation et elle aussi a été invitée. Je ne comprends pas sur quel droit elle se fonde pour nous exiger un mandat. Peut-être que c’est la majorité qui devrait demander à l’opposition de produire un mandat afin qu’on sache qui elle représente vraiment.

Vous avez des doutes sur le fait que Diabré est le chef de file de l’opposition ?

Je n’ai pas dit que Monsieur Zéphirin Diabré n’est pas le chef de file de l’opposition. Il n’a pas à nous demander un mandat. Ensuite les amalgames faits pour nous exiger ceci ou cela sont inacceptables car l’invitation n’a posé ni condition, ni préalable. Nous sommes allés avec les meilleures dispositions pour apporter la contribution de la majorité. Le chef de file de l’opposition n’a aucun droit d’exiger de la majorité un quelconque mandat. Quand l’opposition sollicite une audience et va voir le Président du Faso, la majorité n’est pas appelée pour y assister.

Quel est le lien avec la médiation ?

C’est un débat entre partis politiques.

Vous êtes allés avec les propositions d’une transition apaisée. Est-ce que vous pouvez nous parler, même de façon très succincte de ces propositions ?

Le débat n’a pu se faire. La précision et la clarification sur nombre de concepts n’ont pu être menées. On n’a même pas atteint ce niveau de la discussion et le blocage s’est produit. Nous avons réaffirmé au groupe de médiateurs, notre disponibilité à discuter, notre engagement à rester en conformité avec les textes de la République.

Mais il y a des questions qui ont clairement été posées par la médiation dès le départ. Ils ont dit de ne pas toucher à la constitution aussi bien pour la révision de l’article 37 que pour la question du sénat.

Je viens de vous dire que nous n’avons pas abordé les questions de fond puisque par la faute et la responsabilité de l’opposition, la médiation s’est arrêtée.

Mais qu’est-ce que vous auriez répondu si la médiation était allée à sa fin ?

 Si les négociations reprennent, vous connaitrez notre position.

Les questions étaient claires dans la lettre d’invitation. Vous y alliez en connaissance de cause.

Etiez-vous invité à la médiation ? Je ne le savais pas ! 

Votre principal partenaire du front républicain, l’UNDD vient de dire aujourd’hui qu’il faut dissoudre l’Assemblée nationale. L’aviez-vous convenu ou bien vous aussi vous l’avez entendu dans la presse ?

Les charmes et l’intérêt de ce que l’on peut apporter comme contribution aujourd’hui dans la gestion des cités, c’est la gestion des différences. Le monde tel que nous le voyons évoluer, est un monde de fin d’hégémonie, de fin de blocs. C’est un monde à la fois où le travail et l’effort doivent être faits pour gérer les différences de manière à obtenir un compromis dynamique transformant ces différences en un avantage au profit des citoyens.

Est-ce un reproche à l’UNDD ?

Non, je ne fais pas de reproche. Je me dis que c’est dans des partenariats qu’il y a toujours des éléments de différenciation. Il y a des éléments d’appréciation différents dans un partenariat. Le partenariat est une coopération que je distingue d’avec d’autres formes. Nous sommes dans un monde pluriel, et c’est dans le respect des différences que l’on conforte le partenariat.

On veut votre point de vue sur la proposition de dissoudre l’Assemblée nationale.

Je vous dis que cette proposition ne me parait pas être nouvelle. Je pense que l’UNDD s’est déjà exprimée sur des questions en rapport avec la refondation, la relecture du système politique et le passage à une nouvelle République. Elle est, et continue dans la logique qu’elle défend depuis quelques années.

Est-ce qu’on peut envisager la dissolution de l’Assemblée nationale aujourd’hui du point de vue du CDP ?

Le peuple burkinabè a fait confiance au CDP. Nous sommes allés aux élections et malgré tout ce qui a été entrepris contre notre parti, nous avons gagné. Le peuple nous a accordé sa confiance. Nous lui restons fidèle et loyal. Nous n’avons aucune raison d’envisager la dissolution de l’Assemblée Nationale.

On peut vous dire que le CDP sur lequel le peuple avait confiance n’est pas celui d’aujourd’hui.

Si à chaque fois il faut recommencer, vous auriez dû demander, quand nos ex-camarades dirigeaient le parti, qu’ils fassent des élections après la démission de Monsieur Zéphirin Diabré, les départs du groupe des « refondateurs  » et de Monsieur Ablassé Ouédraogo. Puisque le CDP qui leur restait aussi n’était pas tout à fait le même.

