1 Comment cette affaire débute ?
C’est à la surprise générale que cette affaire Guiro éclate, un 1er janvier 2012. Alors directeur général de la douane, Guiro s’apprête avec les siens aux agapes de la nouvelle année. Il est au sommet de sa gloire. Comme DG de la douane, Guiro semble avoir dynamisé les services de la douane. Tertius Zongo, premier ministre volubile de l’époque, l’avait d’ailleurs porté au pinacle et pour cette raison, le même Guiro avait été soustrait des griffes de la justice, une première fois en 2007, dans une affaire de fausses exonérations. Le juge qui avait décerné un mandat d’arrêt contre lui avait été sanctionné d’une mutation, dans un tribunal de région. Quand cette affaire se produit, elle prend tout le monde de court. Les gendarmes de Boulmiougou qui filent des proches de Guiro, tombent sur deux cantines, dans la maison de son beau-frère, un certain Sana, bourrées d’argent ; des CFA et des devises. La deuxième cantine aurait contenu des effets d’habillement et un moment, on a même parlé de lingots d’or. Les choses s’emballent et les gendarmes interpellent Guiro et le garde à vue. Chose inimaginable, il y a seulement quelques mois. Du reste nombre de burkinabè s’étonnent de l’audace des gendarmes et s’en amusent en même temps, convaincus, que cette affaire ne dépassera pas les fêtes de début de l’année. Mais Luc Adolphe Tiao tient bon.

2 La crise de 2011 et son contexte
Le premier ministre, Luc Adolphe Tiao, est tout nouveau dans ses fonctions. Il est surpris d’être à ce niveau de responsabilité et il garde encore toutes ses illusions de pouvoir changer les mœurs qui ont failli emporter quelques mois auparavant le régime. Quand cette affaire éclate, probablement concours de circonstances oblige, le premier ministre montre une fermeté inconnue jusque-là, à l’encontre de tels délits. Tiao qui est informé par l’intermédiaire de son ministre de l’Administration territoriale, Jérome Bougouma, ordonne: «pas d’ingérence politique». Les pandores de Boulmiougou reçoivent le feu vert d’instruire. Guiro est entendu le 1er janvier à la gendarmerie et présenté au procureur qui le met immédiatement sous mandat de dépôt. Cette prison qui lui pendait au nez depuis 2007, qu’il avait pu éviter grâce à Tertius, lui ouvrait ses portes, en ces premiers jours de l’an 2012.

3 L’instruction confiée à un juge intègre
L’affaire Guiro s’emballe. Il est déposé et le dossier échoit au juge Kalifa Bagué, considéré par la corporation comme un magistrat intègre. Il faut donc conduire le dossier dans les limites de sa saisine et des chefs d’accusation. Au départ Guiro est écroué sous les chefs d’accusation de «  détournement de deniers publics, corruption, concussion et enrichissement illicite ». Mais très tôt le chef d’accusation de « détournement de deniers publics » est abandonné. On va y ajouter celui de « détention illégale d’armes  ». L’instruction va se révéler compliquée, en raison de l’insuffisance de l’arsenal législatif qui réprime les délits en présence. Mais aussi, les mauvaises habitudes reprennent le dessus. Si le système a laissé faire dans les premiers jours de l’affaire, il ne tarde pas à interférer dans l’instruction. Le juge a toutes les difficultés. Le premier ministre Tiao qui était ferme au départ se ramollit. Après quelques jours de détention, le régime carcéral de Guiro s’assouplit. Il finit par bénéficier d’une liberté provisoire pour des raisons de santé. Il va en décembre 2012 rejoindre le CDP et se faire élire conseiller municipal. Dès lors l’affaire Guiro était déjà dégonflée.

4 L’argument massu de Kafando devant le collège de désignation
Kafando auditionné par le collège de désignation en novembre 2014, pour le poste de président de la transition a fait du cas Guiro, une sorte de challenge personnel. C’était « inadmissible  » avait-il martelé devant le collège, emportant leur adhésion.

5 Jugement et déception
L’affaire Guiro est finalement venue en jugement. Mais il a fait pschitt ! Voilà ce que nous écrivions dans l’Evénement du 10 janvier 2012 : « Quand en décembre 2007, il a trébuché sur l’affaire des exonérations, il y a eu les bras de Tertius pour le recueillir. Cette fois, Luc Adolphe Tiao, qui ne « connaît  pas l’argent  » a paniqué et a laissé faire. Blaise Compaoré informé est allé, comme d’habitude, dans le sens de son premier ministre. Mais cette affaire ne peut pas aller très loin. Nos lois ne suffisent pas à punir un tel crime. Nos juges ne sont pas outillés pour le faire et évidemment, le système qui a fait Guiro et qu’il a servi en toute loyauté viendra à son secours ». C’était comme si nous lisons dans une marre de café. C’est exactement le sens du verdict du procès contre Guiro. Un jugement qui a tenu compte de l’esprit du moment de la commission du délit où les dons et les rétributions de toutes natures non codifiées étaient généralement admis. On ne punit pas quelqu’un qui faisait comme tout le monde. D’où ce verdict incompréhensible des juges dans cette affaire Guiro, pourtant reconnu coupable de corruption.

