Interpellé à plusieurs reprise sur l’urgence d’être ferme avec les Kogl weogo au regard des nombreuses bavures, le gouvernement a fait dans le laxisme. Avec les événements douloureux de Tialgo, l’équation est de nouveau à jour mais il fait face à un dilemme.

simon_compaore_ministre_de_la_securite-2.jpg6 morts, une dizaine de blessés ! C’est le résultat d’une nouvelle bavure de Kogl weogo, entre le 18 et le 20 mai dernier à Tialgo, département de Ténado dans la province du Sanguié. L’escalade meurtrière était en passe d’embraser toute la zone avec l’arrivée de plusieurs centaines de Koglweogo d’autres localités. Heureusement le pire a été évité de justesse. A l’origine, un vol de chèvres pour lequel le présumé voleur a été intimé de verser une amende d’une somme allant de 700 000 à 800 000 francs CFA. Tialgo n’est pas un cas isolé. En voici quelques exemples illustratifs où diverses pratiques de ces groupes d’auto-défense ont durement mis à mal l’Etat de droit, la paix et la cohésion sociale. A Pama, des Kogl weogo ont torturé à mort un homme pour une affaire de 3 000 franc CFA. A Koupéla, ils ont empêché le jugement d’un des leurs pour coups et blessures volontaires sur un citoyen. A Solenzo, ils éprouvent durement la paix sociale en voulant y installer une section par la force. La même situation a été vécue à Makognadougou. A Ouagadougou, des affrontements les ont opposés à des habitants du quartier Zongo. A Léo, ils ont séquestré et détenu un catéchiste pour avoir refusé de payer des frais d’adhésion à l’association. A Sapouy, non content d’avoir torturé à mort un fils de la localité, ils ont pris pour cible à abattre  les éléments de la Compagnie républicaine de sécurité qui étaient sur place afin de maintenir l’ordre public au cas où il y aurait des affrontements avec les proches des victimes. A leur appel, plusieurs centaines de Koglweogo, armés de fusils, lances, flèches et couteaux ont convergé vers Sapouy afin de leur prêter main forte. Le 8 juillet passé, dix des leurs ont même violé le territoire du Niger voisin en y entrant, fusils au poing et en bandoulière, juchés sur des motos, à la poursuite de deux présumés braqueurs. Cela leur a valu une interpellation et une garde à vue de près de deux heures par la police nigérienne.

Quand on sème le vent on récolte la tempête

On convient cependant que le tableau des Kogl weogo n’est pas que noir. Honnêteté oblige, on reconnait qu’ils ont réussi des actions d’éclats dans la traque des coupeurs de routes, des bandits de grand chemin et des voleurs de bétails et articles de commerce. Des routes et localités connues comme endroits hautement criminogènes sont aujourd’hui dégagées grâce à leurs actions. C’est le cas du pont Nazinon sur la route Ouaga-Léo, de la région de l’est et du centre-sud et d’une partie du centre-nord. Ils ont même contribué à mettre aux arrêts des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) en fuite après l’échec du putsch de septembre 2015.
C’est aussi un fait établi. Il y a un fort besoin de sécurité chez la population face à la montée du banditisme armé qui écume les paisibles citoyens sur les routes, les marchés et même jusque dans leurs maisons, parfois au prix de leur vie. Un besoin sécuritaire face auquel l’Etat s’est montré impuissant ! En effet, depuis des années maintenant, il ne remplit plus sa mission régalienne de protection des personnes et des biens. D’un côté on a des forces de défense et de sécurité très mal équipées et sans moyens logistiques adaptés à la situation. De l’autre, on a une justice qui, dans son ensemble, a entretenu des relations incestueuses avec des bandits pendant longtemps. C’est donc la réponse inappropriée de l’Etat à l’insécurité grandissante qui a favorisé la naissance et la profusion des Koglweogo. En même temps qu’ils se propageaient et que leur réputation s’établissait, beaucoup s’arrogeaient de plus en plus le droit d’interpeller, de détenir, de torturer, d’infliger de lourdes amendes et même d’exécuter de sang-froid leurs concitoyens accusés de vols. Tout ça au nom d’un pouvoir qui ne leur a pas été légalement conféré par la république ! Et pendant longtemps, le gouvernement a laissé faire. Quand il a été interpellé quant à l’urgence de donner un nouveau souffle au système sécuritaire et conjurer l’anarchisme naissant des groupes d’auto-défense, il a joué un jeu trouble. Il a passé le temps à se perdre désespérément et lamentablement dans des condamnations timides, des hésitations et des tâtonnements qui frisaient parfois le ridicule. Peut-être parce qu’il y avait les élections municipales en ligne de mire et il ne fallait pas avoir la population sur le dos. D’ailleurs, plusieurs partis politiques s’étaient engagés dans une logique de compromission avec les Koglweogo, applaudis et adulés dans de nombreuses localités, pour espérer obtenir des voix ou les utiliser éventuellement pour des desseins inavoués. Aujourd’hui, ces compromissions et les inepties du gouvernement ont fait d’eux des hors la loi et des gangsters de la république.

