2013 risque fort bien d’être une année pour rien. Dans quelques jours l’année aura vécue. Politiquement les échéances annoncées ne se sont pas réalisées. Pas de sénat avant 2014. C’est sûr. Sans Sénat le dessein qui devait l’accompagner est lui aussi en veilleuse. Alors quoi faire maintenant ?

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La solution de rechange semble se mettre difficilement en place. L’objectif n’a pas changé, mais le moyen d’y arriver ne peut plus être le même. L’outil de la manœuvre, le sénat est devenu, pour longtemps, un décor du musée des actes manqués politiques du Burkina. Il faut quand même trouver quelque chose. Quoi?

Une reconfiguration politique? Les CCRPISTES le réclament à cor et à cri. Sauf qu’il ne donne pas pour l’instant les moyens de faire ce que le sénat aurait accompli. Alors le président est encore rentré en hibernation. Surtout qu’au même moment sa médiation au Mali a du plomb dans l’aile. La dernière sortie du ministre malien des affaires étrangères ne laisse plus de doute, une médiation à Ouagadougou c’est fini. Blaise Compaoré n’aime guère ces moments où il est en tête à tête avec les réalités nationales.

Il lui faut une porte de sortie, une bouffée d’oxygène. Le fait qu’il reçoive son opposition seulement maintenant est significatif de ce cloisonnement avec les réalités nationales qu’il déteste affronter. Or plus le temps passe plus il n’aura d’autre choix que se dévoiler. Au niveau international il est attendu. Le peu de crédit qu’il a pu accumuler avec ses médiations pourrait se volatiliser en une annonce. Le Burkina a pris de l’importance comme espace de déploiement des puissances dans la lutte contre les salafistes au sahel. Mais c’est le territoire et pas les hommes. A tout le moins si les ambitions personnelles de Blaise Compaoré devraient contrarier ce positionnement stratégique, il n’est pas interdit qu’on lui trouve un « Morsi ». Les tabloïdes au niveau international ne se gênent plus de le montrer. 

Plus rien à faire dehors 

Tout le monde attend une chose : que Blaise se prononce sur ses intentions en 2015. Ses partisans souhaitent qu’ils sortent du mutisme pour déclarer haut et fort son intention de briguer un nouveau mandat, ses opposants qu’ils disent clairement qu’il respectera la constitution en déposant le tablier. Blaise quand à lui continue de garder le silence tout en oeuvrant dans les coulisses à préparer les conditions d’un nouveau départ. 

Personne ne peut dire aujourd’hui ce que sont les intentions réelles de Blaise dans la perspective de 2015. L’homme avait laissé croire à ses proches qu’il n’avait nullement l’intention de modifier la constitution pour se maintenir au pouvoir. Certains avaient eu la faiblesse de le croire, surtout que les événements de 2011 avaient rendu le pouvoir peu attrayant. Les militaires du rang qui avaient manifesté violemment dans les principales villes du pays avaient essaimé le traumatisme jusqu’aux sphères les plus élevées de l’Etat. Blaise lui-même qui avait déserté son palais pendant quelques heures s’était sans doute mit à douter. Mais il a depuis repris la main et voilà que les vieux démons de la tentation sont de retour. Mais désormais instruit par l’expérience, le président ne laisse rien transparaitre de ses intentions pour ne pas risquer l’irréparable.

Toutefois, le reflexe du dribbleur semble profondément l’habiter. Sa stratégie est simple  : prendre le temps de se préparer à livrer une bataille qu’il sait difficile. Trois faits le démontrent. D’abord si Blaise semble avoir reculer sur l’affaire du sénat, c’est surtout pour mieux sauter. Notre confrère jeune Afrique dans un article en ligne intitulé : Burkina Faso, opération déminage pour Compaoré, on y apprend que Salifou Savadogo, le secrétaire exécutif du CDP a entrepris une tournée en Europe (France, Allemagne, Royaume uni, Italie, suisse) en vue de sensibiliser la diaspora sur la nécessité du sénat et la modification de l’article 37. Sans doute pour respecter les formes, on fait croire que c’est une initiative du parti qui aurait reçu l’aval du chef de l’Etat. 