Par Newton Ahmed BARRY

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Claude Wetta : « Les douaniers sont des gens que la justice a estimé étant des corrompus  »
On a déposé une demande pour être partie civile et la justice nous a débouté en disant qu’elle ne voit pas où sont les intérêts du Ren-Lac dans une telle affaire. Mais dans la loi que nous avons fait adopter maintenant (délit d’apparence) le Ren-Lac peut maintenant se porter partie civile sans problème.
Quelles sont les opportunités que ce procès nous offre ? Donc en termes d’opportunités ce verdict va nous permettre dans un premier temps d’affirmer que les douaniers sont des gens que la justice a estimé étant des corrompus. Deuxième point, quand vous regardez le procès Guiro, les gens n’ont pas traité la question de la corruption du système douanier, hors il y avait la possibilité d’aller chercher dans le faite que Guiro ne travaille pas seul. Il travaille avec d’autres personnes qui prennent de l’argent et qui lui envoient l’argent et c’est le nom de ces personnes qui sont sur les enveloppes. Les juges auraient pu, s’ils étaient audacieux, demander aux douaniers comment ils sont organisés dans leur service. On allait poser des questions, on allait aller à Cinkansé pour poser des questions. On allait faire venir les chefs de douane de Cinkansé pour leur poser des questions et comme ça on allait savoir qu’il y a un système et on rabat l’argent vers le sommet qui est le DG.

Smockey : « c’est un verdict inacceptable… il fait la part belle à l’impunité !  »
Nous pensons que c’est un verdict qui n’est pas acceptable dans le sens où il fait la part belle à une forme d’impunité. Toute l’opinion publique s’attendait à ce que ce soit un procès exemplaire pour que le citoyen lambda puisse à nouveau retrouver confiance à la justice. Malheureusement ce n’est pas le cas parce qu’on voit que le monsieur a écopé d’une amende de 10 millions de franc et il est en totale liberté. Nous nous attendions au moins à ce qu’il fasse des années fermes de prison. Nous voyons que lorsque vous tentez de frauder la douane, la peine que vous encourez c’est minimum 200% de ce que vous avez tenté de passer en fraude. Donc, il n’est pas normal que ce monsieur ait été reconnu pour des faits de corruption et puis s’en sortir avec une si modique somme. Nous pensons que dans ce cas précis, le droit n’a pas été dit. C’est une justice de tiroir-caisse et une justice à deux vitesses. Nous pensons qu’il est de bon ton surtout dans cette période électorale et post-insurrectionnelle que les gouvernants donnent l’exemple et notamment les instruments juridiques pour que d’une certaine façon le citoyen puisse à nouveau retrouver confiance en l’autorité de l’Etat.

Evariste Faustin Konsimbo : « Guiro devrait payer 2 milliards comme amende !  »
Par rapport même au procès il y avait trois chefs d’inculpation et c’est l’enrichissement illicite qui valait une peine lourde, on est passé sur ça et on est allé sur la corruption. Bon ! C’est encadré. C’est l’article 156 du code pénal qui prévoit les peines de 2 à 5 ans d’emprisonnement. En revanche c’est l’amende qui est incompréhensible. Le même article dit que l’amende doit être au moins le double du montant en cause. Hors le montant retenu c’est 900 millions. Alors Guiro devrait payer 2 milliards comme amende. Bon ! C’est un jury d’assise. Vous savez ce genre de jury là ce n’est pas une affaire de juges professionnels parce qu’il y avait au moins quatre membres, quatre citoyens qu’on a choisi et ces quatre ont dû peser sur la sanction. Par ailleurs, ce qui nous écœure c’est le fait que le CNT n’a pas mené un débat ou une enquête pour voir dans quelle condition on pouvait avoir des individus dans le secteur douanier comme Guiro. Guiro a dit qu’il n’était pas seul dans le coup. Le système de rémunération dans les régies financières qui fait qu’on trouve des agents publics multimilliardaires. Cela doit interroger. Nous ne comprenons pas pourquoi Chérif Sy qu’on connaît pour sa verve n’a pu occasionner la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire pour enquêter sur les commissions qui se passe dans le milieu de la douane. C’est vraiment dommage.

TH