Le dilemme

Koglweogo est plus que jamais une épine au pied de Roch Marc Christian Kaboré et de son gouvernement. Il impose ses lois et défie l’autorité publique. A la rencontre du 12 novembre 2016 à Kombissiri, où Boukary Kaboré dit le lion a émis l’idée de son rattachement à la présidence du Faso, il a refusé de respecter les mesures prises le 13 juin passé par le ministre en charge de la sécurité. Le communiqué de Simon Compaoré prévoyait l’interdiction du port d’armes, la détention de présumés malfrats, « les séquestrations, les sévices corporels, les traitements humiliants et dégradants, les cotisations forcées, les amendes, les taxes, les contributions aux dépenses et les remboursements de biens dissipés ». On se rappelle encore ces propos tenus par le lion : « Nous organisons la garde et nous prenons un voleur, la main dans le sac, la police veut que directement on aille lui remettre le voleur. Non ! Nous avons aussi notre règlement avec le voleur parce que nous voulons traquer et nous avons nos méthodes pour essayer de finir avec cette délinquance. On ne peut pas aller affronter un voleur, au risque de notre vie, et puis le remettre aux policiers qui vont le relâcher demain et qui va venir nous insulter après. On l’a fait plusieurs fois, c’est parce que ça n’a pas de résultat qu’on a préféré gérer l’affaire nous-mêmes ».
Actuellement, la préoccupation c’est de résoudre définitivement l’équation Koglweogo. Faut-il le supprimer définitivement ? C’est l’idéal mais la contrepartie est que le gouvernement puisse donner à l’Etat les moyens d’accomplir pleinement sa mission régalienne de protection des personnes et des biens. Or, la réalité actuelle est qu’il en est incapable. D’ailleurs, le pays est dans un contexte de grande insécurité. Aux veillées de désolation des voleurs, s’ajoutent les incursions meurtrières des terroristes, tant à l’interne qu’au niveau des frontières. Il est incontestable qu’à cause de Kogl weogo beaucoup de bandits ont préféré pour le moment entrer en hibernation. Ils pourront alors reprendre leurs activités lorsqu’il n’y aura plus d’obstacles. Dès lors, la suppression risque d’avoir un effet contreproductif dans la lutte contre l’insécurité. Si suppression il y a, tout sentimentalisme mis à part, l’Etat doit mettre les bouchées doubles pour permettre aux citoyens de vaquer paisiblement à leurs occupations. C’est une tâche difficile, extrêmement difficile mais ce n’est pas impossible.

