Au sommet Etats-Unis/Afrique tenu à Washington, Blaise Compaoré a répondu à Barack Obama : « Il n’y a pas d’institutions fortes sans un homme fort ».

Ces propos du président du Faso ont scandalisé beaucoup de Burkinabè
qui le voient venir « avec ses gros sabots » pour passer le cap de
2015 à travers une modification constitutionnelle.

C’est d’ailleurs la
raison principale qui a amené l’opposition politique à convoquer la manif
du 23 août 2014. L’occasion a été belle pour le peuple de répliquer aux
propos du président à travers une mobilisation gigantesque.

« Quand le peuple se met débout les hommes forts tremblent. Quand le peuple se met débout les hommes forts deviennent des hommes forts aux pieds d’argile. Et quand le peuple se met débout les hommes forts se cachent. » Telle est la réplique de Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition politique, à Blaise Compaoré.

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Un message porté par un des manifestants

Et chacune de ces phrases a été bien reçue par la foule à travers des cris et des ovations nourris. Le président Compaoré semble s’être mépris en martelant :qu’« Il n’y a pas d’institutions fortes sans hommes forts. »
Mais au cours de la marche, le peuple lui a apporté la réponse du
berger à la bergère et dans un langage où le « vouvoiement » a cédé la
place au « tutoiement ».

Pour certains manifestants, les propos de Blaise Compaoré vont au-delà des frontières du Burkina en ce sens qu’ils font la honte de tout le continent africain. Comme on pouvait le lire sur une pancarte : « Et tu penses que tu es fort comme ça ? Tu fais la honte de toute l’Afrique (…) Quitte le pouvoir. »
D’autres manifestants ont tenu à rappeler au président que la grandeur
d’un homme réside dans le respect de la parole donnée.

En ce sens qu’ « un homme fort doit respecter sa parole » Ce dont le pays a surtout besoin, ce sont des grands hommes comme on a pu le lire sur des pancartes : « Au Faso, nous voulons des grands hommes et non des hommes forts » ou « Le Burkina a besoin d’un GRAND HOMME et non d’un homme fort. Exemple : Thom SANK (Thomas Sankara)  »

Propos irrespectueux

En réalité, Blaise Compaoré
est-il un homme fort ? La réponse à cette question n’est pas si
évidente. Pour certains manifestants c’est un faible qui s’ignore ou qui
feint de s’ignorer, en témoignent ces propos qu’on pouvait lire sur une
pancarte : « Oui, tu penses que tu es fort mais tu es faible. » S’il est fort, c’est peut-être à l’étranger comme l’a dit une dame d’une cinquantaine d’années : « on est fort à l’extérieur mais faible dans son pays. »

Pour Bernard, un jeune manifestant (25 ans), les propos tenus par Blaise Compaoré
à l’étranger sont les prémices de sa chute. Pour ce jeune, ces paroles
sont symptomatiques de ces hommes qui sont sur le déclin.

C’est la même
chose que Kadhafi disait, mais il est où ? Interroge le jeune homme. Sur une pancarte, on pouvait voir trois (3) photos : Barack Obama, Kadhafi au crépuscule de sa vie (couvert de sang) et Laurent Gbagbo en avertisseur.

Sur la photo concernant Obama, on voit le président américain assis, le regard interrogateur se demandant, après Ben Laden et Kadhafi, qui encore ? Serait-ce Blaise Compaoré le prochain ? En tout cas, un manifestant l’a mis en garde : « Gare à toi si tu énerves Barack Obama. »

Bref ! Au-delà de ces propos peu amicaux, Blaise Compaoré semble ne pas connaître l’histoire du Burkina pour savoir que son peuple ne tolère pas les atteintes à son honneur.

Pour Me Guy Hervé Kam, porte-parole de Le Balai citoyen : « A priori, les propos de Blaise Compaoré ont été très irrespectueux envers la population burkinabè.