Quand on connait le mode de fonctionnement du parti, l’initiative de la tournée vient plutôt de Kosyam. Deuxième élément, c’est la volonté de réduire l’opposition politique institutionnelle. Celle-ci aurait sérieusement inquiété le cercle restreint du pouvoir avec la grande mobilisation qu’elle a réussi à opérer en juillet pour dire non au sénat. Les contre marches organisées par la mouvance présidentielle n’ont pas réussi à dissiper le doute qui s’est installé depuis lors. Si bien que l’impératif de l’heure, c’est de trouver les moyens de disperser les partis de l’opposition, longtemps divisés et qui commencent à se retrouver autour de son nouveau chef. C’est maintenant chose faite. La loi sur le statut de l’opposition constitue un premier pas dans cette stratégie de démantèlement.

En libérant les partis de l’opposition de la tutelle du CFOP, ils deviennent des proies faciles. Connaissant bien la situation dans laquelle se trouvent les chefs de partis, Blaise trouvera le moyen de les appâter. Nombre d’entre eux ne demandent qu’à être débauchés, fatigués qu’ils sont de s’opposer, sans espoir de se rapprocher un jour de Kosyam. Dans le même temps, il entreprendra sans doute des rapprochements avec d’anciens barons du CDP placés au frigot où ils rongent les freins. Si depuis leur éviction de la direction du parti ces derniers restent retranchés dans un mutisme, en dépit de la forte pression qu’exercent sur eux les militants qui leur sont restés fidèles, afin qu’ils se décident à créer le clash, c’est sans doute parce qu’ils se considèrent en réserve et que tôt ou tard ils reprendront du service. Troisième élément enfin, c’est la débauche d’énergie dépensée à l’internationale dans les médiations. Blaise Compaoré par le biais de ces médiations a réussi à s’imposer comme une personnalité incontournable dans la sous-région.

La France et les Etats-unis principalement ont besoin de lui et Blaise cultive cette image d’allié fidèle de ces deux puissances. Il travaille ainsi sans relâche à pouvoir bénéficier d’un retour d’ascenseur. Incontestablement, Blaise dispose d’atouts importants dans sa stratégie de conservation du pouvoir. Mais cette stratégie n’est pas à l’abri d’impondérables malgré les efforts qui sont déployés pour huiler la machine. D’abord Il n’est pas certain que la stratégie de démantèlement de l’opposition produise les effets escomptés. Elle peut même s’avérer désastreuse si la manœuvre est vécue par la jeunesse comme une manière de briser ses luttes. On le sait, ils ne sont pas légion les chefs de partis qui pèsent lourd.

L’opération débauchage peut bien se traduire par une opération clarification au sein de l’opposition entrainant une dynamique nouvelle encore plus forte. Et puis, il y a cette société civile que le pouvoir n’a pas du tout réussi à rallier à l’idée du sénat. Les batailles à venir demeureront les mêmes que celles qui sont en cours : contre le sénat et la modification de l’article 37. Et il ne faut pas oublier l’Eglise catholique dont l’opposition est connue contre les manipulations constitutionnelles. Certes, on ne s’attend pas à la voir appeler à la mobilisation de rue, mais sa parole suffit à provoquer un désarmement moral de nombre de ceux qui veulent engager le pays dans des aventures grosses de menaces pour la paix. Enfin, il y a l’armée dont il n’est pas sûr qu’elle restera l’arme au pied si le pays devait entrer dans une longue période de turbulence.

Si la situation se complique, certains caciques du pouvoir verraient en Diendéré l’homme de la situation mais il n’est pas sûr que ce dernier dispose de toutes les cartes en main. Les événements de 2011 ont montré son impopularité dans une frange de l’armée. Apparemment la situation dans l’armée semble sous contrôle comme on le dit dans le milieu militaire, mais on ne peut jurer de rien si le climat social devait se détériorer significativement. La perspective 2015 plonge le Burkina dans une incertitude politique obsessionnelle qui ne présage rien de bon.

Dans la page web de notre confrère Jeune Afrique, un internaute se pâme de ce qu’a réalisé Blaise Compaoré. Il aurait construit un bon système éducatif, un système de santé exemplaire, son peuple n’a plus faim, des infrastructures routières et de communication de haut niveau ont été construites et il a enrayé la dette extérieure et intérieure du Burkina. Ainsi érigé en divinité, Blaise n’a décidément plus rien à voir avec de pauvres créatures terrestres  ! 

Par Germain BNAMA