Par Gaston Bonheur SAWADOGO

Voilà où peuvent conduire le laisser-faire et le laisser-aller

Ce qui était redouté depuis longtemps est finalement arrivé. Du 18 au 20 mai 2017, le village de Tialgo relevant du département de Ténado et celui de Goundi dans la province du Sanguié ont été le théâtre d’affrontements meurtriers entre les populations de ces localités et des Koglwéogo. Bilan, six morts. Ces violences auraient été provoquées par la descente musclée des Koglwéogo de Koudougou sur Tialgo pour exiger de présumés voleurs de moutons et de chèvres le paiement d’une amende de 700 000F. Face à une vive opposition des populations à l’arrestation des supposés délinquants, les deux parties en vinrent aux armes. Six personnes sont tuées dans les affrontements. Pendant deux jours, les Koglwéogo de Koudougou appuyés par ceux de Yako et Sabou feront des vas- et-viens entre Koudougou et les trois villages sans qu’ils ne soient inquiétés par la puissance publique insuffisamment présente dans la zone. Dans leurs opérations, ils capturent des villageois qu’ils vont embastiller à Koudougou. Ceux-ci ne seront libérés que sous les menaces du ministre de la sécurité de faire intervenir l’armée. Avec ces événements, on peut dire maintenant que le Rubicon est franchi. L’Etat est mis devant ses responsabilités. Depuis que ces groupes d’autodéfense qui n’ont aucune existence légale ont commencé à essaimer plusieurs régions du Burkina, ils n’ont cessé de diviser l’opinion. Condamnés par les uns pour leurs méthodes expéditives qui foulent au pied les lois de la République, ils sont par contre encensés par les autres qui clament leurs actions. Alors que les débats entre contempteurs et thuriféraires de ces « justiciers  de la brousse » sont d’actualité, l’Etat a toujours fait profil bas, tergiversé et même donné l’impression qu’il peut s’accommoder de leur existence. Toute chose qui était assimilée par certains citoyens à du laxisme, sinon à de la complaisance. On a encore en mémoire cette image insolite du ministre de la sécurité se faisant remettre des attributs de chef suprême des Koglwéogo. Après ces sanglants événements du Boulkiemdé et du Sanguié, on peut légitiment se demander si les Koglwéogo ont vraiment leur place dans un Etat de droit. Si à l’image des dozos ils sont considérés comme faisant partie d’un substrat culturel, alors ils doivent respecter les lois de la République au risque de les subir comme tout autre contrevenant. Mais à la lumière de ce que nous voyons, les Koglwéogo prennent trop de liberté avec ces lois et mettent l’unité nationale en danger. Quand monsieur YOMA Batiana le maire de Ténado dit qu’il est navrant qu’ils viennent d’ailleurs pour arrêter des gens chez eux, ce sous-entendu est lourd d’un plus grand danger suffisamment clair pour être compris par tous : le conflit interethnique. En outre, dès lors que des Koglwéogo interpellent de présumés criminels, qu’ils leur font payer des amendes, leur infligent des châtiments corporels ou les embastillent, ils s’auto-attribuent des pouvoirs régaliens dévolus à l’Etat et se mettent objectivement hors-la-loi. Ils donnent des arguments imparables favorables à leur interdiction. Car si l’Etat partage ses pouvoirs régaliens avec des citoyens organisés en bandes incontrôlées semblables à des milices, il remet en cause sa propre autorité, il fait le lit du désordre. Tant que les Koglwéogo se limitent à un rôle de renseignements pour les forces de défense et de sécurité, personne ne s’en plaindrait. Mais à vouloir créer des mandarinats avec des prisons et d’autres moyens pour faire des recettes parallèles à celles de l’Etat, on n’est pas loin de l’anarchie. Si la fermeté du ministère de la sécurité et sa décision d’interdire toute activité de groupes d’autodéfense dans les provinces du Boulkiemdé et du Sanguié jusqu’à nouvel ordre ont pu ramener le calme, elles ne sont que préventives et insuffisantes. Il faut avoir le courage de régler définitivement ce problème de Koglwéogo sur l’ensemble du territoire national une bonne fois pour toutes pendant qu’il est encore temps. Nous entendons, une chirurgie radicale pour que force reste à la loi.

Ange Niazon BICABA