 « Même si l’itinéraire valait 30 Km, comme c’est une question de
vie ou de mort on allait marcher. Même si c’était toute une journée
 »
a laissé entendre un manifestant de première heure, en signe de sa
détermination à lutter contre la révision de l’article 37. Et pour cette
autre manifestante dont le mari est du parti au pouvoir, sa motivation
n’est autre que celle de la population parce qu’ « avec 27 ans de pouvoir, il ne faut pas s’entêter » et depuis que le CFOP
organise ses marches cette dernière a toujours été de la partie. Et
pour elle, les 8 km ne valent rien pour un combat qu’il faut mener
ensemble. A les entendre, les motivations sont différentes mais la
cause est la même. « Marcher et manifester son mécontentement font
partie des actions, et c’est l’arme que nous avons à notre disposition.
Lorsque le peuple est uni, cela va freiner les ardeurs des pro-référendums
 » affirme Kuilga Stéphane Kaboré, quelques minutes avant le top départ. Tandis que Pathé Sankara, un autre manifestant est sorti parce qu’il ne veut pas d’un référendum qui ne va pas améliorer les conditions de vie des Burkinabè. Alors que l’espace vide de la SONATUR
n’avait que quelques manifestants, c’était plutôt les vendeurs de
gadgets et organisateurs qui s’activaient chacun de son côté pour la
réussite de la marche. Progressivement, malgré l’odeur très peu agréable
des environs, le site se remplissait. Et quelques chefs de partis
arrivaient sur place. Les pancartes, les banderoles et autres gadgets de
protestations émergeaient progressivement.

A la clé, le même message : dire à Blaise Compaoré, au CDP
et au Front républicain, selon les propos du chef de file de
l’opposition, que le peuple ne veut pas de référendum pour modifier
l’article 37. Sur certains gadgets, on pouvait lire « touche pas à ma Constitution. Non à l’article 37, on veut du travail. One solution =révolution »
pendant que d’autres, sifflet à la bouche, brandissaient un carton
rouge. Un manifestant a même trouvé le moyen de comparer les pro-référendums au virus Ebola : « Reviseurs de l’article 37= fièvre Ebola au Faso. Attention, virus tueur »

Que les sourds entendent, que les aveugles voient

C’est aux environs de 9 heures que le grand marathon pour des
non-athlètes a commencé. Environ 8 km de marche. On change les
chaussures fermées pour mettre les sandales. Ou encore, on enlève les
sandales pour marcher pieds nus. L’essentiel était de se sentir à
l’aise. Et l’itinéraire est bouclé en 2h30.
Une véritable épreuve de dégraissage pour ceux qui n’ont pas l’habitude
de le faire. Le parcours a été rythmé par le concert de sifflets et de vouvouzélats. Pendant que certains chantaient « Libérez Kosyam (Le palais présidentiel) », les autres manifestants fredonnaient le Dytaniè. Il serait difficile de parler de ce vieil homme (environ 60 ans) qui a égayé plus d’un manifestant avec son Bendré
tout au long de l’itinéraire. Il avait sa manière à lui d’apporter sa
touche pour le lever d’un soleil nouveau. Un manifestant qui a voulu se
joindre au peloton avec une chemise du CDP
a échappé de justesse au « lynchage » si ce dernier n’avait pas été
rapide en course. Devant leurs cours et leurs commerces, certaines
personnes faisaient des signes de soutien aux manifestants. De retour au
lieu du meeting, seule une intervention était à l’ordre du jour. Celle
de Zéphirin Diabré,
chef de file de l’opposition, pour saluer les manifestants pour le pari
réussi. Ce dernier n’a pas manqué de qualifier la mobilisation de
gigantesque et d’historique. Pour lui, cette fois-ci « même les sourds ont entendu et les aveugles ont vu la mobilisation ».
Il ajoute que l’opposition reste déterminée à lutter contre toute
tentative de modification de l’article 37. Interrogé, le président du
collectif anti-référendum (CAR) lui affirme qu’ « après 27 ans de pouvoir il n’y a pas eu de changement dans les conditions de vie de la jeunesse ».
Pour cela le collectif s’affiche contre la modification de l’article
37. Au-delà de l’article 37, le CAR reproche au président du Faso sa manière de communiquer sur les questions nationales (Lire article : « Homme fort Blaise Compaoré, le peuple aura ta peau »).