Cette fois c’est quand même 75 membres du BPN et pas des moindres qui sont partis ?

C’est ça aussi une dynamique de recomposition d’un champ politique. Ce qui est arrivé au CDP, se voit même dans les pays occidentaux. Par déformation professionnelle, j’aime à faire recours à l’histoire. En 1978, notre pays a connu une situation semblable à certains égards à celle d’aujourd’hui. Il ne s’agit donc pas d’un sujet extraordinaire.

Et lorsque vous voyez vos ex-compagnons par exemple, mobiliser autant dans leur sortie, vous vous dites, est-ce que ma légitimité est toujours réelle ou pas ? Ou bien cela ne vous pose pas de problème ?

Vous savez, je crois que ce serait à travers les urnes que l’on va pouvoir mesurer le degré de confiance que le peuple accorde à chacune des formations politiques.

En ce moment il faut envisager des élections. Peut-être qu’au lieu d’un référendum, une dissolution de l’Assemblée nationale réglerait la question ?

Quand le peuple sera appelé aux urnes, à ce moment on pourra mesurer la confiance qu’il accorde à chacune des formations politiques. Le plus important est que le citoyen décide. Le reste ne me paraît pas être un instrument de mesure de la confiance du citoyen.

Pourquoi ne pas alors dissoudre l’Assemblée et redemander la confiance du peuple ?

Quand on est en démocratie, il faut considérer tous les moyens dont dispose le système démocratique. Mais l’utilisation de ces moyens peut être fonction des contextes. Nous pensons qu’il y a des règles à respecter dans toute démocratie pour qu’elle s’enracine.

Parlons à présent de la FEDAP/BC. Comment vous qualifiez vos rapports avec cette organisation. D’abord c’est quel type d’organisation ?

Professeur (apostrophant Germain Nama), j’ai répondu mille fois à ça, dans « Le Pays », dans « l’Observateur » etc. Mais comme vous dites, nous sommes un parti politique et c’est une association. Ensuite, je constate qu’il y a beaucoup de curiosité sur cette association, curiosité qui trouve de l’intérêt selon les moments, parce que je crois que antérieurement à la FEDAP/BC, il y a eu les ABC (NDLR, les Amis de Blaise Compaoré), il y avait beaucoup d’autres associations et je pense qu’à l’époque, je n’ai pas eu le sentiment d’une curiosité cristallisée…. Pour moi, la FEDAP/BC, c’est un parti…

Tiens le lapsus est révélateur… ?

…C’est une association, le CDP est un parti. Nous avons les mêmes relations que toutes les autres associations…

Ha bon ? Vous avez les mêmes relations avec la FEDAP/BC qu’avec le MBDHP par exemple ?

Non, quand je dis toutes les autres associations, je pense à celles qui soutiennent le projet de société du Président Blaise Compaoré. Je n’ai pas dit avec le MBDHP. Vous en êtes membre, n’est-ce pas ?

Germain : oui, je suis membre fondateur !

Assimi Kouanda : Voilà donc je ne peux pas dire que nous avons les mêmes relations, même quand bien même… (je ferme la parenthèse). Pour moi, quand je parle des associations, c’est celles qui dans leurs approches, dans leurs objectifs s’efforcent et mènent des activités dans le sens de renforcer la stabilité, la cohésion que nous avons.

Il faut inviter le MBDHP aux défilés aussi alors.

Quel défilé ?

Le Défilé du 11 décembre. On voit la FEDAP/BC, on ne voit pas les autres

Non, ce n’est pas le CDP qui invite les gens au défilé du 11 décembre. Il faut poser la question à ceux qui invitent.

Mais vous avez vu la FEDAP/BC au défilé du 11 décembre oui ou non ?

Oui je les ai vu comme tout le monde…

Et ça ne vous a pas intrigué ?

Posez la question au comité d’organisation qui invite. Ce n’est pas à moi qu’il faut poser cette question. C’est pas le CDP qui définit qui doit défiler…

Mais c’est votre gouvernement qui est aux affaires ?

C’est vrai, c’est le gouvernement de la majorité…

Avez-vous posé la question à votre gouvernement ?

Je pense que le gouvernement œuvre à faire en sorte que la fête de l’indépendance, qui représente un lieu de mémoire et de commémoration se déroule dans de meilleures conditions. C’est ce qui a été fait à Dori avec les nombreuses réalisations dans le domaine des infrastructures, le goudron notamment… malheureusement ce sont des bœufs qui y circulent…

Interview réalisée par Wilfried BAKOUAN,

Newton Ahmed BARRY

et

Germain Bitiou NAMA