Basile W. Sam

Ambiance et propos de marcheurs

Je pense que la mobilisation d’aujourd’hui est la preuve que le peuple
sait se faire respecter quand on touche à son honneur. Il l’a déjà
montré en 1966, en 1978 avec le premier ballotage.
Aujourd’hui encore son refus à travers le référendum qui le montre et
lorsque le président par ses propos jette le discrédit sur le peuple burkinabè, là encore la mobilisation était de taille pour dire au président que nous voulons être respectés. »
 La
marche aurait un sens prophétique, celui de permettre pour une dernière
fois aux aveugles et aux sourds de la politique de voir ou d’entendre.

« Je
ne suis pas dans le secret du chef de file de l’opposition
politique mais je puis dire, au regard du contexte, que cette marche
suivie de meeting est une manifestation de rappel à l’ordre lancé à
l’endroit de qui nous savons tous (Blaise Compaoré).
Qu’enfin, je dis bien enfin, qu’il ait des yeux pour voir, des oreilles
pour entendre, et qu’il sache que plus jamais, rien ne sera comme
avant »
prévient ainsi Raymond Edouard Ouédraogo du MPP.

Mais le message « fort » c’est la foule qui l’aurait trouvé, lugubrement : « Homme fort Blaise Compaoré, le peuple aura ta peau » scandait-elle.

Basidou KINDA

 Zéphirin Diabré échappe au pire

Pour une fois, la sécurité du CFOP a failli. Le podium a été dégagé. Seul Zéphirin Diabré y était pour passer son message. Voilà qu’un jeune homme a pu tromper la vigilance de la sécurité. Il monte sur le podium et arrache le micro de Diabré. C’est à ce moment que la sécurité est intervenue. Ce sont donc les bousculades qui ont fait que certains manifestants ont su qu’un incident s’est produit. Il faut dire dans cette situation, le pire pouvait arriver. Parce que si ce jeune avait voulu attenté à la vie du chef de file de l’opposition politique, il aurait pu le faire. C’est à se demander s’il n’est pas nécessaire que pour d’éventuelles manifestations, l’institution chef de file de l’opposition se paye les services d’hommes de tenues pour assurer la sécurité des responsables et laisser le maintien de l’ordre dans les mains de la sécurité du CFOP. On dira que la présence des hommes de tenues n’empêche pas que des drames se produisent. Cela est vrai, mais ils ont au moins ce 6e sens que les civils n’ont pas pour détecter un geste ou un individu suspect.

BK

Pourquoi Zéphirin Diabré et Arba Diallo ne peuvent pas être président ?

Lors de la marche, trois personnes entament une discussion après le passage du cortège des responsables des partis politiques. Celle à droite lance : « le problème de Arba Diallo c’est son âge. » Celle qui est au milieu réplique : « moi je pense plutôt que c’est son ethnie » « Le problème de Arba et Zéphirin c’est vraiment l’ethnie » ajoute celle de la gauche. L’homme du milieu continue ainsi avec regret. « Moi-même je suis Mossi, c’est une triste réalité dont les gens ne veulent pas parler. Au Burkina Faso, surtout dans le plateau central, on n’est pas prêt à accepter une autre ethnie à la tête de l’Etat. Les gens ne voient pas ce que l’individu est capable d’apporter mais on se fonde toujours sur son ethnie, surtout peule et bissa. Et même des intellectuels qui sont partis étudier en Occident ont toujours cette mentalité de ne pas vouloir une autre ethnie à part Mossi à la tête de l’Etat. » L’homme à droite de préciser : « il semble même que pour cela, il y a un lobby moaga qui existe » Et l’homme du milieu de dire : « Vous allez voir, Roch sera président au Burkina. Parce lui au moins il est du plateau Central. »

BK